27 mai 2024
Paris - France
ECONOMIE

Match Oracle-Huawei pour Maroc Telecom 

 Le leader mondial des solutions de logiciels, implanté dans le royaume depuis la signature des accords d’Abraham, veut passer à la vitesse supérieure. Mais il doit faire face à la concurrence du géant chinois Huawei, qui bien que sous sanctions américaines n’a pas dit son dernier mot. 

La PDG d’Oracle Corporation, Safra Catz, à New York, le 12 juillet 2023. © Brendan McDermid/Reuters 

Le géant américain des services informatiques Oracle courtise l’opérateur téléphonique Maroc Telecom, filiale de l’émirati Etisalat. Outre la négociation d’un partenariat d’ampleur avec l’opérateur marocain – dont les éléments précis n’ont pas filtré –, l’idée est de faire pièce à la forte présence au Maroc du groupe de télécommunications Huawei, implanté dans la Casablanca Finance City (CFC). 

Huawei était un client d’Oracle avant que la firme chinoise ne décide, en 2023, de remplacer son ERP (enterprise resource planning, progiciel de gestion intégré des activités d’une entreprise), jusqu’alors fourni par la firme américaine, par une solution développée en interne, MetaERP. En effet, la compagnie basée à Austin (Texas) avait cessé d’assurer les mises à jour et les interventions sur site depuis 2019 et l’imposition de sanctions par l’administration.

Dirigé par l’Israélo-Américaine Safra Catz, une fervente partisane de l’ancien président américain, Oracle a installé en 2022 un centre de recherche et développement à Casablanca, en partenariat avec l’Univer de Donald Trump contre la firme chinoise. sité Mohammed VI Polytechnique (UM6P). Safra Catz, qui s’était entretenue avec le chef du gouvernement Aziz Akhannouch à cette occasion, avait alors déclaré que « l’investissement d’Oracle au Maroc reflète plus que jamais le dynamisme et le développement constant de l’environnement économique […] au sein de l’ensemble des pays signataires des accords d’Abraham ». Elle avait été discrètement reçue au palais royal, où le conseiller Fouad Ali el-Himma suit le duel entre Oracle et Huawei de près. 

Une partie loin d’être gagnée 

Afin d’appuyer ses intérêts, Oracle peut entre autres compter sur les bons offices de l’ambassadeur américain à Rabat, Puneet Talwar. Ce dernier a joué les VRP du groupe américain auprès du PDG de Maroc Telecom, Abdeslam Ahizoune, en marge du Salon international de l’agriculture au Maroc (SIAM), à Meknès, le 28 avril 2024. Un mois plus tôt, l’entreprise texane avait annoncé le lancement d’un data center au Maroc, en partenariat avec N+One Datacenters, le leader marocain de services informatiques, dirigé par Amine Kandil

Mais la partie est loin d’être gagnée pour l’américain, qui continue de profiter de la lune de miel américano-marocaine entamée fin 2020 après la conclusion des accords d’Abraham. Sur le dossier du Sahara occidental, l’administration de Joe Biden n’est pas revenue sur la reconnaissance de la souveraineté marocaine par son prédécesseur, « dealée » en échange de la normalisation des relations entre le Maroc et Israël, mais n’a pas fait de pas supplémentaire, notamment dans le domaine économique. 

En retour, le royaume n’a pas l’intention de faciliter la tâche au géant américain, même si un retour éventuel de Donald Trump à la Maison blanche contribuerait au succès d’Oracle au Maroc. Abdeslam Ahizoune, en patron madré, fait monter les enchères et s’est montré particulièrement inaccessible aux lobbyistes d’Oracle ces derniers mois. 

Alphabétisation numérique 

Huawei, de son côté, a quelques arguments à faire valoir. Sa filiale North Africa, sise à Casablanca, compte investir quelque 430 millions de dollars d’ici à 2028 dans la région pour développer un cloud center et des programmes de formation. Fin avril, la firme chinoise a lancé un partenariat avec le gouvernement d’Aziz Akhannouch pour former 10 000 professeurs marocains à l’alphabétisation numérique. Le très actif directeur de la gestion de la marque chinoise au Maroc, Nabil Ouchagour, promeut les nombreuses activités RSE (responsabilité sociétale des entreprises) de la marque au royaume, comme le programme Seeds for the Future. En mai 2023, le chinois a tenu son premier Huawei Network Summit sur le continent, à Marrakech, à l’occasion du salon Gitex Africa

Huawei diversifie aussi la nature de son empreinte dans le royaume, notamment à travers des projets dans les énergies renouvelables, pour lesquels le groupe chinois s’appuie sur le très influent lobbyiste et entrepreneur Abdelmalek Alaoui. Ce dernier est le fils d’un cousin et ministre de Hassan II, Moulay Ahmed Alaoui, et de l’ambassadrice itinérante du roi Mohammed VI, Assia Bensalah Alaoui. En septembre, Huawei a ainsi signé une convention avec l’Institut de recherche en énergie solaire et énergies nouvelles (Iresen) pour le développement de projets de recherche dans les énergies renouvelables et le stockage de l’énergie. 

Jean Moliere . Source AI

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