27 mai 2024
Paris - France
AFRIQUE

Aissata Seck Directrice chez Fondation pour la Mémoire de l’Esclavage

Responsable du programme citoyenneté, jeunesse et territoires Fondation pour la mémoire de l’esclavage.

Présidente de l’association pour la mémoire et l’histoire des tirailleurs sénégalais.
A l’origine du combat pour la naturalisation des tirailleurs africains. Combat remporté en 2016 suite à la pétition lancée en novembre 2016.

Aïssata Seck a fait des études de communication politique et publique. Engagée dans le milieu associatif et politique, elle mène des actions pour faire reconnaitre les droits des soldats issus des troupes coloniales. Elle est à l’initiative de la naturalisation des tirailleurs sénégalais en 2017 par le président de la République François Hollande.

Elle est par ailleurs Maire adjointe à Bondy (93) en charge des politiques mémorielles.

La Fondation pour la mémoire de l’esclavage est une institution privée et autonome qui agit pour l’intérêt général et la cohésion nationale. La Fondation est reconnue d’utilité publique. Son action est soutenue par l’Etat ainsi que par des partenaires privés qui partagent son projet de transmettre l’histoire, par la culture, pour la citoyenneté.

Aïssata Seck : « Un film comme « Tirailleurs » permet un bond en avant de dix ans »

Alors que le film avec Omar Sy dépasse le million de spectateurs en France, l’élue, chargée de mission à la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, se réjouit que les tirailleurs africains puissent rentrer dans leurs pays respectifs.

En 2023 ,neuf tirailleurs sénégalais sont reconnus grâce à l’action d’Aissata Seck.

« Ils méritent tellement cette reconnaissance » : neuf tirailleurs sénégalais s’envolent définitivement pour leur terre natale, tout en continuant de toucher le minimum vieillesse
Un premier groupe de neuf tirailleurs s’apprête à rentrer définitivement dans leur pays d’origine. « Il vaut mieux tard que jamais », réagit Aïssata Seck, présidente de l’Association pour la mémoire et l’histoire des tirailleurs sénégalais.

« C’est une victoire, c’est pour moi une forme de réparation », commente sur franceinfo Aïssata Seck, présidente et fondatrice de l’Association pour la mémoire et l’histoire des tirailleurs sénégalais, créée en 2008 notamment pour permettre à ces vétérans de vivre dignement. Vendredi 28 avril, un premier groupe d’anciens combattants recrutés par l’armée française, pour la plupart sénégalais, s’apprête à prendre l’avion pour un retour définitif au Sénégal. Un retour rendu possible par une mesure dérogatoire décidée par le gouvernement français, qui leur permet de vivre en permanence dans leur pays d’origine, sans perdre leur allocation minimum vieillesse de 950 euros par mois.

« C’est l’aboutissement d’un combat »

Neuf anciens combattants, âgés entre 85 et 95 ans, s’envolent vendredi 28 avril depuis l’aéroport de Roissy. Le parcours a été long : en 2006 et 2007, le film Indigènes de Rachid Bouchareb permet aux tirailleurs sénégalais de toucher la même pension que les anciens combattants français. « En 2016, j’ai lancé une pétition pour que ces anciens qui avaient fait la demande de nationalité française puissent l’obtenir, puisque jusque-là, ils étaient confrontés à un certain nombre de démarches administratives complexes, comme par exemple fournir l’acte de naissance des parents alors qu’on sait que dans ces pays d’origine, il n’existait pas », explique la présidente de l’association.

« Depuis cinq ans, ils avaient émis le souhait de pouvoir rentrer chez eux, tout en continuant à percevoir cette allocation minimum vieillesse », confie-t-elle. Jusqu’à l’annonce début janvier de cette dérogation, les vétérans avaient pour obligation de rester six mois en France pour bénéficier de l’allocation de 950 euros. « Leur vie est coupée en deux, ils ont des attaches dans les deux pays », explique Aïssata Seck.

Une quarantaine d’anciens combattants concernés

Le corps d’infanterie des « tirailleurs », créé au Sénégal par Napoléon III en 1857, est devenu un terme pour désigner l’ensemble des soldats d’Afrique qui se battaient dans les rangs français. Ils furent plus de 200 000 à combattre durant la Première Guerre mondiale, 150 000 durant la Seconde et 60 000 en Indochine.

« Ça arrive un peu tard, dans le sens où beaucoup attendaient ce retour, mais sont malheureusement décédés depuis » déplore Aïssata Seck. « Je me dis qu’il vaut mieux tard que jamais tant qu’on peut permettre à une quarantaine d’hommes de rentrer dignement ». De nouveaux départs sont en effet à prévoir d’ici la fin de l’année, le temps que les anciens combattants se préparent au retour. « Évidemment beaucoup d’autres combats sont à mener, il y a tout le travail de mémoire à faire autour de cette histoire coloniale riche de sa diversité, mais qui est trop peu connue », ajoute-elle.

La France naturalise 28 tirailleurs sénégalais
Ils ont combattu en Indochine, en Algérie ou au Maroc et sont tombés par milliers sur les champs de bataille pour la France. La France naturalise aujourd’hui 28 tirailleurs sénégalais.

Ils sont nés entre 1927 et 1939, et vivent pour la plupart en région parisienne. Ce samedi matin, ils retrouvent, à l’Elysée, une nationalité qu’ils avaient perdue voici 57 ans, en 1960, à l’indépendance des colonies. La cérémonie de ce 15 avril, à la veille de la commémoration de l’offensive du Chemin des Dames, est l’aboutissement d’une pétition initiée l’an dernier par Aïssata Seck, petite-fille d’un ancien combattant sénégalais. « Ces Français par le cœur sont dans des situations terriblement précaires. Munis de simples cartes de séjour, ces retraités n’ont d’autre choix que de rester seuls sur le territoire français. Partir finir leur vie au Sénégal, près de leurs familles, signifierait perdre leurs faibles pensions ; un choix matériellement impossible« , explique-t-elle.

La République française les a appelés, la République française doit les reconnaître comme ses enfants et leur garantir une fin de vie digne et paisible.
La pétition de Aïssata Seck a recueilli 60 000 signatures, dont celles de nombreuses célébrités. Suite à cette mobilisation, François Hollande s’était engagé, en décembre 2016, à ce que ces dossiers de naturalisation soient examinés « avec rapidité et bienveillance« . D’autres devraient suivre au cours des prochains mois, même si l’Elysée précise que seules quelques dizaines de personnes sont concernées.

Sénégalais, mais aussi…

Ces tirailleurs appartiennent à la dernière génération d’une longue lignée de combattants africains engagés volontaires ou enrôlés dans les rangs de l’armée française.

En 1857, ils intègrent les rangs de l’armée française à l’initiative du gouverneur du Sénégal, Louis Faidherbe, et y resteront jusqu’au début des années 1960. Si les premiers régiments ont été formés au Sénégal, ces soldats noirs à la célèbre chéchia rouge sont originaires de toutes les colonies françaises, de l’Afrique de l’Ouest et du centre, jusqu’à Madagascar, et ce sont les régions correspondant aux actuels Mali, Burkina Faso et Guinée qui ont fourni les plus gros effectifs.

Engagé volontaire

Né dans l’actuelle République centrafricaine, Georges Koudoukou avait choisi, lui, de s’engager volontairement en 1916 dans le régiment des tirailleurs. Il a ensuite poursuivi sa carrière militaire dans l’Hexagone avant de prendre part aux opérations de la France libre en Syrie. Blessé à Bir Hakeim, en 1942, il n’a jamais été retrouvé. Aujourd’hui, une avenue de Bangui porte son nom. Portrait :

Au service de la France

Ils sont impliqués dans toutes les phases de la conquête coloniale en Afrique, puis dans celle de Madagascar, vers 1890, et dans ce que l’on appelle la « pacification » du Maroc, à partir de la fin du XIXe siècle. Ils servent l’armée française dans ses pages les plus glorieuses, comme la libération de Toulon ou le débarquement de Provence, mais aussi dans des moments plus sombres, comme la répression du soulèvement du Constantinois en Algérie en mai 1945 ou la répression à Madagascar en 1947.

Plus de 200 000 tirailleurs participent à la Première Guerre mondiale, 150 000 à la Seconde, et 60 000 interviennent en Indochine. A la fin des guerres coloniales, et pour pouvoir faire vivre leurs familles restées au pays, beaucoup choisissent de s’installer en France.

L’hécatombe du Chemin des Dames

Le premier jour de l’offensive d’avril 1917 fait 1 400 morts parmi les soldats noirs. Un massacre qui vaudra au général Charles Mangin, commandant de la sixième armée, le surnom de « boucher des Noirs ». Quelque 8 000 tirailleurs périront dans la bataille. Il faudra attendre 2007 pour que leur soit édifié un mémorial sur le site de la bataille, près de Laon.

Le Comorien Ali M’Houdadi est un rescapé de cette bataille de sinistre mémoire.

L’Afrique et son héritage militaire

Ce n’est que dans les années 2000 que les Africains commencent à porter un regard différent sur les tirailleurs, alors que leurs aînés ont pu les considérer comme des collaborateurs de l’État colonial. Aujourd’hui, il y a une volonté palpable, particulièrement au Sénégal, de mettre en avant cet héritage militaire.

Au musée des Forces armées à Dakar, plusieurs sections leur sont consacrées, même s’il n’existe pas d’autre lieu de mémoire similaire en Afrique. L’ancien président Abdoulaye Wade (2000-2012), dont le père était tirailleur, a initié en 2004 une « Journée du tirailleur ».

Sénégal : le retour au pays tant attendu du tirailleur Yoro Diao à 95 ans

Élégamment vêtu d’un caftan blanc immaculé, un bonnet carré assorti sur la tête, le tirailleur Yoro Diao, 95 ans, pose tout sourire près de son arrière-petit-fils dont il vient d’officier le baptême musulman dans la petite ville sénégalaise de Passy.

« C’est une joie immense. J’aurais jamais pensé être présent ici, à cet âge-là, près de tous mes petits-enfants », jubile-t-il, les yeux pétillants.

Est-ce son optimisme qui lui donne cette énergie ? Presqu’un siècle de vie, et le voici qui gambade, d’une pièce à l’autre, volubile et radieux, intarissable.

Ancien soldat de l’armée française en Indochine et en Algérie, il est rentré définitivement au Sénégal le 28 avril, grâce à une mesure dérogatoire de Paris qui lui permet, avec quelques-uns de ses pairs, de vivre en permanence dans son pays d’origine, sans perdre son allocation minimum vieillesse de 950 euros par mois.

« MERCI A LA FRANCE »

« Merci à la France du fond du coeur », dit-il, pas rancunier contre l’ancienne puissance coloniale pour qui il a pris tous les risques et qui, volontiers accusée de manquer de reconnaissance envers ces soldats africains, lui a donné la possibilité du retour au soir de sa vie.

Quand vous rentrez chez vous, que vous avez vos enfants, vos petits enfants, que veut le peuple ?

Yoro Dio, ancien soldat de l’armée française en Indochine et en Algérie

Sa famille est réunie ce jour-là pour célébrer la naissance de Mohamed, né deux jours après le retour de Yoro Diao. Dans la cour principale, les femmes, enveloppées de tuniques en wax aux couleurs vives, coupent les légumes et préparent le riz, protégées du soleil par une bâche.

« Un exemple pour nous »

Le mouton, immolé pour l’occasion, mijote dans de grandes marmites chauffées au bois.
La vie se concentre dans l’enceinte du domicile. A l’extérieur, tout est désert. La température avoisine 40 degrés. De temps à autre, une charrette passe dans la rue attenante à la maison, que le maire a décidé de nommer au nom de Yoro Diao.
Cet ancien tirailleur est un exemple pour nous. Nous sommes très contents de son retour », confie Khalifa Ababacar Samb, 30 ans, venu faire une course chez le boutiquier d’en face.

Passy est une petite ville du Sine Saloum, non loin de la frontière gambienne, qui vit principalement de l’agriculture et de l’élevage. C’est là que Yoro Diao a décidé d’élire domicile, loin de son foyer de Bondy, en Région parisienne, où il vivait dans un studio de 15 mètres carrés.

Depuis qu’il est rentré, entre les célébrations et hommages, Yoro Diao dit se reposer, se promener, faire « des bains de lézard » au soleil. Parfois, il va jusqu’à ses champs de riz et de maïs.

Assis sur une chaise, il raconte longuement son parcours, sa fierté d’avoir rejoint l’un des meilleurs régiments des tirailleurs sénégalais, ses souvenirs en tant que soignant en Indochine et en Algérie dans les années 1950, l’esprit de camaraderie qui y régnait entre Français et Africains.

S’il a un profond respect pour la France, son armée et ses valeurs, il regrette les épreuves que lui et les autres tirailleurs ont affrontées pour obtenir les mêmes droits que leurs homologues français.

Reconnaissance tardive Pour toucher nos droits, on nous demandait des certificats qu’il était impossible à avoir. Et les Français le savaient bien.

Yoro Dio, ancien soldat de l’armée française en Indochine et en Algérie

La France n’a levé qu’en 2006 les mesures de gel qui bloquaient les pensions des anciens combattants coloniaux, contrairement à celles des anciens combattants français qui étaient revalorisées. Ils ont reçu la nationalité française en 2017.

Début 2023, après la sortie du film Tirailleurs, le gouvernement français a annoncé la mesure qui leur permet de toucher leur allocation en vivant dans leur pays d’origine.

Après le retour de neuf d’entre eux fin avril, il reste encore en France 28 tirailleurs – tous d’origine sénégalaise -, dont plusieurs sont susceptibles de bientôt rentrer définitivement.
Ces victoires vers l’égalité, les anciens combattants africains les doivent en grande partie à Aïssata Seck, 43 ans, petite-fille d’un tirailleur et présidente de l’Association pour la mémoire et l’histoire des tirailleurs sénégalais, « choquée » par leurs conditions de vie et les expériences souvent « humiliantes » dans leurs démarches.
« Mieux vaut tard que jamais », déclare Samba Diao, fils ainé de Yoro, qui se dit « émerveillé » de voir revenir son père et rêve que les familles des tirailleurs obtiennent aussi la nationalité française.
Assis au milieu des siens, Yoro Diao savoure l’instant. Les griots – caste de musiciens et poètes ambulants en Afrique de l’Ouest – tournent autour de lui et chantent ses louanges. Le festin peut commencer.

Jean Moliere / source Tv5 Monde.
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