16 juillet 2024
Paris - France
JUSTICE

Une mère haitienne et ses quatre enfants tués à Meaux : le procureur décrit une «scène de crime d’une très grande violence»

Les cadavres des victimes ont été découverts lundi soir dans l’appartement familial, square Adam-de-la-Halle à Meaux (Seine-et-Marne). Le père, en fuite, a été interpellé ce mardi matin à Sevran (Seine-Saint-Denis).
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https://www.lemonde.fr/societe/article/2023/12/26/seine-et-marne-une-mere-et-ses-quatre-enfants-tues-a-meaux-l-auteur-presume-interpelle_6207663_3225.html

« L’auteur présumé » d’un quintuple meurtre survenu à Meaux (Seine-et-Marne), placé en garde à vue mardi 26 décembre, était connu pour des faits de violences conjugales. Peu avant 21 heures, le soir de Noël, cinq corps sans vie ont été découverts dans un appartement. Il s’agissait « d’une mère de famille et ses quatre enfants, respectivement âgés de 10 ans, 7 ans, 4 ans et 9 mois », a rapporté, mardi, le procureur de République de Meaux, Jean-Baptiste Bladier, qui a livré quelques détails sur les faits lors d’une conférence de presse.

Après avoir été sollicitées par des proches inquiets en l’absence de nouvelles des victimes, les forces de l’ordre ont découvert « ce qui constitue à l’évidence une scène de crime d’une très grande violence », a décrit le procureur. Une femme âgée de 35 ans et ses deux filles « ont été victimes d’un très grand nombre de coups de couteau dont il est impossible de déterminer le nombre en l’état (…) tant sur la face avant qu’arrière des corps », selon les premières constatations médico-légales. « Traces, flaques et mares de sang » ont été observées dans différentes pièces de l’appartement.

La cause de la mort des jeunes garçons, respectivement âgés de 4 ans et de neuf mois, ne présentant pas de plaies apparentes sur le corps, reste indéterminée. Le procureur privilégie la piste d’un étouffement, voire d’une noyade pour le plus grand. Les autopsies vont se poursuivre mercredi.

Des premiers coups de couteau en 2019
Le père, absent au moment où les corps ont été retrouvés, a été recherché par les services de police avant d’être interpellé dans la matinée de mardi. Il a par la suite été placé en garde à vue, mais reste hospitalisé pour « d’importantes » blessures à la main.
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L’homme âgé de 33 ans n’a pas encore été entendu mais, selon les forces de l’ordre qui ont procédé à son placement en garde à vue, il dit « savoir pourquoi il est en garde à vue, s’en être pris à sa famille en évoquant un mal-être personnel et sa dépression », rapporte le procureur de la République.

Si son casier judiciaire est vide, il existe une procédure à son encontre pour des faits violences intrafamiliales et troubles psychiatriques. Il avait déjà porté en 2019 un coup de couteau à son épouse, à l’omoplate, a déclaré le procureur de la République de Meaux. La procédure avait été classée sans suite au motif d’état mental déficient, a précisé Jean-Baptiste Bladier lors de sa conférence de presse.

Une expertise avait attesté de l’existence de l’abolition du discernement chez le mis en cause, suivi depuis 2017 pour troubles dépressifs et psychotiques.

Le déroulé des faits

Des voisins ont affirmé aux policiers avoir entendu des cris entre le 24 décembre, 23 h, et le 25 décembre très tôt. Le père de famille était absent lors de l’arrivée des forces de l’ordre, le 25 au soir. L’exploitation des images de vidéosurveillance a montré un homme quittant l’immeuble le 25 décembre à 20 h 08. Il a ensuite été vu sur un pont de la ville, chutant à deux reprises.

Au lendemain de la découverte des corps sans vie d’une mère de famille et de ses quatre enfants âgés de 9 mois à 10 ans dans un appartement de Meaux (Seine-et-Marne), et quelques heures après l’interpellation du père à Sevran (Seine-Saint-Denis), le procureur de la République a tenu une longue conférence de presse ce mardi 26 décembre. Voici ce qu’il faut en retenir.

Une scène de crime d’une « grande violence »
Jean-Baptiste Bladier est revenu sur la découverte des corps. « Le 25 décembre, peu avant 21 h, des proches de la famille victime se sont manifestés auprès des services de police s’inquiétant de l’absence de réponse des intéressés », alors qu’ils frappaient à la porte de la famille. Les requérants ont par ailleurs trouvé des traces de sang sur le palier et ont appelé la police.

La Bac s’est rendue sur place. Les volets de l’appartement, situé au rez-de-chaussée, étaient fermés. Un policier a finalement réussi à rentrer dans l’appartement en brisant le volet de la chambre conjugale, découvrant une scène de crime d’une très grande violence , et cinq cadavres.

La femme et les petites filles poignardées
Les corps étaient ceux de la mère de famille, née à Haïti en avril 1988, et de ses quatre enfants : une fillette âgée de 10 ans, une seconde fillette âgée de 7 ans, un petit garçon né en 2019 âgé de 4 ans, et enfin un garçon né en mars 2023, qui aurait eu neuf mois hier.

La direction interrégionale de la police de Versailles a été saisie pour une enquête en flagrance. Les constatations ont révélé que la maman et les deux filles ont été victimes d’un très grand nombre de coups de couteau . Les deux garçons ne présentaient pas de lésion sur le corps. La piste de l’étouffement ou de la noyade est privilégiée. Les autopsies des cinq corps auront lieu mercredi.

Dans l’appartement de petite taille, encombré, un très grand nombre de mouchoirs jetable et de sopalins ont été retrouvés portant des taches de sang. « On relève la présence de documents médicaux et administratifs pouvant évoquer un internement de nature psychiatrique en 2017 du père de famille », précise le procurer, ainsi que des ordonnances médicales pour des tranquillisants.

Le déroulé des faits
Des voisins ont affirmé aux policiers avoir entendu des cris entre le 24 décembre, 23 h, et le 25 décembre très tôt. Le père de famille était absent lors de l’arrivée des forces de l’ordre, le 25 au soir. L’exploitation des images de vidéosurveillance a montré un homme quittant l’immeuble le 25 décembre à 20 h 08. Il a ensuite été vu sur un pont de la ville, chutant à deux reprises.

À 20 h 56, les images le montrent en train de monter dans un véhicule, probablement un VTC. Le téléphone du père de famille a également borné dans la commune de Sevran, en Seine-Saint-Denis. Les enquêteurs ont alors pris contact avec le père et la mère de l’homme en fuite, et il a été interpellé peu avant 8 h devant le domicile de son père.

Il a été placé en garde à vue. Il a indiqué savoir pourquoi il avait été interpellé, « a évoqué son mal-être personnel et sa dépression ». L’homme étant blessé, il est actuellement soigné, sous surveillance de la police.

Des violences avec couteau en 2019
L’homme, né en avril 1990 à Colombes (Hauts-de-Seine), est titulaire d’un CAP de plombier. Le couple s’est marié récemment, mais était ensemble depuis 14 ans, et tous deux se connaissaient depuis le lycée.

Le casier judiciaire du père de famille est dépourvu de tout antécédent, mais il existe une procédure relative à des violences avec un couteau »,a précisé le procureur. En novembre 2019, il avait frappé sa femme d’un coup de couteau dans l’omoplate gauche. Elle n’avait alors pas voulu porter plainte.

La femme avait alors parlé de la dépression de longue date de son conjoint, qui avait arrêté ses traitements. Selon elle, ce matin-là, il était bizarre , avait enfermé sa famille dans l’appartement. Elle l’avait vu, armé d’un couteau dans la chambre conjugale. Il avait alors affirmé vouloir mourir. Alors qu’elle voulait quitter la chambre avec des vêtements, il lui avait assené un coup de couteau dans le dos. Elle avait finalement réussi à maîtriser son conjoint et à appeler les secours.

Des troubles dépressifs et psychotiques
À l’époque, l’homme avait été placé en garde à vue, mais son état psychiatrique était jugé incompatible avec cette audition. Le psychiatre avait aussi diagnostiqué une altération du discernement, mais pas une abolition. Le 13 janvier 2020, à la fin de son hospitalisation, il a été de nouveau placé en garde à vue. Il avait alors évoqué ses idées noires , ne pas avoir voulu faire de mal à son épouse « qu’il aimait » mais se faire du mal à lui. Il a aussi indiqué avoir touché sa femme « sans faire exprès ».

Une nouvelle expertise psychiatrique révélait alors qu’il était suivi depuis 2017 pour des troubles dépressifs et psychotiques. L’examen concluait à l’existence d’une pathologie dysthymique (trouble de l’humeur défini par un état dépressif chronique) et psychotique, et à une abolition du discernement au moment des faits. L’affaire était alors classée sans suite.

Une information judiciaire bientôt ouverte
Le parquet devrait procéder à l’ouverture d’information judiciaire pour « homicides volontaires sur mineurs de 15 ans » et « homicide volontaire sur conjoint ». Le père de famille encourt, pour ces crimes, la réclusion criminelle à perpétuité. En cas d’altération du discernement au moment des faits, il encourt une peine de 30 ans. En cas d’abolition, une peine de sûreté pourrait toutefois être prononcée.

JM

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