17 juin 2024
Paris - France
POLITIQUE

Albert Mabri Toikeusse, Vagondo Diomandé et Sidiki Konaté : revirement et mécontentement dans  l’ouest ivoirien 

Après une parenthèse de deux ans dans l’opposition, l’UDPCI fait son grand retour dans la majorité. Un revirement qui fait grincer des dents dans la région du Tonkpi, berceau du parti fondé par le général Gueï, à l’approche des locales

<< Nous sommes tous RHDP aujourd’hui »>. En quittant Mireille Gueï au terme d’une longue rencontre chez elle à Abidjan fin octobre 2022, la fille du général putschiste Robert Gueï tient une nouvelle fois à nous le rappeler : l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI) est pleinement de retour dans la majorité présidentielle

Côte d’Ivoire : dans les coulisses du retour de Mabri Toikeusse au RHDP 

Après une parenthèse de deux ans dans l’opposition ivoirienne, la formation politique fondée en 2001 par son père, a viré de bord en septembre. Et par la même occasion, c’est toute une région qui a rebasculé au Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) coalition dont elle fut une des composantes lors de sa création en 2005 : celle du Tonkpi

Instrument politique 

Situé dans l’extrêmeouest ivoirien, à la frontière 

avec le Liberia et la Guinée, le Tonkpi est le berceau de la famille Gueï. Le général Robert Gueï, qui fut nommé chef d’étatmajor des armées en 1990 à l’âge de 49 ans et renversa neuf ans plus tard le président Henri Konan Bédié, avait de l’ambition pour sa régionet pour luimême. L’UPDCI serait son instrument politique. << Il a rapidement fait le constat qu’il fallait un nouveau parti dans l’Ouest, un parti régionaliste », se souvient sa fille

Albert Mabri Toikeusse : « Le jour j’ai fui Abidjan en pirogue pendant la crise électorale de 2020 >> 

Dès lors, le Tonpki, longtemps bastion du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), qui administrativement appartient au district des Montages avec le Cavally et le Guémon, deviendra celui du «< parti arcenciel ». Et ce même après l’assassinat de son fondateur en septembre 2002, trois ans après son coup d’État

Razzia aux dernières législatives 

Lors des dernières législatives, en mars 2021, I’UDPCI alors dans l’opposition , y rafle la mise avec huit députés élus, ce qui lui permet de constituer un groupe à l’Assemblée nationale. et de s’ancrer comme la quatrième force politique du pays

Parmi ces élus: Mireille Gueï. Longtemps, cette ancienne assistante de direction, installée pendant douze ans en France, s’était tenue à l’écart de la politique, marquée par l’assassinat de son père. Encore aujourd’hui, elle dit ne pas avoir véritablement choisie cette trajectoire qui s’est finalement imposée à elle. « Le président du parti, Albert Mabri Toikeusse, m’a tout appris de la politique », affirmetelle. La néodéputée est une des très rares femmes élues dans cet ouest montagneux de la Côte d’Ivoire et la seule candidate UDPCI à avoir gagné «< clairement et proprement », estiment ceux qui ont été ses 

adversaires

Le RHDP de son côté n’obtient alors que deux postes un pour l’ancien ministre qui fut proche 

de Guillaume Soro, Sidiki Konaté, un autre pour Albert Flindé, ancien cadre de l’UPDCI évincé par Mabri pour être resté au RHDP après la rupture, et devenu par la suite ministre. Tous les deux sont élus dans la circonscription de la sous- préfecture Man

Albert Mabri Toikeusse : « Le jour j’ai fui Abidjan en pirogue pendant la crise électorale de 2020 >> 

<< Dans la région, au sein de la coalition du RHDP, I’UDPCI a toujours été privilégié, même si le RDR (Rassemblement des républicains, ex- parti d’Alassane Ouattara) a toujours été bien représenté dans les grandes villes comme Man

On a laissé la main à Mabri et cela lui a permis de placer ses hommes partout. On a toléré ça, car l’essentiel était que nous étions ensemble »>, décrit un cadre de la majorité présidentielle

<< Nous avons été assommés » 

En septembre 2022, c’est « le choc et l’incompréhension » dans les rangs RHDP du Tonkpi. Au terme de longues tractations, Mabri fait son retour au sein du parti présidentiel. << Nous avons été assommés », confie une personnalité de la région. La décision a été prise au plus haut sommet de l’État, par le président Alassane Ouattara en personne. Sur le terrain, personne n’a été mis dans la confidence

<< Nous étions déjà dans un contexte de grande confrontation avec lui depuis sa contestation de la candidature d’Amadou Gon Coulibaly (dauphin désigné d’Alassane Ouattara, Premier ministre brutalement décédé en juillet 2020) à la dernière présidentielle, puis à celle d’Alassane Ouattara et enfin son appel au boycott du scrutin dans le cadre de son appartenance à la coalition d’opposition, poursuit notre source. Cette nouvelle nous a assommés après deux ans de conflit direct avec lui. Personne n’a apprécié la façon dont s’est fait ce retour. Beaucoup souhaitaient que ce ralliement, s’il devait avoir lieu, se passe après les locales [municipales et régionales, qui doivent se tenir en octobre et novembre prochain] >>

À L’UDPCI, ON ASSURE AVOIR REÇU LE SOUTIEN DE PLUSIEURS POIDS LOURDS DU GOUVERNEMENT POUR FAVORISER CE RETOUR DANS LA MAJORITÉ 

Car en l’absence d’un Mabri parti dans l’opposition, le RHDP avait entamé une réorganisation de ses structures locales et s’organisait depuis des mois en vue de ces prochaines élections. Avec deux hommes à la manœuvre Sidiki Konaté et le ministre de l’Intérieur, Vagondo Diomandé originaire du même village que Robert Gueï. La stratégie était claire. Un cadre la détaille : « Le premier entendait capter l’électorat Dan (ou Yacouba), le second l’électorat malinké. >> 

Konaté et Vagondo ne sont pas en concurrence

Ils se tiennent prêts à se rallier à l’un ou à l’autre << en fonction de la lecture du terrain ». Le plus certain de l’emporter sera candidat à la présidence de la région tenue par Mabri, se disentils. Mais l’annonce du retour du patron de I’UDPCI au sein de la majorité leur coupe l’herbe sous les pieds et sapent leurs efforts de terrain: c’est lui qui sera finalement désigné candidat du RHDP dans le Tonpki

Défiance 

À l’UDPCI, on assure avoir reçu le soutien de plusieurs poids lourds du gouvernement pour favoriser ce retour dans la majorité. << Notre réintégration a été favorisée par des cadres comme Téné Birahima Ouattara (ministre de la Défense), Cissé Bacongo (secrétaire exécutif du RHDP), Amédée Kouakou (ministre de l’Équipement), Adama Bictogo (président de l’Assemblée nationale) », affirme son secrétaire général Blé Guirao, sans jamais mentionner le ministre Vagondo

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Mais dans le Tonpki, peu au RHDP croient à un retour sincère et la défiance subsiste. « Il savait que s’il perdait cette région, il perdrait son statut de leader de l’UDPCI. Il n’a pas voulu courir le risque. Son ralliement lui permet de bénéficier des moyens financiers et humains du RHDP. Et il a des ambitions. Rien ne dit qu’il ne nous lâchera pas à nouveau avant la présidentielle de 2025 », peste une source

De son côté, Mireille Gueï n’espère qu’une chose de ce ralliement : la réhabilitation de son père 

grâce à l’obtention d’un statut d’ancien chef de l’État. Alassane Ouattara lui en a fait la promesse le 9 septembre lors d’une rencontre avec les cadres l’UDPCI

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JA

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