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Aya Cissoko : « Nous ne sommes pas passés à une société égalitaire et post-raciale »

La triple championne du monde de boxe devenue écrivaine publie « Au nom de tous les tiens », un texte qui interroge les inégalités sociales et la persistance du racisme en France.

 

Au nom de tous les tiens (éd. Seuil, 2022) résonne comme un cri de colère. Dans ce texte abrupt, écrit dans la continuité de ses deux précédents romans, Danbé et N’ba, Aya Cissoko interroge les inégalités sociales et la persistance du racisme en France. La triple championne du monde de boxe devenue écrivaine, après avoir fait des études à Sciences Po Paris, revendique avec force sa double culture franco-malienne. Dans son dernier ouvrage, elle rend hommage aux disparus. Les siens et ceux de la lignée paternelle de sa fille, marquée par la Shoah.

Ce texte au souffle court donne l’impression d’avoir été écrit dans l’urgence. C’est le cas ?

Aya Cissoko La montée de l’extrême droite dans mon pays, la France, me met en colère. Une colère légitime. Je suis lasse de me justifier d’être française et je refuse que ma fille, issue de la troisième génération du côté maternelle, vive ce que j’ai vécu. Nous ne sommes pas des Français à moitié, des Français de papier. Ma présence sur ce territoire n’est pas un hasard, mais la conséquence de choix faits par l’Etat français [son père est arrivé du Mali dans les années 1960].

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Ce livre est un appel aux lecteurs, afin qu’ils se confrontent enfin à notre histoire commune. Il y a urgence face à un parti fasciste qui a fait 42 % aux dernières élections. Le ciment national ne peut se construire à notre détriment. Je parle d’égalité et de justice sociale. Car tous les hommes restent des hommes. J’aime beaucoup ce proverbe mandingue qui me sert de trame dans le livre : « Le monde est vieux, mais l’avenir sort du passé. »

Vous dénoncez l’existence d’un racisme structurel en France, concept rejeté par une bonne partie du monde politique. Selon vous, l’histoire de votre famille en est l’illustration…

Je veux dire que le racisme se concentre dans les institutions garantes de notre protection et de l’égalité. Il produit des discriminations systémiques. Suite à l’assassinat de mon père et de ma sœur en 1986, la justice a mis dix ans à reconnaître à ma mère le statut de victime, au motif, pourtant faux, qu’elle était sans-papiers. Cette lutte pour la dignité l’a épuisée, mais c’était un acte de revendication de notre appartenance à part entière à la communauté nationale. Il disait l’humanité de nos disparus, car nos morts ne sont pas les enfants de rien ni de personne. Ils ont existé. Ils s’inscrivent dans une filiation, une histoire. Ils étaient des hommes.

Le Monde Afrique