18 avril 2024
Paris - France
POLITIQUE

Présidentielle en Côte d’Ivoire : et si Alassane Ouattara et Tidjane Thiam s’entendaient?

La compétition électorale en vue du scrutin de 2025 semble aujourd’hui se réduire à un faceàface entre deux acteurs principaux : le RHDP d’Alassane Ouattara et le PDCI de Tidjane Thiam. À moins que… 

Une page se tourne, un nouveau chapitre, passionnant, s’ouvreL’élection de Tidjane Thiam, 61 ans, à la tête du PDCIRDA, le 22 décembre dernier, marque un tournant majeur. Jusqu’ici, la vie politique ivoirienne se résumait depuis trente ans à trois noms : Alassane Ouattara (ADO), Henri Konan Bédié (HKB), décédé le 1er août 2023, et Laurent Gbagbo

Ce dernier n’étant plus que l’ombre de l’animal politique qu’il fut, et son parti n’ayant guère brillé lors des locales, la compétition électorale semble aujourd’hui se réduire à un faceàface entre deux acteurs principaux : le RHDP d’Alassane Ouattara et l’ancien parti unique, revigoré par l’arrivée à sa tête de l’exbanquier ivoirien. En point de mire et au cœur de toutes les préoccupations, la prochaine présidentielle, qui se déroulera à la fin de 

  1. 2025

Le PDCI, première formation d’opposition, est sorti sonné des élections locales de septembre 2023, un mois après la disparition du « Sphinx de Daoukro», mais toujours debout. Certes, les résultats ont marqué un net recul par rapport à ceux de 2018, mais, compte tenu des circonstances, le parti s’en est plutôt bien tiré, malgré l’écrasante victoire globale du RHDP, dans 4 régions (contre 6 en 2018), 32 communes (50 en 2018) et dans ses principaux bastions, défendus de haute lutte, comme à Yamoussoukro, voire à Abidjan, avec les succès symboliques de Cocody, du Plateau, de Marcory ou de PortBouët

Loin derrière le rouleau compresseur présidentiel, donc, mais loin devant les autres. Depuis, le PDCI a le vent en poupe. Tidjane Thiam a conquis le plus ancien parti d’Afrique subsaharienne, avec l’ANC, sans coup férir (96,48 % des suffrages face à JeanMarc Yacé), rassemblant derrière lui la majorité des prétendants et obtenant la confiance des grands électeurs

Tidjane Thiam, un adversaire de taille 

Depuis, le nouveau chef a mis ses hommes en place, réorganisé de fond en comble les structures et les organes 

à sa main, fixé le cap et la stratégie. Les adhésions se multiplient et plus aucune tête ne dépasse, si ce n’est celle de JeanLouis Billon, qui n’a jamais fait mystères de ses ambitions présidentielles. Quant au beaufrère de ce 

dernier, Thierry Tanoh, très proche de HKB, il a tout simplement disparu de l’organigramme… 

 En Côte d’Ivoire, les premiers pas compliqués de Tidjane Thiam à la tête du PDCI 

Thiam est aujourd’hui seul à la barre, incontesté et entouré de sa garde rapprochée. Son émergence modifie considérablement les paramètres de l’échiquier politique ivoirien en un tournemain, il est devenu celui qui a probablement le plus de chances de succéder, quel que soit le terme, à Alassane Ouattara

Celui, aussi, qui coche le plus de cases pour diriger efficacement le pays et incarner une forme de changement : il est de la génération suivante (ADO a 82 ans, Gbagbo, 79), son parcours académique est brillant (diplômé de l’École polytechnique et de l’École des mines de Paris, mais aussi de l’Insead), son cursus professionnel également (directeur du BNETD, ministre du Plan et du Développement, patron de Prudential, puis de Credit Suisse), c’est un descendant d’Houphouët (il est son petitneveu), mais il est musulman ce qui pourrait lui permettre de capter une partie de cet électorat, notamment dans la capitale économique ou dans le Nord -, il incarne une forme d’alternance puisqu’il appartient au PDCI, et son réseau international est immense

Un adversaire de taille, donc, pour le RHDP d’Alassane Ouattara, avec lequel il partage un profil similaire d’économiste ayant fait une partie de sa carrière dans de grandes institutions hors d’Afrique, de bon gestionnaire, de travailleur particulièrement exigeant et sachant s’entourer

Prétendants putatifs et jeunes loups 

Du côté d’Alassane Ouattara et de son camp, personne ne sait qui sera sur la ligne de départ à la fin de 2025. Le principal intéressé ne dit rien de ses intentions, même s’il laisse parfois entendre à des interlocuteurs triés sur le volet que s’il avait bel et bien choisi de passer la main en 2020, avant toutefois de se raviser après le décès de son dauphin, Amadou Gon Coulibaly, ce n’est pas pour aujourd’hui s’accrocher au pouvoir coûte que coûte ; il souhaiterait sortir par la grande porte et donc préparer sa succession. La question est de savoir quand

Il sait cependant qu’il ne trouvera plus jamais dans son camp un Gon Coulibaly, fidèle parmi les fidèles depuis plus de trente ans, compétent, légitime et donc respecté. Ni même un Hamed Bakayoko, lui aussi disparu, au profil différent, mais tout aussi légitime de par le long combat politique mené aux côtés d’ADO pendant des lustres ou compte tenu de son poids politique

Le chef de l’État est aussi préoccupé par l’instabilité qui affecte la région et particulièrement les voisins de la Côte d’Ivoire que sont le Burkina Faso, le Mali ou la Guinée. Une instabilité qui pourrait l’inciter à jouer les prolongations. D’autant que personne, au sein du RHDP, ne semble en mesure de s’imposer clairement, en tout cas de manière évidente, aux yeux du chef comme dans les urnes

 En Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara et l’hypothèse du quatrième mandat 

Il y a bien quelques prétendants putatifs, qui se gardent évidemment d’afficher leurs ambitions, comme le président de l’Assemblée nationale Adama Bictogo, le viceprésident Tiémoko Meyliet Koné, le Premier ministre Robert Beugré Mambé, le ministre de la Défense et frère du président Téné Birahima Ouattara, la présidente du Sénat Kandia Camara, le gouverneur du district d’Abidjan Ibrahim Cissé Bacongo, le directeur de cabinet Fidèle Sarassoro ou Patrick Achi, malgré sa brutale éviction de la primature, le 17 octobre dernier

Si l’on descend d’un cran en termes de stature, quelques rares jeunes loups sont cités, comme le ministre de la Promotion de la jeunesse Mamadou Touré et l’ex- secrétaire général de la présidence Abdourahmane Cissé, aujourd’hui en rupture de ban. Pas de quoi convaincre le chef de l’État de se retirer les yeux fermésFace au PDCI old school et miné par les querelles byzantines de Henri Konan Bédié, passe encore. Mais, répétonsle, l’ancien parti unique n’est plus le même aujourd’huiaggiornamento à marche forcée oblige

Le RHDP et le PDCI ont des atomes crochus 

À moins qu’une troisième option ne s’offre à Alassane Ouattara : transmettre le témoin àTidjane Thiam. Beaucoup y pensent mais peu osent encore le suggérer. On l’a dit, ce dernier coche de nombreuses cases houphouëtiste et musulman, plus jeune, symbole  reconnu d’une alternanceet personne ne doute de ses aptitudes intellectuelles à être président

Mieux, les atomes crochus entre le RHDP et le PDCI sont une évidence, il suffit d’énumérer le nombre de transfuges de ce dernier au sein de la formation présidentielle pour s’en convaincre : Patrick Achi, Robert Beugré Mambé, Kobénan Kouassi Adjoumani, Jeannot Ahoussou Kouadio, Alain Richard Donwahi, Narcisse NdriFrançois Amichia, Paulin Danho, Raymonde GoudouEugène Aka Ahouélé, Ahoua Ndoli, Raymond Ndohi et bien d’autres

Le RDR et le PDCI ont marché main dans la main depuis 2005, Bédié a soutenu Ouattara lors de la présidentielle de 2010 et pendant la crise postélectorale, puis il y a eu le fameux appel de Daoukro, en 2015, qui vit le parti renoncer à présenter un candidat et se ranger derrière ADO dès le premier tour

Certes, les assiettes ont volé et les rancœurs se sont installées depuis août 2018 et, surtout, la présidentielle de 2020. Mais depuis quelques mois, la tension est retombée. Ouattara et Thiam se sont mêmes vus, pour la première fois depuis l’élection de l’ancien financier, le 11 mars. Un échange chaleureux et positif. «Nous sommes des partis houphouëtistes tous les deux, et nous devons œuvrer ensemble pour continuer à guider la Côte d’Ivoire sur le chemin du développement et de la paix », a déclaré le nouveau patron du PDCI

 Entre Alassane Ouattara et Tidjane Thiam, coulisses d’un premier rendezvous 

Réponse de son aîné : « Le PDCI est un parti auquel je suis particulièrement attaché [il en a été le numéro deux

1990 et 1993, NDLR]. C’est un parti avec lequel le  entre RDHP a des relations fortes, qui porte la même philosophie, la même vision pour une Côte d’Ivoire en paix, c’estàdire stable et prospère. Le président Thiam va beaucoup lui apporter. Nous avons donc échangé pour faire en sorte que les choses se déroulent selon notre vision commune: la démocratie et la paix pour la Côte 

d’Ivoire. >> 

Cela tombe bien, c’est exactement ce que les Ivoiriens demandent. Le nouveau chapitre qui s’ouvre, s’il promet encore nombre de surprises et si bien des écueils restent encore à surmonter, commence en tout cas plutôt bien

Source JA

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