17 juin 2024
Paris - France
INTERNATIONAL

Étudiants étrangers à Chypre-Nord : fausses promesses et désillusions par des intermédiaires véreux

En 2021-2022, sur les 108.588 étudiants inscrits dans les universités du Nord, 51.280 étaient étrangers et en majorité africains. Ils venaient notamment du Nigeria (17.406), de la République démocratique du Congo (3.177), du Cameroun (2.693), de la Côte D’ivoire et du Pakistan (2.432). Ces universités :  Cyprus international university, European leadership university, Final international university… dont les diplômes ne sont  reconnus nulle part dans le monde recrutent des  Etudiants à tour de bras par des intermédiaires comme FPS  EDUC  de F. Lotis( RDC)  qui sillonne les lycées de Côte D’ivoire à chaque rentrée scolaire pour promettre  monts et merveilles aux parents d’élèves qui se dépouillent pour un avenir (radieux) de leurs enfants.

FPS EDUC  propose un cour d’Anglais de 15 jours à 450.000 Fcfa , voici la première tromperie. Dispenser des  cours d’Anglais en  2 semaines dans un pays francophone comme la Côte d’Ivoire  pour des étudiants qui vont faire tout leur cursus scolaire en Anglais relève presque du miracle. la ficelle était trop  grosse mais les parents ne l’ont pas vue venir. Le montant de la scolarité est de 2400 dollars et le montant de l’acompte est de 1200 dollars qui représente la moitié de la scolarité. Voici la teneur de notre échange avec le FPS  » notre taux en dollars est de 650 compte tenu des taxes liées au virement et 43.000f comme frais d’envoi. Ce qui fait :1200 × 650 = 780.000 f et 43.000 f frais d’envoi. Le tout pour un montant de 823.000 fcfa. » En plus , il promet  une bourse d’étude de  5 Millions de CFA aux étudiants ,une façon de faire passer la pilule . Mais dès l’octroi de la bourse par le pays d’origine de l’étudiant , le FPS prend 3.500 000F CFA donc  l’étudiant ne perçoit que 1.500 000F CFA . Arrivés sur place, les étudiants doivent louer des logements à leurs propres frais souvent  des  serpents cohabitent avec eux. Lorsqu’ils quittent le logement ,les cautions  ne sont pas remboursées par les propriétaires.

Selon nos confrères de France24 .À Chypre-Nord, l’éducation est devenue le premier secteur économique. Pas moins de 23 universités se concentrent dans cet État autoproclamé reconnu par la seule Turquie, qui l’occupe depuis 1974. Elles attirent des étudiants issus de pays en développement, avec des cursus à coût abordable et estampillés « européens ». Mais une partie d’entre eux déchantent rapidement, victimes des promesses abusives de leurs recruteurs pouvant conduire à des situations dramatiques. Le reportage de Corentin Bainier et Erika Olavarria.

De Nicosie à Famagouste, impossible de passer à côté du phénomène, les universités sont partout. Elles s’étalent sur de larges campus où se nichent dans des petits immeubles au détour d’une rue : Cyprus international university, European leadership university, Final international university… Le principe est toujours le même. Un nom en anglais (langue dans laquelle sont dispensés les cours) et si possible un peu ronflant, car il s’agit de faire rêver les étudiants qui, depuis Lagos, Kinshasa, Côte D’ivoire  ou Islamabad, prospectent à la recherche d’une licence ou d’un master.

Avec près de 50 000 étudiants étrangers, issus essentiellement d’Afrique, du Moyen-Orient ou du sous-continent indien, l’éducation est devenue à Chypre-Nord un business qui générerait un tiers du PIB, selon les autorités. C’est plus important que le tourisme. Pour recruter, les universités ont une technique très directe. Elles emploient des agents, souvent d’anciens étudiants, payés à la commission – jusqu’à 800 dollars par étudiant – pour démarcher des candidats. Un système qui génère des dérives, particulièrement de la part des agents africains.

Le campus de l’Eastern Mediterranean University, l’une des principales de Chypre-Nord, à Famagouste.
Le campus de l’Eastern Mediterranean University, l’une des principales de Chypre-Nord, à Famagouste. © France 24 / Erika Olavarria

Sur les réseaux sociaux, ces agents multiplient les promesses… souvent fausses. « La majorité des expériences qu’ont les gens quand ils viennent via un agent, c’est qu’ils leur disent : ‘Vous trouverez un travail, c’est facile de se loger, ce n’est pas cher, il y a des opportunités pour avoir une bourse’. Alors qu’en fait, c’est très limité. Tous les gens qui viennent ici sont choqués par la réalité qu’ils découvrent. J’ai des amis qui pensaient aussi qu’ils accéderaient facilement aux autres pays européens », résume Magazi Ahmed, étudiante soudanaise et membre de Voice of International Students (VOIS), une association qui fait pression sur les universités et les autorités pour mettre fin au système des agents.

D’autre n’ont même pas l’occasion d’entrer sur le territoire. Comme nos deux Observateurs qui nous ont alerté et introduisent le reportage, certains sont expulsés dès la douane à Chypre-Nord. « Parfois, la découverte d’un simple numéro de téléphone appartenant à la partie Sud de l’île suffit à renvoyer l’étudiant », explique Emmanuel Achiri, cofondateur de VOIS.

Étudiants désargentés, expulsés, emprisonnés

Les conséquences des promesses des agents peuvent être très lourdes. Des milliers d’étudiants se retrouvent désargentés. Nombre d’entre eux finissent par abandonner leurs études. Si les années universitaires – entre 3 000 et 5 000 euros – sont relativement abordables par rapport à des universités privées européennes ou américaines, ils n’ont bien souvent payé que leur premier semestre, convaincus de trouver un emploi pour financer la suite de leur cursus. Or, les offres d’emploi sont rares. Et si payer ses frais de scolarité fait office de visa, se désinscrire équivaut à se retrouver en situation illégale. Des étudiants se retrouvent ainsi en prison, avant d’être expulsés dans leur pays d’origine.

Certains préfèrent rentrer chez eux, parfois après quelques mois à peine. D’autres décident de traverser vers le Sud de Chypre. Depuis près d’un demi-siècle, l’île est divisée entre la partie nord, envahie en 1974 par la Turquie, et la partie sud, la République de Chypre membre de l’Union européenne. La ligne verte qui sépare les deux entités n’est pas intensément surveillée, les passages sont fréquents. Selon les autorités chypriotes, un peu plus de 19 000 personnes l’ont franchie en 2022, dont une majorité avait des visas étudiants pour le Nord. Ils rêvent d’obtenir l’asile ou de tenter leur chance en Europe.

À leur arrivée, ils sont dirigés vers le camp de Pournara, où les conditions de vie sont très compliquées, comme l’a documenté un de nos Observateurs.

Toilettes insalubres dans le camp de Pournara, à Chypre. Photo prise par notre Observateur.
Toilettes insalubres dans le camp de Pournara, à Chypre. Photo prise par notre Observateur. © France 24 / Observateurs

Une fois dans la partie européenne de Chypre, l’espoir laisse là aussi bien souvent place à la désillusion. Beaucoup ignorent qu’une infime minorité des demandes d’asile sont acceptées : 331 personnes ont obtenu le statut de réfugiés en 2022. Dans le même temps, les autorités chypriotes ne communiquent pas combien de demandeurs ont été déboutés. Mais 21 565 demandes avaient été déposées, auxquelles s’ajoutent des milliers de demandes en cours datant des années précédentes. Quelque 70 % des migrants arrivés en 2022 ont été expulsés cette année-là, rapporte InfoMigrants.

Les délais de traitement sont très longs, jusqu’à cinq ans dans certains cas. Une période durant laquelle beaucoup vivent dans la misère. Sans moyens et sans statut légal, il est très compliqué de trouver un logement. « Pour avoir un travail légalement, il faut pouvoir justifier d’une adresse. Sans adresse, vous ne pouvez pas être enregistrés auprès des autorités », s’agace Doros Polykarpou, de l’association de défense des migrants Kisa.

« La Turquie pousse les migrants » à traverser 

Le nombre de demandeurs d’asile en provenance de la partie nord est en progression constante. Ce qui nourrit plus encore les tensions, déjà fortes, entre les deux parties de l’île. Interrogé par France 24, le ministre chypriote de l’Intérieur, Konstantinos Ioannou, considère que la Turquie est directement responsable de la situation. Il rappelle que pour les autorités chypriotes, Chypre-Nord est « un État marionnette, qui dépend de la Turquie ». Selon lui, en octroyant des visas d’études sur simple paiement des frais de scolarité, « la Turquie pousse les migrants vers [la partie sud de] Chypre ».

« Les flux migratoires ou les itinéraires que nous connaissons amènent les gens d’Afrique subsaharienne ou de certaines régions d’Asie jusqu’à Istanbul avec les soi-disant visas. De là, ils s’envolent vers la zone occupée [Chypre-Nord, NDLR], puis ils traversent », fait valoir Konstantinos Ioannou. Le ministre s’insurge en particulier contre ceux qui prennent un visa étudiant dans le seul but de traverser pour le Sud de l’île dès leur arrivée au Nord. Des analystes confirment l’existence de ce phénomène, mais il est difficilement quantifiable.

Konstatninos Ioannou, ministre chypriote de l'Intérieur, le 13 avril à Nicosie.
Konstatninos Ioannou, ministre chypriote de l’Intérieur, le 13 avril à Nicosie. © France 24 / Erika Olavarria

De l’avis général sur place, la situation ne semble pas en mesure d’évoluer. Chypre a récemment annoncé affecter 255 policiers spécialement pour patrouiller le long de la ligne verte… et ses 180 kilomètres de long. Laquelle « n’est pas une frontière », rappelle le ministre de l’Intérieur, car la considérer comme telle reviendrait pour Chypre à reconnaître l’existence d’un État propre au Nord.

Rencontré lors de ce reportage, le ministre de l’Éducation a renouvelé sa promesse de mettre en place à Chypre-Nord un système d’accréditation des agents contrôlé par les autorités, et il a annoncé la création d’un visa électronique censé mettre fin aux abus. Ce qui ne convainc par Emmanuel Achiri, cofondateur de VOIS : « Cela ne résout pas le problème parce que sa racine, ce sont les universités et l’environnement propices à l’exploitation » mise en place par les autorités de Chypre-Nord, estime-t-il.

LES ETUDIANTS ETRANGERS VACHES A LAIT

Ce business juteux est loin de s’arrêter car les intermédiaires , les propriétaires, les  fameuses se gavent puisque pour retirer son dossier s’il compte retourner dans son d’origine , il doit payer et son dossier scolaire à l’aéroport par des sociétés de sécurité imposées par l’université pour l’accompagner , qui lui remettent ses documents administratifs et scolaires avant l’embarquement moyennant rémunération au compte toujours de l’étudiant étranger.

Les parents doivent être très regardants sur ces genres de propositions alléchantes qui peuvent avoir des conséquences désastreuses sur leur avenir.

Jean Moliere

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