27 mai 2024
Paris - France
ECONOMIE

Malgré la visite de Bola Tinubu à Doha, QatarEnergy reste réticent à investir dans le pays 

Alors que l’un des principaux axes de cette visite consistait à attirer des investissements au Nigeria dans le secteur des hydrocarbures, Saad Sherida al-Kaabi, le PDG de QatarEnergy et ministre de l’énergie de l’émirat, se montre plutôt défavorable à l’arrivée de sa firme dans le pays.

Piloté par le ministre de l’énergie de l’émirat gazier, le groupe pétrolier qatari est rebuté par le climat des affaires dans le delta du Niger, où les majors occidentales réduisent la voilure depuis une décennie. 

Le président nigérian Ahmed Bola Tinubu à la réunion spéciale du Forum économique mondial, à Riyad, le 28 avril 2024. © Fayez Nureldine/AFP 

Quelques semaines après la venue du président nigérian Ahmed Bola Tinubu au Qatar, du 29 février au 4 mars, les mauvaises nouvelles commencent à tomber. Alors que l’un des principaux axes de cette visite consistait à attirer des investissements au Nigeria dans le secteur des hydrocarbures, Saad.

Nigeria : Malgré la visite de Bola Tinubu à Doha, QatarEnergy reste réticent à investir dans le pays  

Sherida al-Kaabi, le PDG de QatarEnergy et ministre de l’énergie de l’émirat, se montre plutôt défavorable à l’arrivée de sa firme dans le pays. 

Pour se faire une opinion, le ministre qatari a beaucoup consulté. Il a engagé des concertations informelles avec toutes les firmes pétrolières internationales implantées au Qatar et présentes au Nigeria, parmi lesquelles TotalEnergies, ExxonMobil et ENI. Aucune n’a fait part aux dirigeants qataris de synergies éventuelles avec Doha dans ses projets nigérians, à court ou moyen terme. 

Les majors occidentales ont largement désinvesti l’onshore nigérian et considèrent que la législation sur le contenu local entrave et retarde les gros projets en offshore, où des découvertes ont déjà été mises en valeur. De plus, aucune d’entre elles ne fait d’importants efforts d’exploration. QatarEnergy est plus intéressé par des blocs au grand potentiel où l’exploration en est encore à ses débuts. 

Participations éparses 

QatarEnergy, qui n’investit jamais seul dans un pays étranger, agit davantage comme un fonds d’investissement en prenant une part minoritaire des permis opérés par les majors occidentales. Après une première phase de prises de participations éparses – qui l’a notamment vu arriver dans le bassin mauritanien de Taoudeni aux côtés de TotalEnergies en 2008, ou encore entrer au capital de la filiale congolaise de la major française à hauteur de 15 % en 2013 –, le groupe a entamé une phase beaucoup plus active en 2018, au moment où les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, Bahreïn et l’Égypte ont décidé d’imposer un blocus au Qatar. 

Dès février 2018, TotalEnergies a cédé aux Qataris 25 % de l’un de ses blocs les plus prometteurs en Afrique du Sud, le 11B/12B, où des découvertes massives de gaz ont été faites en 2019 (AI du 27/09/22). La même année, la major française a fait entrer QatarEnergy dans trois pays clés : le Kenya, en offshore (L11A, L11B et L12), le Guyana, en Amérique du Sud (Orinduik, où plusieurs forages ont été un succès) et la Namibie (2913B et 2912, où le puits Venus, en février 2022, constitue l’une des plus grosses découvertes de TotalEnergies en offshore depuis des décennies). Enfin, en 2020, QatarEnergy a pris une participation de 35 % des blocs CI-705 et CI-706 de TotalEnergies en Côte d’Ivoire.

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Le même type de partenariat a été mis en œuvre avec ENI. En février 2018, le groupe pétrolier italien et QatarEnergy ont acquis ensemble le bloc 24, dans les eaux profondes mexicaines. En décembre 2018, ENI a cédé à QatarEnergy 35 % de la zone 1 dans l’offshore mexicain, puis, quelques mois plus tard, en juillet 2019, 13,75 % des permis offshore L11A, L11B et L12 au Kenya. Présent sur les mêmes blocs, TotalEnergies concédera de son côté 11,25 % aux Qataris pour qu’ils en contrôlent 25 %. 

Jean Moliere source AI

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