7 juillet 2022
Paris - France
POLITIQUE

Côte d’Ivoire – Olivia Yacé : concours Miss Monde, paillettes et politique

Olivia Yacé, 23 ans, fille du maire de Cocody, a été élue la troisième femme la plus belle du monde. La Miss Côte d’Ivoire s’était entourée d’une armée de communicants pour préparer ce concours, ringardisant au passage le comité d’organisation de son pays.

Olivia Yacé a été élue deuxième dauphine du concours de Miss Monde 2022 qui a eu lieu dans la nuit de mercredi à jeudi, à Porto-Rico, aux États-Unis. Quelques mois auparavant, très souriante, elle répondait, avec enthousiasme et dans un anglais soigné, sans accent, aux questions d’une animatrice américaine qui l’interrogeait, intriguée, sur cette reine dont elle se dit descendante dans sa vidéo de présentation au concours Miss Monde 2022. « C’est incroyable ! Pouvez-vous nous en dire plus ? »

Âgée de  23 ans, la jeune femme déroule le récit de l’héroïque Abla Pokou, reine africaine fondatrice du royaume Baoulé, qui sacrifia un fils pour sauver son peuple. « Je suis très fière d’appartenir à son groupe ethnique, les Akans. Aujourd’hui, je porte une couronne avec des éléments dorés qui représentent ma culture, mon histoire et cette reine. […] Je voulais mettre en lumière l’impact des femmes dans nos sociétés », explique la candidate. L’animatrice semble à la fois émue par ce récit et conquise par le discours féministe.

Fonds propre

À l’issue de cet entretien, Olivia Yacé remportera le « head to head challenge » du concours Miss Monde 2022 (au total, elle remportera trois de ces « challenges », dont celui du vote du public), une des épreuves qui ouvre les portes de la grande finale qui aura lieu cette nuit sur l’île caribéenne de Porto-Rico. Seules quarante participantes sur plus d’une centaine sont ainsi sélectionnées d’après un savant calcul de points. C’est la première fois qu’une Ivoirienne atteint ce stade de la compétition et se hisse parmi les favorites.

OLIVIA YACÉ CONNAIT ET MANIE LES CODES DE LA MODE

La jeune femme est née aux États-Unis où elle a effectué toute sa scolarité. Mannequin depuis l’âge de 13 ans, hyper active sur les réseaux sociaux, Olivia Yacé connait et manie les codes de la mode, aussi bien que ceux du marketing, matière dont elle vient tout juste d’être diplômée dans une université américaine. Pour préparer cette compétition mondiale, reportée une première fois en raison de la crise sanitaire, elle s’est entourée d’une solide équipe de communicants et de coachs.

Le noyau dur de son équipe est composée de sept personnes : sa chargée de communication Justine Tayou Diouf, un community manager, un directeur artistique, deux photographes et deux vidéastes. Olivia Yacé peut aussi compter sur les stylistes ivoiriennes Lafalaise Dion et Aya Konan, et s’est attachée les services d’un professeur de français, d’un coach en démarche et d’un autre en sport. « Elle a financé sa campagne sur fond propre, grâce à l’aide de ses parents », explique Justine Tayou Diouf. Plusieurs montants circulent, aucun n’est confirmé. On parle de plusieurs dizaines de millions de F CFA investis (plusieurs milliers d’euros).

Exit donc le Comici, le Comité d’organisation de Miss Côte d’Ivoire, dont une des missions consiste à préparer, financer et encadrer les Miss ivoiriennes pour le concours mondial. « Encore heureux ! Sinon Olivia serait passée inaperçue, comme les précédentes. À l’heure des réseaux sociaux, le Comici est complétement dépassé, ce sont des personnes âgées qui ne comprennent pas les enjeux », tonne l’entourage d’Olivia Yacé. Le Comici s’était ému de la situation dans un communiqué, tout en apportant son soutien à la candidate. Son président, Victo Yapobi, n’a pas répondu à nos sollicitations.

Noblesse ivoirienne

Olivia Yacé est la fille de Jean-Marc Yacé, le maire de la commune huppée de Cocody à Abidjan et la petite-fille de Philippe Yacé, compagnon de route de Félix Houphouët-Boigny. Autrement dit, elle appartient à la noblesse de ce pays. Une jeune femme de bonne famille, très soutenue par sa maman Yolande, qui prône l’acceptation de soi et la défense des minorités, et a réussi le pari d’agréger autour d’elle de nombreux soutiens, très hétéroclites. Des soutiens politiques notamment.

Elle a été reçue avec ses parents par l’ancien président Henri Konan Bédié et sa femme Henriette, après son couronnement en Côte d’Ivoire. Le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo s’est fendu d’un communiqué pour lui apporter son soutien, tandis que le Premier ministre Patrick Achi et la Première dame Dominique Ouattara tweettaient leurs encouragements.

Figure féministe

Récemment, c’est avec la rappeuse Nash qu’Olivia Yacé a partagé une séance photo, après avoir tourné un clip en compagnie de plusieurs influenceuses ivoiriennes, ses « tatas ». De nombreuses féministes partagent ses posts sur les réseaux sociaux et saluent une jeune femme indépendante qui ne mise pas tout sur sa plastique de rêve. « Elle est un exemple pour les jeunes filles qui cherchent à s’émanciper », avance une activiste, conquise. « Nous avions Didier Drogba et A’Salfo, et maintenant nous avons aussi Olivia Yacé », se réjouissent les internautes.

Cette ambiance bon enfant, qui voit tout un pays se ranger derrière sa Miss, tranche avec celle qui avait prévalu autour du concours Miss Côte d’Ivoire 2019. La gagnante, Tara Gueye, de mère ivoirienne et de père sénégalais, avait été attaquée sur les réseaux sociaux en raison de son patronyme, ravivant les inquiétudes d’une réapparition du débat sur « l’ivoirité » à quelques mois d’une élection présidentielle. Plusieurs personnalités lui avaient apporté leur soutien, notamment Didier Drogba.

Source : Jeune Afrique

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