18 avril 2024
Paris - France
EUROPE

Pays-Bas : cinq questions sur la victoire de l’extrême droite aux élections législative

Le Parti de la liberté (PVV), formation d’extrême droite menée par Geert Wilders, a obtenu 37 sièges sur 150, selon des résultats presque complets. Il est toutefois loin d’être assuré de gouverner.

L’extrême droite gagne du terrain en Europe. Aux Pays-Bas, le Parti de la liberté (PVV), formation islamophobe, est arrivé en tête des élections législatives, mercredi 22 novembre, selon les sondages à la sortie des urnes. Le PVV « ne peut plus être ignoré », a salué le fondateur et chef politique du parti, Geert Wilders. L’homme politique, figure de l’extrême droite aux Pays-Bas, a appelé les autres partis à travailler ensemble pour former une coalition.

Le Premier ministre sortant, Mark Rutte, avait annoncé en juillet la chute du gouvernement après plusieurs divergences « insurmontables » sur l’immigration. Il avait ensuite déclaré qu’il souhaitait quitter la politique, après plus de treize ans à la tête des Pays-Bas. Qui lui succédera après ces élections législatives ? Franceinfo répond à cinq questions sur le scrutin et ses conséquences.

1 Quels sont les résultats ?

Selon des résultats presque complets communiqués jeudi matin, le Parti de la liberté a remporté 37 sièges sur 150. Il disposait jusqu’à présent de 16 sièges au sein de la seconde chambre des Etats généraux du royaume des Pays-Bas, l’équivalent de l’Assemblée nationale.

L’alliance de Frans Timmermans (gauche-écologistes), en progression (+8), arrive deuxième avec 25 sièges. Le Parti populaire pour la liberté et la démocratie (VVD), formation de centre-droit au pouvoir, n’obtient que 24 sièges (-10). Ses alliés (les sociaux-libéraux du D66 et les chrétiens-démocrates du CDA) essuient également un revers

Enfin, le jeune parti Nouveau Contrat social de Pieter Omtzigt, issu du mouvement chrétien-démocrate, obtient 20 sièges d’après ces résultats relayés par la radio et télévision publique NOS.

2 Qui est Geert Wilders ?

Député depuis 1998, Geert Wilders a fondé le parti de la liberté en 2006. L’élu d’extrême droite est parfois qualifié de « Trump néerlandais ». Il a bâti sa carrière sur l’islamophobie, livrant bataille contre ce qu’il estime être une  « invasion islamique » de l’Occident. Il a déjà proposé des concours de caricatures du prophète Mahomet, et a traité les Marocains de « racailles ». 

Le Néerlandais a eu plusieurs démêlés avec la justice. Il a notamment été reconnu coupable d’insultes envers les personnes marocaines. Il vit sous protection policière depuis 2004, du fait de menaces de mort à son encontre.

Pendant la campagne, Geert Wilders a quelque peu adouci sa rhétorique islamophobe et xénophobe, à tel point que des analystes l’ont surnommé « Geert Milders » (Geert le doux). L’élu s’est par exemple davantage concentré sur la question du coût de la vie.

3 Que propose son parti d’extrême droite ?

L’islamophobie reste néanmoins au cœur du programme du Parti de la liberté. « Les Pays-Bas ne sont pas un pays islamique : pas d’écoles musulmanes, de Corans et de mosquées », déclare la formation, qui souhaite aussi « l’interdiction de porter le foulard islamique dans les bâtiments gouvernementaux ». Le PVV assure qu’« avec une réduction de l’afflux [des demandeurs] d’asile et de l’immigration vers les Pays-Bas, l’islamisation du pays sera également réduite ».

En matière d’immigration, la formation d’extrême droite appelle à un « gel de l’asile » et « une politique d’immigration généralement plus restrictive », ainsi qu’une dérogation aux règles européennes sur le sujet. Le parti entend rétablir les contrôles aux frontières néerlandaises. Des Syriens titulaires de permis d’asile temporaires pourraient se voir retirer leur permis, car « certaines parties de la Syrie sont désormais sûres ». Le manifeste du PVV ajoute que le nombre d’étudiants étrangers sera réduit si le parti arrive au pouvoir.

Le mouvement souhaite aussi proposer un « référendum contraignant » sur le « Nexit », la possible sortie des Pays-Bas de l’Union européenne. Il aspire à « des Pays-Bas souverains, des Pays-Bas responsables de leur propre monnaie, de leurs propres frontières et qui établissent leurs propres règles ».

En outre, le parti affiche des positions climatosceptiques, et appelle à davantage d’extraction de pétrole et de gaz de la mer du Nord. Il souhaite aussi le maintien des centrales électriques au charbon et au gaz ouvertes.

4 Geert Wilders peut-il gouverner ?

Pour gouverner, une coalition aura besoin de 76 sièges sur les 150 que compte la chambre basse du Parlement néerlandais. Geert Wilders est donc encore loin de pouvoir gouverner. Avant les élections, les dirigeants des trois autres grands partis avaient assuré qu’ils ne participeraient pas à une coalition menée par le Parti de la liberté.

Frans Timmermans, leader du Parti travailliste, a d’emblée rejeté l’idée de rejoindre une coalition de Geert Wilders. « Le moment est venu pour nous de défendre la démocratie », a-t-il déclaré. La candidate du parti de Mark Rutte (VVD), Dilan Yesilgöz, avait provoqué une polémique en se déclarant prête à gouverner avec le parti de Geert Wilders. Elle avait ensuite rejeté l’idée de former un gouvernement dans lequel il serait Premier ministre.

Le populaire Pieter Omtzigt s’est dit « disponible » pour diriger les Pays-Bas. Tout en assurant que le processus ne serait « pas facile ». 

5 Quelles sont les réactions en Europe ?

La présidente du groupe Rassemblement national à l’Assemblée nationale, Marine Le Pen, a félicité Geert Wilders et son parti pour « leur performance spectaculaire » aux élections législatives aux Pays-Bas. Un résultat « qui confirme l’attachement croissant à la défense des identités nationales », a-t-elle déclaré sur X. « C’est parce qu’il est des peuples qui refusent de voir s’éteindre le flambeau national que l’espoir du changement reste vif en Europe », a ajouté la députée d’extrême droite.

Le Premier ministre nationaliste hongrois, Viktor Orban, a également salué les résultats du PVV aux Pays-Bas. « Les vents du changement sont là », assure-t-il.

Matteo Salvini, figure de l’extrême droite italienne, a qualifié Geert Wilders d’« ami » et déclaré qu’une « nouvelle Europe est possible », après le succès du Néerlandais. « Toute l’Europe veut un changement politique », a affirmé Alice Weidel du parti d’extrême droite allemand Alternative pour l’Allemagne.

Franceinfo

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