24 septembre 2023
Paris - France
AFRIQUE

Gabon: nouveau coup dur pour la France

Après le putsch au Niger en juillet, qui suscite la colère du président de la République, le coup d’Etat survenu mercredi vient affaiblir un peu plus la position de Paris en Afrique.

Les faits Le président du Gabon, Ali Bongo, a été placé mercredi en résidence surveillée, ont annoncé 

des officiers de l’armée après l’annonce, plus tôt, de leur prise de pouvoir. Il venait d’être réélu pour un 

troisième mandat dans des conditions critiquées par l’opposition. La France «< condamne le coup d’Etat 

militaire qui est en cours», a déclaré Olivier Véran, porteparole du gouvernement. Le gouvernement suit 

la situation avec << la plus grande attention » a indiqué Elisabeth Borne. Total Energies a indiqué que sa 

priorité principale était d«< assurer la sécurité de ses employés et de ses opérations ». Le groupe minier 

français Eramet a mis en pause, lui, toutes ses opérations dans le pays

Emmanuel Macron ne croyait pas si bien dire, le 2 mars dernier à Libreville : « Notre histoire, ici au Gabon

ne nous le cachons pas, c’est aussi celle de la Françafrique. Et cet âge de la Françafrique est bien 

révolu ». Un semestre plus tard, un coup d’Etat militaire a, mercredi matin, planté un clou supplémentaire 

dans le cercueil de la politique africaine de la France. Le Gabon, l’un des pays les plus riches d’Afrique 

grâce au pétrole, abrite toujours une base militaire française. « On a déjà perdu le Sahel, vaton 

maintenant perdre l’Afrique centrale? », s’interroge un familier de cette zone

C’est la théorie des dominos qui tombent les uns après les autres. Cinq semaines après le putsch au Niger 

du 26 juillet, qui faisait suite au départ forcé de Centrafrique, du Mali puis du Burkina Faso au cours de 

l’année écoulée, la séquence est désastreuse pour Paris. Elle met à mal l’ambition d’Emmanuel Macron de 

faire de la France une « puissance partenariale de confiance ». Celuici se retrouve à la fois isolé sur la 

scène internationale et en colère face à la tournure que prennent les crises africaines

Cette colère, il l’avait déjà manifesté dans son discours à la conférence des ambassadeurs, lundi à 

l’Elysée, à propos du Niger, suscitant alors des doutes parmi son public. Ce qui arrive à Emmanuel Macron

est peutêtre ce qu’il y a de pire pour un dirigeant politique aussi désireux que lui d’imprimer sa marque 

dans les affaires mondiales: il doit subir des événements que l’appareil d’Etat (services de renseignement

diplomatie, armées) ne semble plus être en mesure d’anticiper et de prévenir. Hasard de calendrier : le 

conseiller Afrique du Président, Franck Paris, est sur le départ, mais son successeur présumé, Marc Didio

n’a pas encore pris ses fonctions

Chaque semaine apporte désormais son lot de mauvaises nouvelles. A qui la faute? Qui sont les 

responsables? Qu’estce qui n’a pas marché? On ne peut se satisfaire des seules réponses du chef de 

l’Etat, qui tiennent plus de l’autojustification que de l’analyse lucide de la situation

Rejet profond. Lundi, face aux ambassadeurs, Emmanuel Macron avait ainsi usé d’un langage fort peu 

diplomatique à propos du sentiment antifrançais en Afrique : << Si on cède aux arguments inadmissibles 

de cette alliance baroque des prétendus panafricains avec les néoimpérialistes, on vit chez les fous. >> De 

même, refusaitil d’admettre l’évidence de l’échec de l’opération Barkhane au Sahel : « Quand j’entends 

parfois des responsables politiques français nous expliquer que Barkhane serait une défaite, je le dis, ne 

prenez pas les arguments de l’ennemi; parce qu’à ce moment, vous desservez tout le monde. >> Dresser 

un bilan critique de l’action militaire de la France relèveraitil de la haute trahison

Enfin, lorsqu’il expliquait que «< les sentiments antifrançais dans beaucoup de pays d’Afrique [sont] le fruit 

d’une stratégie de contreinfluence et de désinformation » de puissances hostiles comme la Russie, il niait 

ce que les ambassadeurs français basés en Afrique confient en privé : la profondeur du rejet de la 

politique française dans les opinions publiques locales, en particulier dans la jeunesse urbaine. La Russie 

l’exploite, elle ne le crée pas

| A lire aussi: Coup d’Etat au Gabon: Paris joue la carte de la realpolitik 

Qui dit que << Nous avons encore trop tendance à ne parler qu’avec les gens au pouvoir. Il faut renforcer le

est peutêtre ce qu’il y a de pire pour un dirigeant politique aussi désireux que lui d’imprimer sa marque 

dans les affaires mondiales: il doit subir des événements que l’appareil d’Etat (services de renseignement

diplomatie, armées) ne semble plus être en mesure d’anticiper et de prévenir. Hasard de calendrier : le 

conseiller Afrique du Président, Franck Paris, est sur le départ, mais son successeur présumé, Marc Didio

n’a pas encore pris ses fonctions

Chaque semaine apporte désormais son lot de mauvaises nouvelles. A qui la faute? Qui sont les 

responsables? Qu’estce qui n’a pas marché? On ne peut se satisfaire des seules réponses du chef de 

l’Etat, qui tiennent plus de l’autojustification que de l’analyse lucide de la situation

Rejet profond. Lundi, face aux ambassadeurs, Emmanuel Macron avait ainsi usé d’un langage fort peu 

diplomatique à propos du sentiment antifrançais en Afrique : << Si on cède aux arguments inadmissibles 

de cette alliance baroque des prétendus panafricains avec les néoimpérialistes, on vit chez les fous. >> De 

même, refusaitil d’admettre l’évidence de l’échec de l’opération Barkhane au Sahel : « Quand j’entends 

parfois des responsables politiques français nous expliquer que Barkhane serait une défaite, je le dis, ne 

prenez pas les arguments de l’ennemi; parce qu’à ce moment, vous desservez tout le monde. >> Dresser 

un bilan critique de l’action militaire de la France relèveraitil de la haute trahison

Enfin, lorsqu’il expliquait que «< les sentiments antifrançais dans beaucoup de pays d’Afrique [sont] le fruit 

d’une stratégie de contreinfluence et de désinformation » de puissances hostiles comme la Russie, il niait 

ce que les ambassadeurs français basés en Afrique confient en privé : la profondeur du rejet de la 

politique française dans les opinions publiques locales, en particulier dans la jeunesse urbaine. La Russie 

l’exploite, elle ne le crée pas

Enjeu militaire. C’est autour de cette question qu’une partie de la crise actuelle s’est nouée, l’hiver dernier

Le sort de ces bases était alors en discussion au sommet de l’Etat. Des voix plaidaient pour l’annonce de 

fermetures un geste symbolique visant à envoyer un message auprès des opinions africaines, qui 

considèrent la présence militaire française comme un rappel douloureux de la période coloniale. << Ça ne 

passe plus du tout », dit un diplomate. Las! Comme il était prévisible, la hiérarchie militaire a eu gain de 

cause. Les bases sont maintenues, tout en étant rebaptisées et réduites en volume

Au sein de l’armée française, l’Afrique est une question identitaire. L’attachement à ce continent y est 

sincère, mais les cadres ont du mal à se libérer de l’héritage colonial et ne veulent surtout pas porter le 

chapeau de l’échec. La France maintient 5600 hommes en Afrique, près de quatre fois le volume à l’est 

de l’Europe. Ce sont des «< forces de présence » (Sénégal, Côte d’Ivoire, Gabon et Djibouti) et des 

<< opérations » (Niger et Tchad). Combien de temps ce dispositif, hérité des années soixante, pourratil 

encore tenir? Fautil s’accrocher à tout prix, au prétexte de ne pas céder la place aux «< néo- 

impérialistes >> russes ou chinois? Faute de se retirer volontairement, la France risque désormais d’être 

congédiée

Jean Moliere source: réalpolitik

 

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