27 mai 2024
Paris - France
EUROPE

Ex-chef de poste de la DGSE en Libye : « L’intervention de la France contre le colonel Kadhafi a été dramatique »

L’ex-agent secret a davantage l’habitude d’obtenir des informations que d’en donner. C’est d’ailleurs sa première interview. Pendant près de deux heures, dans les locaux parisiens de Mareuil Editions, son éditeur, Jean-François Lhuillier, voix claire de baryton et physique svelte de sexagénaire sportif, répond pourtant à toutes nos questions sans louvoyer. Il revient longuement sur ses missions de chef de poste de la DGSE en Libye, de 2009 à 2012. Montée de la colère populaire, chute de Kadhafi, intoxications diverses, tentatives de recrutement de proches du pouvoir, dont des ministres… L’espion a tout vu, a beaucoup manoeuvré. Il le raconte en transparence. Sa seule limite ? « Ne pas trahir de secrets ou mettre en défaut le drapeau français ». Le serment d’une vie.
Dans « L’homme de Tripoli », paru le 3 mai dernier, Jean-François Lhuillier, ancien chef de poste de la DGSE en Libye, raconte par le menu le quotidien d’un espion en mission à l’étranger. L’agent secret à la retraite livre également un témoignage inédit sur la chute du Colonel Kadhafi et ses conséquences. Entretien.

Jean-François Lhuillier s’excuse. Il n’est pas dans ses habitudes d’être en retard. La ponctualité, pour cet ancien militaire du 1er régiment de parachutistes d’infanterie de marine (1er RPIMa), est une seconde nature. Mais difficile de lui en tenir rigueur, tant le bonhomme, à la carrure longiligne de coureur de fond, est fort sympathique. Volubile, les mains en perpétuels mouvements, la voix légèrement éraillée, notre homme installe en quelques minutes un climat de confiance avec une simplicité déconcertante. C’est qu’il a du métier. Il a officié pendant 25 ans comme officier traitant au sein de la DGSE, la Direction générale de la Sécurité extérieure, « le seul service spécial français », écrit-il. Affecté comme chef de poste en Libye de 2009 à 2012, il va vivre la chute du régime du Colonel Kadhafi en direct.

Dans son livre L’homme de Tripoli, Jean-François Lhuillier raconte son quotidien d’agent secret, ses missions clandestines – certaines au péril de sa vie -, le recrutement de sources au nez et à la barbe du contre-espionnage libyen, ces prises de contact avec des personnages très peu recommandables mais hautement stratégique pour le service. C’est l’un des rôles de la DGSE selon lui, « discuter avec les infréquentables dans l’intérêt de la Nation ». Un témoignage passionnant et rare, sur le fonctionnement de la mythique DGSE bien sûr, mais aussi sur le rôle complexe de la France dans toute cette histoire libyenne.

L’ancien espion reste ainsi dubitatif quant aux efforts entrepris par l’Hexagone pour exfiltrer Bachir Saleh, l’argentier du régime libyen et intime du colonel Kadhafi, ainsi que de sa famille, alors même que les Rafales et Mirage 2 000 Français sont engagés dans l’opération Harmattan et bombardent les places fortes kadhafistes : « Il est le seul du régime libyen à avoir bénéficié d’un tel traitement… ».

EXCLUSIF. Dans un ouvrage truffé de révélations, Jean-François Lhuillier, ex-agent de la DGSE, détaille ses missions à Tripoli, au nom du service secret français. Détonant.

JM

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