18 avril 2024
Paris - France
INTERNATIONAL

En Haïti, l’État d’urgence déclaré après l’évasion de milliers de détenus d’un centre pénitentiaire

– Situation hors de contrôle. Survenue dans la nuit de samedi à dimanche, l’attaque d’un centre pénitentiaire en Haïti, pris d’assaut par des gangs armés qui ont tué une dizaine de personnes, a contraint le gouvernement haïtien à prendre les devants. D’autant plus qu’un grand nombre de prisonniers dangereux ont été relâchés dans la nature.

Cette évasion de détenus a été l’élément déclencheur pour le gouvernement, qui a donc instauré ce dimanche 3 mars l’état d’urgence « sur toute l’étendue du département de l’Ouest pour une période de 72 heures renouvelable ». Un département où se trouve notamment la capitale Port-au-Prince.

Un moindre mal pour tenter de répondre au sursaut de violence qui touche le petit pays des Caraïbes depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, laissant depuis les gangs armés faire leur loi, même dans la capitale. Désormais, « les forces de l’ordre ont reçu l’ordre d’user de tous les moyens légaux à leur disposition en vue de faire respecter le couvre-feu et d’appréhender tous les contrevenants », a fait savoir l’exécutif local.

Évasion massive

Il faut dire que ces événements nécessitaient de mettre en place des moyens sérieux, comme un couvre-feu « en raison de la dégradation sécuritaire », notamment à Port-au-Prince, « caractérisée par des actes criminels de plus en plus violents perpétrés par les gangs armés ». Sans oublier l’évasion massive de « prisonniers dangereux », dont l’ampleur semble encore difficile à mesurer.

Le gouvernement a d’ailleurs dénoncé les « déchaînements de criminels lourdement armés voulant à tout prix libérer des personnes gardées, notamment pour des faits de kidnapping, de meurtres et d’autres infractions graves ».

Pierre Espérance, directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) a expliqué auprès de l’AFP que seule une centaine de détenus étaient toujours présents dans le Pénitencier national de Port-au-Prince. Ce qui laisse supposer que plus de 3 500 prisonniers sont désormais libres, car le centre pénitentiaire comptait 3 800 détenus avant l’attaque sanglante des gans armés. « On a dénombré de nombreux cadavres de détenus », a ajouté le directeur du RNDDH.

Sur place, un journaliste de l’AFP a pu constater le chaos qui règne désormais autour de ce lieu où une dizaine de corps sans vie se trouvaient toujours aux alentours de la prison, dont la porte était encore « ouverte » dimanche matin. Le bilan actuel évoque une dizaine de morts, touchés par balle ou par des projectiles lors de l’évasion.

Opération libération

Si tout semble avoir commencé dans la nuit de samedi à dimanche avec l’attaque meurtrière de la prison par des gangs armés, il faut remonter à jeudi pour trouver l’origine de cette situation de crise en Haïti.

Depuis le 29 février des gangs armés s’en prennent à des sites stratégiques, disant vouloir renverser le Premier ministre contesté Ariel Henry. Un homme au pouvoir depuis la mort du président Jovenel Moïse, alors qu’il aurait dû quitter ses fonctions au début du mois dernier.

Ce bras de fer entre les gangs armés et le gouvernement s’est donc transformé en opération de libération des prisonniers enfermés dans le Pénitencier national de Port-au-Prince où se trouvaient des prisonniers de droit commun, des chefs de gangs connus et des inculpés dans l’assassinat du président Jovenel Moïse.

Un autre assaut contre la prison de Croix des Bouquets semble avoir également permis la libération de prisonniers, selon un communiqué du gouvernement haïtien qui indique que des policiers « ont tenté de repousser l’assaut des gangs criminels contre » les deux prisons précédemment évoquées.

S’agissant de la prison de Croix des Bouquets, on ignore pour l’heure combien de détenus ont pu s’échapper, selon Pierre Espérance. Cette prison abritait avant l’attaque environ 1 450 détenus, a-t-il précisé.

Source Le HuffPost 

X