16 juillet 2024
Paris - France
EUROPE

Jacques Delors, figure de la construction européenne, est mort à l’âge de 98 ans

Jacque Delors

Jacques Delors est mort ce mercredi 27 décembre, a annoncé à l’AFP sa fille, la maire de Lille Martine Aubry. Ancien ministre socialiste, il était l’un des pères de l’Europe moderne. Il avait 98 ans.
Jacques Delors, est décédé ce mercredi à 98 ans, a annoncé à l’AFP sa fille Martine Aubry. « Il est décédé ce matin (mercredi) à son domicile parisien dans son sommeil », a déclaré la maire socialiste de Lille.
Ancien ministre socialiste de l’Économie et des Finances entre 1981 et 1984, né le 20 juillet 1925 à Paris, il était surtout l’un des pères de l’Europe moderne. Jacques Delors a été président de la Commission européenne pendant neuf ans, entre 1985 et 1994. Le principe de marché et de monnaie unique pour l’Union européenne s’est concrétisé sous sa présidence avec, notamment, l’adoption du Traité de Maastricht en 1992.
Jacques Delors a joué les architectes pour façonner les contours de l’Europe contemporaine : signature des accords de Schengen, Acte unique européen, lancement du programme Erasmus d’échanges étudiants, réforme de la politique agricole commune, mise en chantier de l’Union économique et monétaire qui aboutira à la création de l’euro…
En mars 2020, il avait encore appelé les chefs d’État et de gouvernement de l’UE à plus de solidarité au moment où ces derniers s’écharpaient sur la réponse commune à apporter à la pandémie de Covid-19. Avec ses centres de réflexion, « Club témoin » ou « Notre Europe » (devenu ensuite « Institut Jacques-Delors » et installé à Paris, Bruxelles et Berlin), il a plaidé jusqu’au bout pour un renforcement du fédéralisme européen, réclamant davantage d' »audace » à l’heure du Brexit et des attaques de « populistes de tout acabit ».
« Les déceptions de demain seraient pires que les regrets d’aujourd’hui »
On se souvient aussi bien sûr de son renoncement à se présenter à la présidentielle de 95 alors qu’il était favori, c’était face à Anne Sinclair dans l’émission Sept sur sept. « Est-ce que vous êtes oui ou non candidat à l’élection présidentielle ? » lui demande la journaliste. « Les déceptions de demain seraient pires que les regrets d’aujourd’hui », avait alors répondu Jacques Delors en évoquant une incertitude sur la majorité à gouverner. « Je vais atteindre 70 ans, je travaille sans relâche depuis 50 ans et il est plus raisonnable, dans ces conditions, d’envisager un mode de vie plus équilibré entre la réflexion et l’action », avait-il aussi déclaré. La surprise est grande pour les onze millions de téléspectateurs qui suivent l’émission (un record pour ce rendez-vous dominical).
« Je n’ai pas de regrets », mais « je ne dis pas que j’ai eu raison », avait-il déclaré au Point en 2021. « J’avais un souci d’indépendance trop grand, et je me sentais différent de ceux qui m’entouraient. Ma façon de faire de la politique n’était pas la même ». Sa carrière politique avait ensuite marqué le pas et c’est presque en simple militant que Jacques Delors avait poursuivi ses combats partir du milieu des années 90.
Deuxième gauche française
Du gaullisme social avec Chaban-Delmas à l’union de la gauche, puis au social-réalisme aux côtés de François Mitterrand, Jacques Delors avait tracé les contours d’une deuxième gauche française. « Je suis un social-démocrate », résumait-il dans Le Point. À la tête des Finances publiques sous Mitterrand, il avait été l’un des initiateurs du tournant de la rigueur à partir de 1982, évitant à la France de plonger dans l’inflation.
Né à Paris le 20 juillet 1925 dans un milieu simple et catholique, Jacques Delors était passé du patronage de paroisse à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), à laquelle il était resté lié toute sa vie. Il était entré à la Banque de France, puis avait adhéré à la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) et avait participé à la déconfessionnalisation du syndicat, qui a donné naissance à la CFDT. Cet admirateur de Pierre Mendès France avait attendu 1974 et l’âge de 49 ans pour s’encarter au PS, dans l’espoir d' »être utile ».
Il s’était marié en 1948 avec une collègue partageant ses convictions syndicales et religieuses, Marie Lephaille, décédée en 2020. Ils ont eu deux enfants : Martine Aubry, qui naît en 1950, puis Jean-Paul, né en 1953 et emporté par une leucémie en 1982.
Un passionné de football
Le père de l’actuelle mère de Lille, Martine Aubry, avait une autre passion : le Losc. Il avait assisté dans les tribunes au doublé coupe/championnat de 2011. Quelques mois plus tôt, au micro de Losc TV, il avait raconté la naissance de sa passion pour le club de football lillois. « Je vouais une admiration sans bornes pour les Darui, Vandooren, Cheuva… Mais mon joueur préféré était sans conteste Jules Bigot », se souvenait-il alors.

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