18 avril 2024
Paris - France
ECONOMIE

Pourquoi la Côte d’Ivoire ne reçoit- elle le financement de la Banque mondiale qu’au compte-gouttes ? 

La Côte d’Ivoire bénéficierait du financement climatique alors que des secteurs essentiels à sa croissance sont menacés par le changement climatique : rapport de la Banque mondiale.

Si la Banque mondiale accuse des retards dans le décaissement des fonds liés à ses programmes d’aide au pays par rapport aux autres institutions de financement, le cadre réglementaire et l’exécution effective des projets n’y sont pas étrangers

La question du taux de décaissement de la Banque mondiale dans le cadre du programme 2023-2027 avec le gouvernement ivoirien est au cœur des discussions dans les cercles de pouvoir à Abidjan. Et pour cause: les autorités ivoiriennes ont constaté des lenteurs et certains retards de la part de l’institution de Bretton Woods dans le financement des projets de l’État

En visite le 21 novembre dans les bureaux du Premier ministre, Robert Beugré Mambé, à Abidjan, Marie- Chantal Uwanyiligira, la directrice des opérations de la Banque mondiale pour la Côte d’Ivoire, le Bénin, la Guinée et le Togo, a rassuré son hôte quant au fait que l’institution allait accélérer les décaissements en faveur du pays

 Comment le FMI et la Banque mondiale ont viré de bord 19% des décaissements 

Pour l’heure, le taux de décaissement est estimé par le gouvernement à environ 19 %, soit le niveau le moins important de tous les bailleurs de fonds engagés en Côte d’Ivoire, a rappelé le chef du gouvernement dans une sorte de plaidoirie visant à relever le niveau d’exécution des financements

<<< La Côte d’Ivoire est l’un des pays dont on a pu augmenter les ressources. Il s’agit non seulement d’un pays d’accueil, mais son poids dans l’économie de l’Union économique et monétaire ouestafricaine (Uemoa) est extrêmement important. Pour nous, si la Côte d’Ivoire réussit dans ces programmes, c’est toute la région qui se porte mieux, et la Banque aura atteint sa mission de réduction de la pauvreté », lui a répondu la directrice des opérations

 Banque mondialeBAD: Ajay Banga en opération reconquête auprès d’Akinwumi Adesina 

Pourtant, si l’on compare avec les autres bailleurs multilatéraux engagés avec la locomotive d’Afrique de l’Ouest francophone, dont les décaissements avoisinent 40% notamment avec la Banque islamique de développement (BID) en tête , la Banque mondiale fait figure de retardataire. En l’occurrence, les contraintes et formalités administratives sont réputées plus allégées au niveau de la BID qu’au sein de la Banque mondiale

Selon les estimations du ministère de l’Économie, du Plan et du Développement, le portefeuille de la BID, qui représente 1,5 milliard de dollars pour 21 projets, atteint un taux de décaissement de 47 %. Même son de cloche du côté de la Banque africaine de développement (BAD) qui, au premier trimestre, dans le cadre de sa stratégie pays sur la période 2023-2028, tenait un portefeuille de 45 projets pour un montant de plus de 1 450 milliards de francs CFA (2,21 milliards d’euros environ) pour 40

d’exécution à date

De nets progrès 

De son côté, le portefeuille actif de la Banque mondialeadopté en février dans le cadre du partenariat avec la Côte d’Ivoire, est estimé à 7,3 milliards de dollars pour 36 projets axés sur l’amélioration du capital humain, la réduction des inégalités, ou encore la création d’emploi porté par le secteur privé

Les principaux domaines concernés sont l’éducation et la santé (29 % du portefeuille), le développement durable 

(28%) et les infrastructures (27%), le reste étant ventilé en une multitude de projets multisectoriels, dont, entres autres, l’accompagnement du gouvernement pour favoriser l’accès à l’électricité de plus de 80 % des ménages à l’horizon 2026, et la multiplication par dix du nombre de personnes détenant des titres fonciers

 Barnabé Okouda: «<< Le PIB de la Côte d’Ivoire pourrait devenir deux fois plus élevé que celui du Cameroun >>> 

Toutefois, comme la Côte d’ivoire accuse des retards dans l’exécution des ses projets, et qu’en parallèle les réformes stagnent, la mise à disposition des financements est, elle aussi, retardée. Au passif du pays, on compte la lourdeur des études de faisabilité, des problèmes de gestion financière des projets, ou encore un renforcement de l’environnement institutionnel et réglementaire qui prend du temps. Il est cependant un élément que la Banque mondiale n’hésite pas à mettre en avant : l’indemnisation rapide des populations affectées l’exécution de nouveaux projets

Entre 2022 et 2023, la Côte d’Ivoire a réalisé quelques progrès pour booster les décaissements à taux de 9 à 19 % en 2023, mais l’objectif pour le gouvernement est d’atteindre 20%. Adama Coulibaly, le ministre de l’Économie et des Finances a monter au créneau l’an dernier pour faire monter le volume des décaissements

Pourquoi Abidjan ne reçoit-il le financement de la Banque mondiale qu’au compte-gouttes

ABIDJAN, 24 novembre 2023 – Après plus d’une décennie de croissance, des secteurs économiques clés comme le cacao et l’énergie risquent de s’essouffler si des mesures urgentes pour remédier au changement climatique ne sont pas prises, d’après les conclusions du nouveau rapport de la Banque mondiale sur le climat et le développement dans le pays (CCDR), discuté aujourd’hui au Conseil des ministres.

La Côte d’Ivoire se trouve désormais à la croisée des chemins pour atteindre ses ambitions en matière de développement. Le changement climatique affecte déjà le pays avec la hausse des températures, des phénomènes météorologiques imprévisibles et la hausse du niveau des océans, qui présentent des menaces importantes. La dégradation des zones côtières, les inondations et la pollution affectent les moyens de subsistance de millions d’Ivoiriens. Environ 80 % des entreprises ivoiriennes interrogées mentionnent qu’elles ressentent déjà les effets du changement climatique à travers leur impact sur les revenus, les coûts et les investissements.

« Le rapport national sur le climat et le développement (CCDR) pour la Côte d’Ivoire représente un signal d’alarme pour le pays. Les autorités doivent passer immédiatement à l’action de façon décisive pour s’attaquer au changement climatique tout en promouvant un développement durable. Les choix faits aujourd’hui détermineront l’avenir du pays et le bien-être de tous les Ivoiriens, y compris les plus vulnérables, » explique Marie-Chantal Uwanyiligira, directrice des opérations de la Banque mondiale pour la Côte d’Ivoire, le Bénin, la Guinée et le Togo.

Le rapport présente des opportunités en matière d’action climatique et de croissance. Il souligne que les impacts climatiques pourraient faire baisser le PIB réel jusqu’à 13 % d’ici 2050 et empêcher 1,63 millions de personnes d’échapper à la pauvreté. Le CCDR estime le coût de l’action climatique à 22 milliards de dollars, soit un coût moyen annuel d’environ 2 % du PIB.

L’expansion urbaine incontrôlée expose les villes aux risques d’inondations et de glissements de terrain, à la montée du niveau des océans, à l’érosion côtière et à des vagues de chaleur extrêmes. Cette expansion affecte également la productivité économique. Les auteurs notent l’importance du renforcement de la résilience des infrastructures telles que les routes et les réseaux numériques, qui joueront un rôle essentiel dans l’accès au marché et la fourniture de services.

Les efforts de la Côte d’Ivoire pour s’attaquer à la déforestation et réformer sa chaîne de valeur du cacao pourraient être étendus. Ce pays d’Afrique de l’Ouest sera un des premiers pays de la région à bénéficier d’un financement climatique à travers le programme de réduction des émissions (REDD+), ayant en effet réussi à réduire ses émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts autour du parc national de Taï, qui abrite la seule forêt dense intacte du pays.

Le rapport, qui appelle à une action urgente, souligne que le statu quo n’est plus une option pour assurer une croissance économique durable en Côte d’Ivoire et atteindre son objectif de devenir un pays à revenu intermédiaire d’ici 2030. Il souligne le besoin de réformes réglementaires et institutionnelles ainsi que des fondements en matière de questions climatiques afin de gérer efficacement les impacts climatiques. Le rapport souligne également le rôle essentiel à jouer par le secteur privé pour s’investir davantage dans l’adaptation climatique et les efforts d’atténuation.

La publication du CCDR pour la Côte d’Ivoire en amont de la COP 28 à Dubaï, souligne la nécessité de s’attaquer au changement climatique et de promouvoir un développement durable dans le pays.

Jean Moliere / Source.JA

X