7 juillet 2022
Paris - France
ECONOMIE

Côte d’Ivoire : les dessous de la renationalisation de Petroci

Si les gisements pétroliers identifiés en Côte dIvoire promettent de nouvelles ressources pour lÉtat, lheure est encore 

aux négociations avec les nombreux partenaires impliqués. Dans ce contextela transformation de Petroci en entreprise publique à 100 % est supposée  faciliter les choses

La Société nationale des opérations pétrolières de Côte dIvoire (Petroci) entre dans une nouvelle ère. Initialement société à participation financière publique, Petroci est devenue une entreprise publique à 100%. Un changement intervenu dans un contexte la société commençait à multiplier les partenariats et censé lui donner les outils nécessaires à son développement. Cette modification de statut permet désormais de protéger la compagnie contre déventuelles procédures judiciaires ou arbitrales abusives. Cela empêchera des saisies dactifs lorsque lentreprise perdra une action en justice, conformément au traité uniforme de lOrganisation pour l‘harmonisation en Afrique du droit des affaires (Ohada), qui régit le climat des affaires dans les pays francophones africains

Côte dIvoire : pourquoi lÉtat reprend Petroci en main 

Le changement de statut de Petroci était demandé par la direction du groupe, incarnée par son directeur général, Vamissa Bamba, et doit lui donner les coudées franches dans les négociations avec les groupes pétroliers. En particulier avec le groupe italien ENI, lun des partenaires les plus importants, avec qui les relations sont parfois difficiles. En septembre 2021, cest le pétrolier italien qui découvrait à Baleine lun des plus gros gisements pétrolier et gazier du pays. Les premières estimations évoquaient une réserve de 2 milliards de barils de pétrole brut et de 2,4 milliards de pieds cubes de gaz naturel. Pas de quoi faire de la Côte dIvoire un géant pétrolier, mais largement suffisant pour approvisionner les centrales électriques du pays en gaz naturel

Premiers barils dès le premier 

semestre de 2023 

Dans le cadre de son jointventure avec ENI, Petroci possédait 10 % sur le permis Cl101, sur le site duquel la découverte a été faite. Quelques mois après la mise au jour du site, le 29 décembre 2021, une fois le décret dautorisation dexploitation exclusif du gisement signé par le président Alassane Ouattara, Vamissa Bamba écrivait à Sergio Laura, le directeur général de la filiale locale dENI, pour négocier une augmentation des parts de lentreprise publique dans le bloc. Petroci souhaitait porter ses parts à 17 %. Une opération inédite : habituellement, Petroci na droit quà 15 % sur chaque bloc dont il nest pas lopérateur? « Cest une clause prévue par le contrat de partage de production », confie une source au quartier général dENI à Milan. Désormais, ENI possède donc 83 % des parts du CI101, et Petroci a porté ses parts à 17 %

Le plan de développement du gisement prévoit pour cette année le forage de trois puits, ce qui constitue la première phase. Les premiers barils devraient sortir au premier semestre de 2023 avec une production de 12 000 barils/jour de pétrole brut et de 17,5 millions de pieds cubes/jour de gaz naturel associé. La deuxième phase de développement concernera une soixantaine de puits pour un investissement denviron 11 milliards de dollars et un débit projeté entre 75 000 et 100 000 barils/jour de pétrole brut et à 140 millions de pieds cubes/jour de gaz naturel. Le gisement est censé tourner à plein régime à partir de 2026, générant des ressources qui alimenteront directement les caisses de lÉtat

Côte dIvoire : pourquoi la découverte dENI est un «game changer » pour lAfrique de lOuest 

Cette découverte majeure impacte la nouvelle stratégie globale de Petroci qui, depuis quelques années, avait décidé de se recentrer sur son coeur dactivité : lexploration et la production. Une décision faisant suite à des tentatives plus anciennes de diversification dans lamont et laval de la filière. Petroci avait scellé un partenariat avec le nigérian MRS pour créer une entreprise commune, Corlay, qui avait repris le réseau de distribution de laméricain Chevron. Cette expérience a tourné court, minée par des divergences entre les partenaires

Multiplication des partenariats 

Dans sa nouvelle stratégie, Petroci multiplie les alliances. Lentreprise a noué un partenariat avec le nigérian Sahara Energy pour créer la société Sapet. Ce jointventure, détenu à 65 % par Sahara et à 35 % par Petroci, développera et exploitera une sphère de stockage de gaz de pétrole liquéfié dune capacité annuelle de 12 000 tonnes pour un investissement de 36,6 millions deuros. Lentreprise a cédé depuis 2018 son réseau de distribution au trader Trafigura à travers la création dune entreprise commune, Puma Energy Côte dIvoire (PECI), dont Petroci détient 20%. Un an plus tard, la situation financière sest dégradée, avec des fonds propres négatifs liés aux difficultés commerciales du réseau de distribution des stationsservice. Lappel doffres concernant la cession de son activité gaz est en cours

Côte dIvoire : une mégadécouverte pétrolière dENI ravive les ambitions du gouvernement Ouattara 

Ce recentrage sur son cæur de métier est un virage important pour la compagnie publique. Mais la nouvelle direction envisage de se renforcer dans laval, et Petroci prévoit de sy déployer, avec notamment la construction dun nouveau quai dappontement dans le port dAbidjan pour lequel le financement doit toutefois encore être trouvé. Si lentreprise a une santé financière relativement saine, avec un chiffre daffaires de 268,9 milliards de F CFA (409 millions deuros environ) pour un résultat net de 9,5 milliards de F CFA, les comptes ne sont pas assez solides. Un litige sur le bloc 50, au sultanat dOman, lui a ainsi fait perdre 11,9 milliards de F CFA

Un autre partenariat avec le pétrolier Vitol, portant sur lexploration du bloc offshore 508, lui a aussi coûté environ 11,4 milliards de F CFA. Ce bloc a finalement été restitué à lÉtat ivoirien, mais lensemble des pertes dans lexploration était estimé à plus de 50 milliards de F CFA à la fin de 2020. « Nous sommes conscients de cette dépréciation. Nous nous attellerons à consolider les comptes. Nous sommes sur plusieurs blocs pétroliers », confie une source à la direction de Petroci

JA

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