27 mai 2024
Paris - France
SPORT

FC Lorient : Benjamin Mendy rebondit chez les Merlus

La signature de Benjamin Mendy à Lorient divise les supporters entre l’enthousiasme sportif, les craintes médiatiques et l’embarras éthique.

  • Après un feuilleton judiciaire de quasiment deux ans en Angleterre, Benjamin Mendy a retrouvé un club. L’international français, champion du monde en 2018, a signé un contrat de deux ans avec le FC Lorient.
  • L’annonce de la signature du joueur, qui a dû répondre à plusieurs accusations de viol, de tentative de viol et d’agression sexuelle, est arrivée comme une bombe mardi.
  • Les supporters du club breton se montrent partagés. Si une partie se réjouit de voir un joueur de ce calibre arriver chez eux, une autre s’indigne de l’image renvoyée.

Jusque-là, le FC Lorient préparait sa saison sans trop attirer l’attention. De retour à l’entraînement le 5 juillet, les Merlus ont disputé leur premier match amical samedi dernier devant 1.200 personnes au stade municipal de Ploemeur. Résultat ? Un nul prolifique contre le voisin Concarneau (3-3). Le FCL avançait tranquillement vers la deuxième phase de sa prépa, qui débutera ce week-end avec une rencontre face à Guingamp, et le début d’un stage d’une semaine à Dinard. Jusqu’à ce communiqué, jeté sur les réseaux sociaux comme un pavé dans la mare, sur les coups de 11 heures mardi.

En quatre phrases, le club annonce la signature pour deux ans de Benjamin Mendy, cinq jours après que le joueur a été déclaré non-coupable de viol et tentative de viol par la justice britannique. Si les Merlus espéraient aborder la saison dans la tranquillité, celle-ci s’est immédiatement envolée.

Le champion du monde 2018 aurait pu atterrir à Burnley, à l’Olympiakos ou dans d’autres clubs français selon L’Equipe. Lorient a finalement présenté de meilleurs arguments et gagné le droit d’envoyer cette annonce qui a scié absolument toute la planète football. « J’étais stupéfait en voyant l’info, confie Raphaël, abonné du FCL. Le premier ressenti, c’était : « Ah ouais, on l’a fait. » Faut avoir des cojones pour faire ça dans ce contexte. Je ne m’y attendais pas, surtout qu’on avait d’autres pistes à gauche, un latéral marocain et un latéral de l’Olympiakos. »

« Pourquoi pas ! »

Les Merlus n’avaient plus compté de joueur avec un CV aussi rutilant (champion du monde 2018, quadruple vainqueur de la Premier League) dans leur effectif depuis l’international français Ludovic Giuly, vainqueur d’une Ligue des champions avec le Barça. « Je fais entièrement confiance au FC Lorient, commente Chantal Lohezic, présidente du groupe de supporters des Breizh Tango. Ils font une bonne chose, c’est un gars qu’il faut relancer. Il a été en équipe de France et il ne vient pas de n’importe quel club, c’est un joli coup. Pourquoi pas ! »

Le dernier match officiel du joueur formé au Havre remonte au 15 août 2021, lorsqu’il était encore sous contrat avec Manchester City. « Lorient a privilégié le sportif et a sauté sur l’occasion, reprend Raphaël. Il a 29 ans, il n’est pas fini. Ça peut être intéressant dans une Ligue 1 très compétitive à 18 clubs, avec potentiellement trois descentes. Quand tu es Lorient, tu fais tout pour essayer de te maintenir et ça passe aussi par ce genre de recrutement malin. » Sportivement, oui. Moralement et médiatiquement, c’est autre chose.

Premières divisions

Le tweet annonçant la nouvelle recrue lorientaise a généré plus de 14 millions de vues. Un impact colossal. A titre de comparaison, le tweet publié la veille sur la préparation estivale de l’effectif a tout juste dépassé les 116 000 vues. Personne n’est resté indifférent. « Nous, en tant que supporters, on ne sait pas ce qu’il s’est passé. S’il a été jugé innocent, bon… Il faut laisser ces choses-là de côté, estime Chantal Lohezic. Les footballeurs ne sont pas tous parfaits, faut pas rêver ! J’ai envie de lui faire confiance, c’est un très bon joueur. » Titouan, lui, s’est montré « abasourdi » sur Twitter.

« Il existe beaucoup de joueurs qui ont joué les deux dernières années et qui ne nécessitent pas d’ébranler l’image du club en les signant, souligne-t-il. Même triple Ballon d’or, je ne pourrais jamais me satisfaire de signer un mec avec un passif pareil. » Raphaël embraye : « Ça m’a un peu choqué. Moralement, on prend beaucoup de risques. Le tribunal britannique l’a déclaré innocent mais je pense qu’il n’est pas tout rose. On se fait attaquer par plusieurs communautés avec des « Lorient en Ligue 2 », « on espère que le club va couler », etc. Notre image va en prendre un coup. » Sauf à considérer que toute publicité, même négative, est bonne à prendre, engager un joueur accusé de huit viols, d’une tentative de viol et d’une agression sexuelle représente un sacré risque.

Benjamin Mendy sous les couleurs de Manchester City.
Benjamin Mendy sous les couleurs de Manchester City. – Simon Dael/BPI/Shutterstock/SIPA

Malaise, Breizh

« Si le club l’a engagé, ils avaient leur raison. Comme c’est un club avec beaucoup de valeurs, je pense qu’ils ont dû prendre un certain nombre de précautions », nous confie le président de l’un des partenaires majeurs du FCL. Si le club s’est montré discret, L’Equipe a révélé que les discussions avaient été engagées avant la fin du procès. Comme d’autres entreprises associant leur image au club, la société B & B Hôtels, que nous avons contactée, n’a pas souhaité réagir. Preuve que le sujet est sensible. « Des sponsors pourraient être refroidis, oui, note Raphaël. Personnellement, je n’aurais pas fait le coup. Je n’aurais pas pris autant de risques pour ce type de profil qui n’a pas joué depuis deux ans. J’aurais préféré prendre un autre latéral tout en restant discret. »

La suite de la préparation estivale des Merlus, qui ont terminé le championnat à la 10e place cette année, sera évidemment scrutée de près. Ils affronteront Guingamp (22 juillet), Le Havre (29 juillet), Nantes (2 août) et finalement Bournemouth (5 août). Ils entameront officiellement leur saison le week-end du 13 août contre le PSG, au Parc des Princes. Un stade où Mendy, ex-Marseillais, sera très certainement chahuté. « A l’extérieur, je pense qu’il ne sera pas très bien accueilli, valide Raphaël. Il ne sera jamais apprécié par certains, il sera sifflé par certains groupes d’ultras. Maintenant, il va falloir faire avec. » Dans cette situation un brin schizophrénique, le jeune homme espère que cette recrue si controversée apportera sa pierre à l’édifice lorientais, pas dans l’immédiat, mais « d’ici trois mois ». En reconnaissant qu’il aurait « du mal à porter » le maillot du nouveau numéro 5 des Merlus.

 

X