Le putsch au Gabon menace l’activité de quelque 85 entreprises françaises présentes sur place
Une mine de Manganèse au Gabon. – Sipa Press
La diplomatie française a des soucis à se faire en Afrique. Elle n’est pas la seule. Mercredi 30 août, Eramet
a immédiatement « mis à l’arrêt » ses activités au Gabon à l’annonce du coup d’Etat visant à renverser
l’inamovible Ali Bongo. Le groupe minier français est le premier employeur privé dans le pays à travers la
compagnie Comilog, spécialisée dans l’extraction de manganèse. Comme Total Energies, présent dans
l’exploration pétrolière, Eramet << suit » désormais la situation afin de «< protéger la sécurité de (son)
personnel et l’intégrité de (ses) installations ». Les putschistes gabonais ont fait vaciller la Bourse où le
cours du premier producteur mondial de manganèse haute teneur chutait de 15% dans l’après–midi. Celui
de TotalEnergies Gabon perdait plus de 10%.
Gabon: nouveau coup dur pour la France
L’opérateur pétrolier Maurel et Prom s’effondrait, lui, de près de 20%. Il est le premier producteur d’or noir
du Gabon, où il vient de réaliser un investissement de 730 millions de dollars, en rachetant l’entreprise
d’exploration–production Assala auprès du fonds de capital–investissement Carlyle. Fin 2020, 85
entreprises tricolores étaient présentes dans le pays, dont certaines depuis des décennies, pour un
chiffre d’affaires cumulé de près de trois milliards d’euros, selon le Trésor. « Nous suivons la situation de
près. Nous sommes capables de travailler si elle se stabilise, confie aujourd’hui le président du Cian
(Conseil français des investisseurs en Afrique) Etienne Giros. La résilience de l’Afrique n’est plus à
prouver >>.
Or gris. S’il n’est que le quatrième producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne, ce qui fut le fief de la
famille Bongo est surtout le deuxième producteur mondial de manganèse. Un minerai désormais qualifié
d’or gris en raison de son importance croissante dans la composition des batteries de voitures
électriques. Afin d’assurer son approvisionnement en sulfate de manganèse, le groupe automobile
Stellantis vient de conclure un partenariat qui gère et possède un projet d’envergure en Australie. Plus
généralement, le manganèse augmente la résistance de l’acier à l’usure. C’est le quatrième métal le plus
utilisé dans le monde après le fer, l’aluminium et le cuivre.
Pour Eramet, le coup est rude. Le mois dernier, le groupe présidé par Christel Bories se félicitait d’avoir
surmonté des << incidents logistiques majeurs » au Gabon, avec un glissement de terrain fin 2022 et la
rupture d’un ouvrage d’art début avril. Cela avait entraîné l’arrêt de la production sur l’ensemble du mois
de janvier, et fortement perturbé celle d’avril 2023.
» Avec la transition énergétique, les Etats découvrent de nouvelles dépendances. La « diplomatie minérale » va être un gros enjeu dans les années qui viennent »
Benjamin Louvet, spécialiste des matières premières chez Ofi AM voit dans ce coup d’Etat << un nouveau
signal d’alarme. La géopolitique bouge au moment où l’Occident a besoin de sécuriser ses
approvisionnements en produits stratégiques pour la transition énergétique, pour lesquels ces pays
peuvent être des acteurs majeurs ». Hélas, la France perd aujourd’hui de l’influence en Afrique au profit de
la Russie, de la Chine et de la Turquie.
<< Malédictions ». Le mois dernier, c’est le putsch au Niger qui a donné des sueurs froides aux utilisateurs
d’uranium. L’hexagone, grand consommateur en raison de la taille de son parc nucléaire, avait pris soin de
diversifier ses approvisionnements face à l’instabilité croissante du pays. Mais la menace pèse sur
d’autres minerais essentiels : le président du Chili vient d’annoncer son intention de nationaliser une partie
de la production de lithium, dont le pays est le deuxième producteur mondial après l’Australie. Or, sans
lithium, pas de batteries électriques. Quant à la Chine, elle limite depuis le 1er août ses exportations de
gallium et de germanium, deux métaux rares nécessaires à la fabrication de semi–conducteurs pour le
secteur de la 5G, des batteries électriques, du photovoltaïque et de la téléphonie.
<< Avec la transition énergétique, les Etats découvrent de nouvelles dépendances. La « diplomatie minérale »
va être un gros enjeu dans les années qui viennent. Elle sera difficile à gérer, car c’est un domaine de
grande compétition entre les pays », poursuit Benjamin Louvet. La production n’est pas seule en jeu. La
Chine est devenue incontournable pour le raffinage et la transformation de la quasi–totalité des minerais,
une dépendance dont veulent sortir ses partenaires. C’est le cas notamment des Etats–Unis, qui
investissent aujourd’hui en aval du cycle pour échapper à la tutelle de Pékin dans ce domaine.
| A lire aussi: Quand la France pouvait compter sur ses propres mines d’uranium…
Le manganèse extrait par Eramet au Gabon n’est pas expédié en Chine puisqu’il est transformé aux Etats-
Unis, en Norvège, en France et pour partie au Gabon. Maigre consolation. Les putschistes ont tout intérêt
à une normalisation rapide de la situation, faute de quoi le pays court à sa ruine. Le secteur pétrolier et
minier constitue la colonne vertébrale de l’économie, et pèse 84% des exportations, 52% du PIB et 40%
des recettes fiscales. « Le Royaume d’Espagne a commencé à péricliter lorsque les flottes d’argent et d’or
sont arrivées du Nouveau Monde. La malédiction des matières premières n’est pas nouvelle. Celles–ci
pervertissent tout, l’âme, le cœur, le corps et les circuits économiques », commente, lyrique, l’économiste
Philippe Chalmin. Si ceux de la France ne passent plus par l’Afrique, il sera très difficile de les reconstruire
ailleurs.
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JM. source : l’Opinion