27 mai 2024
Paris - France
POLITIQUE

PRÉSIDENTIELLES À MADAGASCAR : Inquiétude des Nations-Unies 

 La campagne électorale officielle des présidentielles du 09 novembre 2023 démarre dans une ambiance critique. Le Collectif des 11 candidats continue de se manifester pour contester ce qu’ils pensent illégal. De son côté, le président du Sénat Herimanana Razafimahefa vient de révéler avoir reçu des menaces pour renoncer le 8 septembre dernier, aux fonctions de président de la République par intérim.

Le Bureau des droits de l’homme des Nations Unies se dit inquiet de la situation des droits humains dans le pays. 

Depuis le 2 octobre 2023, le Collectif des 11 candidats qui s’oppose à la fois à la candidature d’Andry Rajoelina et à la remise de pouvoir de l’intérim du président de la République à un gouvernement collégial par la Haute Cour Constitutionnelle (HCC) se manifeste dans la capitale. Au début, le groupe a demandé de se réunir dans des enceintes closes mais leurs demandes restent toujours refusées en dernière heure. Et à eux de choisir la Place historique du 13 Mai, sur l’avenue de l’Indépendance. Leur marche vers la Place du 13 Mai est pourtant dispersée et réprimée  par les forces de l’ordre. Ceux-ci utilisaient des gaz lacrymogènes et procédaient même à des arrestations.

Parmi les candidats figurent deux anciens présidents (Marc Ravalomanana et Hery Rajaonarimampianina), un ancien Ambassadeur Paraina Auguste, trois anciens ministres (Hajo Andrianainarivelo, Roland Ratsiraka et Brunell Razafitsiandraofa), un député et non moins président de l’Union africaine de judo Siteny Randriasolonaiko ainsi que des opérateurs Jean Jacques Ratsietison, Tahiana Razafinjoelina et Andry Raobelina. 

Quatre candidats ont été blessés jusqu’ici, et ce dernier, président du groupuscule ARB touché à l’œil droit, fut dans l’obligation de se faire soigner à l’île Maurice depuis le 9 octobre. Son certificat médical évoque une fracture de la lame papiracée avec une hémorragie au niveau de sinus ethmoïdal et homolatéral avec une évaluation d’une incapacité totale de travail (ITT) de 30 jours. Avant son départ, il a sollicité à la HCC un report des élections.

Dans une note à la presse, le 10 octobre 2023, le porte-parole du Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH), Seif Magango s’inquiète : « Alors que la campagne électorale débute (…) nous demandons instamment aux autorités malgaches de garantir le respect des droits humains et de l’état de droit tout au long de la période électorale – et au-delà ».

Le HCDH estime que des instructions claires devraient être données aux forces de sécurité pour qu’elles respectent les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion et qu’elles s’abstiennent d’utiliser une force disproportionnée, « afin de créer un environnement propice à des élections libres, équitables et transparentes ».

La Commission électorale nationale indépendante (CENI) organisatrice de scrutin procède plusieurs dialogues, mais ces derniers temps les 11 candidats ont boudé. Seuls 2 candidats (ou ses représentants) sur les 13 dans la liste répondent désormais aux rencontres organisées par la CENI. Les bulletins uniques imprimés en Afrique du Sud ont été accueillis récemment par le président de la CENI Dama Andrianarisedo et la Représentante du PNUD.

« Les procédures de maintien de l’ordre public, telles que la nécessité d’obtenir des autorisations pour les manifestations pacifiques, ne devraient pas être utilisées pour refuser ou décourager les rassemblements pacifiques », a spécifié le porte-parole du HCDH. Cette structure des Nations Unies ne reste pas muette sur le cas du Secrétaire Général du TIM (parti de Marc Ravalomanana), arrêté depuis une semaine et toujours détenu par les forces : « Leur situation devrait être rapidement mise en conformité avec la législation en vigueur »

 Menaces et destitution 

Cette interpellation du Haut-Commissariat des Droits de l’homme coïncide avec une révélation du président du Sénat Herimanana Razafimahefa. Ce dernier qui devrait assurer l’intérim du président de la République selon la Constitution a avoué avoir reçu des menaces émanant de plusieurs membres du gouvernement, pour renoncer à cette fonction le 8 septembre 2023. Ce qui a permis à la HCC de confier l’intérim du PRM à un gouvernement collégial le 9 septembre 2023.

Bien que le gouvernement collégial ait démenti sous toutes ses formes cette déclaration, Herimanana Razafimahefa est allé au bureau de la HCC le 11 octobre avec une nouvelle lettre mentionnant sa disposition d’assumer son rôle de président par intérim. La Constitution malgache de 2010 exige une démission du président de la République en exercice s’il se porte candidat à sa propre succession soixante jours avant la date de l’élection. Ce que le président Andry Rajoelina exécute le 9 septembre dernier.

Selon toujours la Constitution, « le Président du Sénat exerce les attributions présidentielles courantes jusqu’à l’investiture du nouveau Président. Dans le cas où le président du Sénat lui-même se porte candidat, les fonctions de

Chef de l’Etat sont exercées par le gouvernement, collégialement » Comme le président du Sénat reste toujours président de la chambre haute et ne se porte pas candidat, l’opinion publique et une bonne partie de la classe politique restent stupéfaites sur la décision de la HCC de confier l’intérim du président à un gouvernement collégial. Plus encore, la HCC désigne l’actuel Premier ministre Ntsay Christian comme chef du gouvernement collégial.

Rappelons que ce gouvernement a fait l’objet d’une motion de censure signée par une centaine de députés sur les 150, mais rejetée d’une manière sournoise le dernier jour.

La réplique des sénateurs pro-Rajoelina contre Herimanana Razafimahefa ne tarde pas à venir. Après avoir gagné une session extraordinaire auprès du gouvernement la veille, s’est tenue dans la matinée du 12 octobre une séance des sénateurs. Herimanana Razafimahefa a présidé cette séance tout en refusant de la tenir, « car illégale ». Le vice-président du bureau permanent, Nicolas Rabemananjara l’a continué et par un vote de 15 sénateurs présents sur les 18, a destitué Herimanana Razafimahefa de son poste de président du Sénat.

Le même jour, ce dernier vient d’être révoqué par le parti politique TGV ( appartenant à Rajoelina), « pour non-respect de la discipline et des lignes du parti ainsi que de ses comportements indignes » dixit Houlder Ramaholimihasy membre du bureau politique.

Notons que le sénateur Rakotondrainibe Andrianantenaina issu du parti MMM s’est abstenu de participer au vote de destitution du président du Sénat, trouvant  » cette session extraordinaire illégale ».

James RAMAROSAONA(Antananarivo, 12 octobre 2023) pour  Continent Media

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