4 juillet 2022
Paris - France
ECONOMIE

Loin de l’Ukraine, l’Egypte et la Côte d’Ivoire face à l’envolée des cours du blé

Dans le club des correspondants, france info passe les frontières pour voir ce qui se passe ailleurs dans le monde. Aujourd’hui direction l’Egypte, en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso. Des pays qui importent du blé russe et ukrainien pour nourrir leur population.

Trois semaines après le début de la guerre en Ukraine, les cours mondiaux du blé continuent de flamber en raison de la perturbation des livraisons en provenance de l’Ukraine et de la Russie. Ces deux pays exportent à eux seuls, 30% de cette céréale essentielle. Une situation qui met plusieurs pays africains en difficulté, dont l’Egypte et la Côte d’Ivoire.

L’Égypte, premier importateur mondial de blé

La moitié de sa consommation annuelle provient d’Ukraine et de Russie. La menace d’une pénurie est sérieuse dans le pays et les mesures prises par le gouvernement égyptien illustrent l’ampleur de l’urgence. Ali el-Moselhi, le ministre du Commerce et de l’Industrie a annoncé jeudi 10 mars, interdire pour trois mois les exportations de blé, de fèves, de lentilles, de pâtes et de farine afin d’assurer la disponibilité de ces denrées alimentaires à l’approche du mois de ramadan marqué par une hausse de la consommation.

Sur les 13 millions de tonnes de blé importées chaque année par l’Égypte, 80% proviennent de l’Ukraine et de la Russie. Pour couvrir les besoins du pays jusqu’à la fin de l’année, les autorités égyptiennes prévoient de se tourner vers la récolte locale qui doit débuter en avril. 

« Quatre mois de stocks stratégiques ce n’est pas suffisant. »

Gamal Siam, professeur d’économie agricole à l’université du Caire

franceinfo

Cette situation d’urgence aurait pu être évitée estime Gamal Siam, professeur d’économie agricole à l’université du Caire. « Si l’Égypte avait des réserves de blé et d’autres denrées alimentaires pour une année, cela permettrait d’éviter les effets de telles crises ». Mais l’heure n’est plus à de tels ajustements, il faut déjà assurer les stocks stratégiques. Pour cela, le ministère de l’Approvisionnement a opté pour la manière forte. Les producteurs égyptiens seront contraints cette saison de fournir au moins 60% de leur récolte de blé à l’État. Les contrevenants s’exposeront à des amendes voire à des peines de prison.

Cette année, l’Egypte va doubler ses achats de blé sur le marché local. C’est une nécessité pour garantir la viabilité du système de pain subventionné, à un prix fixe de 5 centimes. 70% de la population égyptienne en bénéficie. La flambée des cours mondiaux du blé pèse déjà durement sur le prix du non subventionné. « La tonne de blé coûte aujourd’hui entre 10 500 et 11 500 livres égyptiennes alors qu’elle se trouvait avant entre 7 et 9000 livres. Donc le pain est passé de 50 à 75 centimes. Avec cette guerre, la farine a augmenté, mais aussi l’essence et les denrées alimentaires … Tout est plus cher !  » se désole Rabiaa, boulanger dans le centre-ville du Caire.

Selon le programme des Nations-Unis pour l’alimentation et l’agriculture, plus de 90 des Égyptiens risquent de ne plus avoir accès à un régime alimentaire équilibré, à cause de la guerre en Ukraine. 

Risque de famine en Afrique de l’Ouest

La situation est très préoccupante en Afrique de l’Ouest. Au Sénégal, la baguette de pain coûte 175 francs CFA mais le président des boulangers craint qu’elle atteigne 500 francs à la fin de l’année. Le pays importe plus de la moitié de son blé de Russie.

La Côte d’Ivoire a également pris des mesures pour lutter contre l’inflation. Le plan du gouvernement prévoit le plafonnement des prix de plusieurs denrées alimentaires dont le riz, les pâtes, et l’huile (le prix du pain est déjà fixé par l’État). Les exportations de bananes plantains et de manioc sont désormais contrôlées dans le but de privilégier le marché intérieur.

Ces subventions visent à éviter que cette crise alimentaire ne déclenche des émeutes de la faim comme en 2007 et 2008. En Côte d’Ivoire en fin d’année dernière une manifestation contre la vie chère a été réprimée par les autorités. Les Ivoiriens subissent l’inflation depuis près de deux ans, à cause de la crise du Covid-19. Près de 5% d’augmentation des prix à la consommation entre juillet 2020 et juillet 2021. Ce n’est donc pas la première fois que le gouvernement fait ce type d’annonce. 

Une crise supplémentaire au Sahel

Le Burkina Faso craint qu’une partie des fonds destinés au Sahel soit redirigée vers l’aide humanitaire en Ukraine. Cette guerre vient s’ajouter à d’autres crises dans la région, à commencer par le terrorisme. Deux millions de déplacés interne à cause de l’insécurité liée aux attaques djihadistes depuis plusieurs années. Puis, le dérèglement climatique entraîne des sécheresses record. Ce qui rend les pays du Sahel encore plus dépendants des importations.

Selon le programme alimentaire mondial, dix millions de personnes vont avoir besoin d’une aide alimentaire d’ici quelques semaines, pendant la période dite de « soudure ». Une période de disette qui s’étend de mai à août, car les récoltes de l’année précédente sont consommées alors que celles de l’année en cours ne sont pas encore engrangées. Au total 19 pays d’Afrique qui dépendent du blé russe ou ukrainien.

Source : France info

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