18 avril 2024
Paris - France
ECONOMIE

Agrobusiness/La Côte d’Ivoire double l’Inde sur la cajou 

Premier producteur mondial de noix brutes, Abidjan va confirmer en 2024 sa position de deuxième exportateur international d’amandes de cajou, devant New Delhi. L’illustration de son pari réussi sur la transformation

La Côte d’Ivoire trace plus que jamais son sillon dans le marché mondial de l’anacarde. Premier producteur de noix brutes depuis 2021, le pays monte en puissance sur les amandes de cajou issues de la première transformation, et leur exportation

 Comment la Côte d’Ivoire veut doubler sa capacité de transformation de noix de cajou 

Ainsi, depuis juin 2023, Abidjan exporte chaque mois plus d’amandes que l’Inde, une tendance qui va se confirmer en 2024, installant la Côte d’Ivoire comme deuxième expéditeur mondial derrière le Vietnam, numéro un incontesté, mais 

devant New Delhi

Déclin de l’Inde 

<< En 2024, la Côte d’Ivoire, dont la production et les capacités de transformation sont en constante augmentation, est assurée d’occuper la place de deuxième exportateur mondial ,alors que l’Inde ne cesse de réduire ses exportations au profit de l’approvisionnement de son marché national», explique Pierre Ricau, analyste de Nitidae et expert de la filière cajou

Confrontée à la concurrence des produits vietnamiens depuis une dizaine d’années, l’Inde a répliqué en mettant en place. des mesures protectionnistes, ce qui se solde, pour les acteurs locaux de l’anacarde, par un meilleur prix de vente sur le territoire national qu’à l’export

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Une vision solaire pour l’Afrique 

Le pays, qui devrait atteindre une croissance de 6,5 % pour l’année budgétaire 2023-2024 après 7,2 % en 2022-2023 selon le Fonds monétaire international (FMI), est également confronté à la hausse du coût de sa main d’œuvre, synonyme de perte de compétitivité de ses exportations

Ce mouvement parallèle d’ascension de la Côte d’Ivoire et de déclin de l’Inde sur le marché des exportations est en germe dès 2023: Abidjan et New Delhi étaient alors au coudeà- coude, avec respectivement 47 500 et 47 800 tonnes d’amandes exportées, selon les données du cabinet Nitidae

Des chiffres qui les plaçaient loin derrière Hanoï et ses plus de 644 000 tonnes mais largement devant le Brésil, pointant 

à la quatrième position avec quelque 12 000 tonnes

Essor d’un écosystème 

Cette percée de la Côte d’Ivoire, connue pour être le premier producteur mondial de cacao, est le résultat d’efforts engagés depuis 2017 pour faire décoller la filière agricole de l’anacarde

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Devenu premier producteur mondial de noix brutes en 2021

Abidjan a confirmé sa position en 2023 avec plus de 1,2 million de tonnes devant l’Inde (700 000 tonnes), le Cambodge (650 000 tonnes), le Nigeria (400 000 tonnes), la GuinéeBissau et le Vietnam (300 000 tonnes chacun), selon les données de Nitidae

Cette forte hausse de la production passée de 400 000 à 1,2 million de tonnes entre 2011 et 2023 s’accompagne 

d’incitations à l’installation d’usines de transformation dont une trentaine était déjà en activité fin 2023, quand une dizaine d’autres devrait voir le jour cette année

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On assiste aussi à l’essor d’un écosystème autour de 

l’installation, la maintenance et la réparation des machines à traiter les noix mais aussi de la valorisation des déchets

notamment des coques, envoyées en Europe pour servir de combustibles à des centrales électriques et chaudières », se félicite Pierre Ricau qui dénombre près d’une trentaines de PME dans les deux secteurs d’activité

Valoriser les brisures 

La Côte d’Ivoire, qui s’est fixée l’objectif de transformer localement 50 % de sa production en 2030, traite aujourd’hui quelque 260 000 tonnes sur place, soit environ 20 % de sa récolte. Les quelque 940 000 tonnes restantes sont expédiées brutes vers l’Asie, au Vietnam et en Inde qui disposent de plusieurs centaines d’unités de traitement

<< Sur le plan de la transformation, il y a encore un écart considérable avec les pays asiatiques, les 260 000 tonnes traitées par Abidjan demeurant modestes face au 1,8 million de tonnes de l’Inde et aux 3 millions de tonnes du Vietnam en 2023 », reprend Pierre Ricau

 Au Bénin, le délicat pari de la transformation locale de noix de cajou << Cela dit, le pays se distingue en Afrique assurant 55 % de la transformation au niveau continental et 70 % à l’échelle ouestafricaine », ajoute l’analyste rappelant que les autres pays producteurs du continent dont le Nigeria, la Guinée-Bissau et le Bénin, ne disposent que d’une dizaine d’usines de transformation pour Abuja, et de trois ou quatre à Bissau et à Cotonou

<<< Si la politique volontariste adoptée par la Côte d’Ivoire fait écho à celle mise en œuvre par le Vietnam à partir de la fin les années 1990 et qui lui a permis de s’imposer comme le numéro un mondial, Abidjan pourrait s’inspirer de l’Inde sur le volet promotion de la consommation locale des noixcommente Pierre Ricau. New Delhi a en effet structuré toute une industrie agroalimentaire utilisant les brisures de noix pour fabriquer sauces, desserts et glaces. >> 

Source : JA

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