17 juin 2024
Paris - France
POLITIQUE

En Côte d’Ivoire, le PDCI cherche à imaginer l’après-Bédié 

En Côte d’Ivoire, pourquoi Henri Konan Bédié n’a-t-il pas encore été inhumé ?

Responsables du PDCI, chefs traditionnels baoulés, haut représentants de l’État… Plusieurs acteurs sont impliqués dans l’organisation des obsèques de l’ancien président, pour lesquelles aucune date n’a encore été fixée.

Chef de file de l’ancien parti unique durant trois décennies, Henri Konan Bédié, disparu le 1er août, laisse derrière lui un parti en perte de vitesse qui doit désormais préparer le futur

LE PDCI SANS BÉDIÉ  Sur le mur du siège du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), à Abidjan, la photo en noir et blanc de son fondateur, Félix HouphouëtBoigny, côtoie celle d’Henri Konan Bédié, qui lui a succédé le 30 avril 1994 lors d’une élection épique dans une salle du palais des congrès de l’hôtel Ivoire chauffée à blanc. La plus vieille formation politique de Côte d’Ivoire, née au milieu des années 1940, n’a connu que deux présidents. Henri Konan Bédié, disparu le 1er août dernier à la suite d’un malaise à l’âge de 89 ans, sera resté près de trente ans à sa tête. Il était l’unique candidat à sa succession. Sa reconduction, qui ne souffrait aucun suspense, devait intervenir ce moisci lors. d’un congrès qui sera repoussé

En Côte d’Ivoire, le PDCI sans Henri Konan Bédié 

Malgré des périodes de turbulences, notamment après l’échec de la stratégie du parti lors de l’élection présidentielle d’octobre 2020, le « sphinx de Daoukro » n’avait jamais imaginé passer la main. En 2021, Bédié avait toutefois été contraint de procéder à quelques ajustements au sein de l’appareil du parti pour calmer les crispations et contrecarrer les ambitions à peine voilées des uns et des autres. La succession du chef, taboue dans la culture akan, n’a cependant jamais été ouvertement débattue au sein d’une formation à l’encadrement vieillissant

Perte de vitesse 

<< L’héritage de Bédié est contrasté. Pour bon nombre d’Ivoiriens, il est le père de « l’ivoirité« , principe qui a fracturé la Côte d’Ivoire et l’a conduite à la guerre civile en 2002

C’est sous son pouvoir que le PDCI s’est réduit comme peau de chagrin pour ne rayonner en fin de compte que sur sa région d’origine. Mais pour ses plus fervents défenseurs, il est un homme de paix qui a préféré perdre le pouvoir plutôt que de faire couler le sang des Ivoiriens », résume Venance  Konan, éditorialiste, écrivain et adhérent du Rassemblement  des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) qui vit une partie de son temps à Daoukro, fief de Bédié

Donwahi, Affi N’Guessan, AhoussouKouadioCes figures ivoiriennes qui ont échoué aux locales 

Passé dans l’opposition après sa rupture avec la coalition présidentielle, en août 2018, qui lui vaudra de nombreux départs de cadres influents, l’ancien parti unique au fonctionnement rigide a indéniablement perdu du terrain. À l’issue des municipales du 2 septembre, il ne conserve que trentedeux communes, dont un tiers dans le cadre d’une alliance avec le Parti des peuples africainsCôte d’Ivoire (PPA- CI) de Laurent Gbagbo, alors qu’il en détenait cinquante. Aux régionales, il s’effondre dans des territoires qui lui étaient traditionnellement acquis comme le Gbêkê, Jean- Chrysostome Blessy, avocat de Bédié, a été défait, ou dans le HautSassandra, remporté par le ministre de la Promotion de la jeunesse, Mamadou Touré. Ce dernier, qui est aussi porte- parole adjoint de la majorité, a fait tomber Alphonse Djédjé Mady, 78 ans, ministre de la Santé sous Félix Houphouët- Boigny dans les années 1980 et vétéran du PDCI, allié pour l’occasion avec le PPACI

Bédié l’insubmersible: fragilisé et critiqué, le patron du PDCI tient bon .

« Je ne dirais pas que nous sommes satisfaits de ces résultats, mais nous ne sommes pas déçus non plus. Le PDCI est un grand parti, nous sommes certains que l’on peut faire mieux, notamment en revoyant le redécoupage électoral », analyse Franck Médard Kouassi, secrétaire général du mouvement << Marée verte », qui rassemble des jeunes militants de la formation. Au sujet des accords avec le PPACI, il ne cache pas sa « grande déception » et plaide pour en tirer << un bilan sérieux >>

<< Ressortir grand » 

CONGRES EXTRAORDINAIRE DE PDCIRDA 

L’ancien président Henri Konan Bédié lors du meeting de son parti, le PDCI, à Daoukro, en Côte d’Ivoire, le 15 octobre 2018.  

Le report du congrès des 19, 20 et 21 octobre doit être acté lors d’un bureau politique convoqué le samedi 14 octobre par le président par intérim, le professeur CowppliBoni Kwassi Alphonse, 91 ans, doyen des viceprésidents par l’âge, désigné pour un délai de six mois selon les statuts de la formation. Outre la disparition d’Henri Konan Bédié, une autre raison de ce report est à trouver dans l’organisation, au même moment, des obsèques de Gaston Ouassénan Koné, figure majeure du PDCI, décédé à l’âge de 84 ans le 8 août

S’en tenir aux statuts et organiser le congrès fin janvier au terme des six mois d’intérim ? Attendre la fin des obsèques du président Bédié, en mai, pour élire son successeur

Prévoir ou non que le futur président du parti ne puisse pas briguer la magistrature suprême en 2025 ? Toutes ces questions seront sur la table ce jouret les débats promettent d’être vifs.

Pour sa part, Marée verte milite pour qu’un congrès se tienne à l’issue de la période d’intérim, soit fin janvier, et que 

le prochain président du PDCI ne puisse pas se présenter à la présidentielle de 2025 et se concentre sur la formation. Un courant de pensée qui semble prendre de l’ampleur. << Nous 

allons nous entendre et trouver un consensus pour maintenir notre parti dans un environnement apaisé et propice à l’union et au rassemblement », assure Robert Niamkey Koffi, chargé de l’organisation des élections

Les trois épisodes de notre série

De Pépressou à Abidjan, la préparation des adieux àDe Pépressou à Abidjan, la préparation des adieux à Henri Konan Bédié

JM . Source: JA

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