3 février 2023
Paris - France
INTERNATIONAL

Brésil : Ce que l’on sait de l’invasion du Congrès, du palais présidentiel et de la Cour suprême par des pro-Bolsonaro

SACCAGE Des centaines de militants pro-Bolsonaro ont envahi pendant plusieurs heures les principaux lieux de pouvoir, dans la capitale, Brasilia.

  • Une semaine après l’investiture du président Lula, des centaines de militants ont investi les principaux lieux de pouvoir dans la capitale. Les dégâts s’annoncent d’ores et déjà importants.
  • Après plusieurs heures de chaos, les forces de l’ordre ont repris le contrôle du palais présidentiel, du Congrès et de la Cour suprême à Brasilia et arrêté plus de 200 personnes.
  • La communauté internationale a exprimé son soutien au président Lula.

Comment ne pas faire le lien avec l’invasion, il y a presque deux ans jour pour jour, du Capitole par des militants trumpistes endurcis ? La démocratie a été attaquée dimanche au Brésil, mais le nouveau pouvoir de Lula a tenu. Des centaines de partisans de l’ancien président brésilien, Jair Bolsonaro, ont envahi le Congrès, le palais présidentiel et la Cour suprême à Brasilia.

Si le président Lula était au même moment en déplacement dans une ville de l’est de Sao Paulo, les images restent néanmoins impressionnantes. Et le message des bolsonaristes limpide : ils ne comptent pas baisser les bras, malgré son investiture la semaine dernière.

Que s’est-il passé ?

La zone près de la Place des trois pouvoirs, où se côtoient le Palais présidentiel de Planalto, la Cour suprême et le Congrès, avait été bouclée par les autorités, mais les bolsonaristes sont parvenus à rompre les cordons de sécurité. Les policiers, qui semblaient complètement débordés, ont tenté, en vain, de les repousser avec du gaz lacrymogène et des grenades assourdissantes. Sur certaines vidéos, on aperçoit les forces de l’ordre violemment pris à partie par la foule, contraints de reculer face à des militants déchaînés. Un agent de la police montée a notamment été désarçonné puis frappé à terre par des assaillants armés de bâtons.

Les premières images laissent présager des dégâts considérables dans ces bâtiments qui sont des trésors de l’architecture moderne et regorgent d’œuvres d’art. Sur les vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux, on y aperçoit du mobilier détérioré, des vitres brisées, des bureaux saccagés… Selon la chaîne CNN, des manifestants ont, par exemple, mis le feu au tapis d’un salon du Congrès, qui a dû être inondé pour éteindre l’incendie. Un syndicat de presse local a, par ailleurs, fait état de l’agression de cinq journalistes. Parmi eux, un photographe de l’AFP a été frappé et s’est fait voler tout son matériel.

Après plusieurs heures de chaos, les forces de l’ordre ont finalement repris le contrôle des bâtiments envahis et arrêté plus de 200 personnes, selon le ministre de la Justice et de la Sécurité Flavio Dino.

Pourquoi ces militants agissent ainsi ?

Ces militants n’ont jamais reconnu la victoire – d’une courte tête – de Lula contre Jair Bolsonaro à la présidentielle d’octobre. Ce saccage intervient une semaine après l’investiture du nouveau président brésilien et ce, en l’absence de son prédécesseur : le leader d’extrême droite a quitté le Brésil en fin d’année pour rejoindre les Etats-Unis, fuyant ainsi des ennuis judiciaires.

Ce n’est pas le premier coup de force des partisans de Jair Bolsonaro. Au lendemain de la victoire de Lula, ils avaient bloqué une partie des axes routiers dans onze Etats pendant près d’une semaine. Des bolsonaristes manifestaient également depuis le 30 octobre devant des casernes militaires, réclamant l’intervention de l’armée pour empêcher ce dernier de revenir au pouvoir pour un troisième mandat, après ceux de 2003 à 2010.

Comment a réagi le président Lula ?

Le président brésilien a très vite annoncé dimanche une « intervention fédérale » – soit la prise en main au niveau de l’Etat brésilien du commandement des forces de sécurité – pour reprendre en main la sécurité de la capitale. Condamnant une intervention menée par des « vandales fascistes », il a promis, au sujet des responsables, « de tous les retrouver », assurant qu’ils seraient « punis ». En fonction depuis seulement une semaine et déjà confronté à une crise majeure, Lula, qui a inspecté les bâtiments saccagés à son retour dans la capitale tard dimanche soir, a déploré des événements « sans précédent dans l’histoire du Brésil ».

Jair Bolsonaro a réagi depuis la Floride

Depuis les Etats-Unis, Jair Bolsonaro a, dans une série de tweets, condamné sans fermeté « les déprédations et invasions de bâtiments publics ». Mais il a aussi « rejeté les accusations, sans preuve » de son successeur selon qui il aurait encouragé les violences.

Plusieurs de ses alliés se sont toutefois désolidarisés des violences, dont Valdemar Costa Neto, président du PL, le parti de Bolsonaro, qui a regretté « un jour triste pour la nation brésilienne ». Le gouverneur du district fédéral de Brasilia, Ibaneis Rocha, un autre allié de Jair Bolsonaro, a même présenté ses excuses au président Lula dans une vidéo. Il a qualifié les responsables des déprédations des bâtiments publics de « vrais vandales » et de « vrais terroristes ».

Comment a réagi la communauté internationale ?

Le président brésilien peut compter sur le soutien de la communauté internationale. Emmanuel Macron a ainsi appelé dimanche au « respect des institutions démocratiques » au Brésil et a souligné le « soutien indéfectible de la France » au président Lula.

Le président du Conseil européen Charles Michel a exprimé sur Twitter sa « condamnation absolue » de cet assaut et son « soutien total au président Lula da Silva, démocratiquement élu par des millions de Brésiliens à l’issue d’élections équitables et libres ».

Aux Etats-Unis, Joe Biden a jugé « scandaleuses » les violences des manifestants. « Utiliser la violence pour attaquer les institutions démocratiques est toujours inacceptable », a également tweeté son secrétaire d’Etat Antony Blinken. Le président mexicain Andrés Manuel Lopez Obrador a pour sa part dénoncé « la tentative de coup d’Etat des conservateurs au Brésil ».

AFP

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