23 juin 2024
Paris - France
INTERNATIONAL

Russie : ce que l’on sait de l’attentat qui a tué un célèbre blogueur militaire, partisan de la guerre en Ukraine

Une explosion dans un café du centre de Saint-Pétersbourg, dimanche, a provoqué la mort de Maxime Fomine, plus connu sous le pseudonyme de Vladlen Tatarskiï. Une jeune femme a été arrêtée lundi.

Avec ses plus de 560 000 abonnés sur le réseau social Telegram, il était l’une des voix les plus influentes dans le milieu des blogueurs militaires russes, selon le journal britannique The Guardian*. Vladlen Tatarskiï, de son vrai nom Maxime Fomine, a été tué dans un attentat mené avec « un engin explosif » dans un café de Saint-Pétersbourg (Russie), dimanche 2 avril, ont annoncé les autorités.

Selon un dernier bilan, au moins 32 personnes ont été blessées dans cette explosion. Huit d’entre elles se trouvaient dans un état grave lundi. Franceinfo revient sur ce que l’on sait de cette attaque et du blogueur russe ciblé.

Une déflagration lors d’une conférence dans un café

Dimanche, « à 18h13, la police du quartier de Vasileostrovskiï a reçu des informations selon lesquelles une explosion s’était produite dans un café sur le quai Universitetskaïa, au numéro 25 », a précisé le ministère russe de l’Intérieur. La déflagration a eu lieu dans le café Street Food Bar No. 1, près du centre historique de la ville.

L’organisation Cyber Front Z, qui se décrit comme un ensemble de « soldats de l’information de la Russie », a raconté qu’elle avait loué le café pour la soirée afin d’y organiser un événement. Cette organisation, favorable à l’invasion russe de l’Ukraine, y tenait une conférence. Elle avait loué le café au chef du groupe paramilitaire Wagner Evguéni Prigojine, propriétaire du café. Ce dernier a confirmé ces informations lundi sur Telegram.

Un témoin des faits cité par Associated Press* raconte avoir vu une femme échanger avec le blogueur militaire, puis lui apporter une statuette à l’effigie de ce dernier. Selon cette même source, Vladlen Tatarskiï a alors posé l’objet sur une table près de lui, puis l’explosion a eu lieu. Les personnes présentes se sont alors empressées de fuir les lieux, certaines étant blessées par des bouts de verre, et d’autres couvertes de sang.

Un blogueur soutenant l’invasion russe de l’Ukraine tué

Le gouverneur de Saint-Pétersbourg, Alexandre Beglov, a confirmé sur Telegram** que le blogueur Vladlen Tatarskiï avait été tué dans ce « crime inhumain et monstrueux ». « Beaucoup de ceux qui sont venus à sa rencontre ont été blessés », a-t-il ajouté. L’information a également été confirmée sur Telegram** par la commission d’enquête de la Fédération de Russie.

Le blogueur, âgé de 40 ans, était né dans la région du Donbass, dans l’est de l’Ukraine, et avait obtenu la citoyenneté russe en 2021, d’après le New York Times*. Selon Associated Press, il avait travaillé comme mineur, puis avait créé une société de meubles, avant de faire de la prison après un braquage de banque. Vladlen Tatarskiï avait ensuite rejoint les forces séparatistes prorusses dans le Donbass à partir de 2014, puis il s’était fait un nom dans le milieu de la blogosphère militaire russe.

En quelques années, le blogueur avait réussi à se constituer une communauté d’un demi-million d’abonnés sur Telegram. Depuis le début de l’offensive russe en Ukraine, il diffusait des vidéos d’analyse du conflit, prises depuis le terrain. Le Guardian et le Moscow Timesrapportent qu’il était présent au Kremlin en septembre, lors de la cérémonie annonçant l’annexion par Moscou de quatre régions partiellement occupées d’Ukraine. « On vaincra tout le monde, on tuera tout le monde, on volera tous les gens qu’il faudra, tout sera comme on aime », avait-il déclaré dans une vidéo enregistrée lors de cette cérémonie. Dans un message publié sur Telegram en janvier, dans la lignée d’un bref cessez-le-feu décrété par le Kremlin, il avait déclaré souhaiter que les forces russes puissent « tuer chaque personne vêtue de l’uniforme de l’armée ennemie », rapporte le New York Times. Le blogueur n’hésitait pas, par ailleurs, à faire la lumière sur les problèmes de l’armée russe.

Une jeune femme arrêtée

L’enquête lancée après l’explosion, dimanche, a entraîné l’arrestation de Daria Trepova, « soupçonnée d’être impliquée dans l’explosion d’un café de Saint-Pétersbourg », a annoncé lundi le comité d’enquête de la Fédération de Russie sur Telegram**. La suspecte a été retenue dans son appartement et interrogée par les enquêteurs, selon le ministère de l’Intérieur russe cité par l’agence de presse Tass*. Dans une vidéo diffusée par cette même source*, Daria Trepova déclare que « c’est moi qui ai introduit la statuette qui a explosé ». Elle ne donne toutefois pas d’information sur la ou les personnes qui lui auraient fourni l’objet. La jeune femme, née en 1997, avait participé l’an dernier à un rassemblement contre le début de l’invasion russe de l’Ukraine, puis avait été détenue pendant dix jours à la suite de cette manifestation, selon des documents judiciaires cités par Tass*.

Lundi, le Comité antiterroriste de Russie a affirmé que cet attentat avait été « planifié par les services secrets de l’Ukraine, qui ont recruté des agents parmi ceux collaborant avec le prétendu Fonds de lutte contre la corruption » de l’opposant russe Alexeï Navalny. La veille, un responsable de la présidence ukrainienne, Mykhaïlo Podoliak, avait démenti toute implication, estimant qu’il s’agissait de « terrorisme intérieur ». La porte-parole de l’organisation d’Alexeï Navalny a quant à elle dénoncé un coup monté du pouvoir russe.

Le chef de la milice Wagner, propriétaire du café où l’attentat a eu lieu, a quant à lui déclaré qu’il avait des doutes sur une implication ukrainienne dans cette explosion.

AFP

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