18 avril 2024
Paris - France
ECONOMIE

La Guinée réattribue l’exploitation d’un immense gisement de fer à un consortium asiatico-guinéen

L’appel d’offre pour les blocs 1 et 2 du gisement de Simandou a été remporté par la Société minière de Boké après avoir été retiré à la fin des années 2010 au groupe BSGR.

La Guinée possède les plus importantes réserves mondiales de bauxite, le minerai utilisé pour la production de l’aluminium. A haute teneur en alumine, les réserves guinéennes de bauxite sont estimées à plus de 40 milliards de tonnes, dont 23 milliards de tonnes localisées dans la région de Boké.

Présentation Sectorielle : Mines

La Guinée dispose d’un potentiel minier important considéré comme un des leviers de l’économie nationale. A ce titre, le secteur minier a été placé au cœur d’un vaste et profond processus de réforme visant à renforcer son impact sur l’économie nationale, et plus généralement sur le développement socio-économique du pays.

Secteur de croissance prioritaire au même titre que l’Agriculture et l’Energie, le secteur minier Guinéen repose sur une concentration de ressources minérales,  reconnue comme l’une des plus importantes au monde : bauxite (+ 40 milliards de tonnes de bauxite à 40% Al2O3), de minerais de fer (+20 milliards de tonnes de haute qualité), d’or (plusieurs milliers de tonnes), de diamant (généralement de qualité joaillerie) ainsi que des indices importants d’uranium, de graphite, de cuivre et de pétrole.

Les mines contribuent à hauteur de 12 à 15% du PIB de la Guinée à travers plusieurs exploitations :

Or : plus de 700 000 onces par an (parmi les 10 premiers producteurs du continent Africain) ;

Diamant : 700 000 carats par an en moyenne (2010-2015, production totalement artisanale).

(Données du Cadrage macroéconomique)

Ainsi, la vocation minière de la Guinée est toute prescrite.

La situation actuelle

Les dotations minérales du pays ont été jusqu’à présent faiblement exploitées.

Depuis 2013, le gouvernement guinéen a mis en œuvre une nouvelle politique minière dont l’objectif vise à favoriser plus de rentabilité pour les investisseurs, élargir la base des recettes fiscales du pays et promouvoir plus de valeur ajoutée locale, à travers 5 grands axes d’orientation : (1) Intensifier la recherche géologique ; (2) Favoriser la transformation sur place ; (3) Restructurer et consolider les sociétés minières d’économie mixte en difficulté ; (4)  Promouvoir les investissements privés ; (5) Poursuivre la réforme de l’environnement juridique, fiscal et institutionnel du secteur.

Les nombreux efforts consacrés au renforcement du cadre réglementaire et de gouvernance du secteur, s’inscrivent dans une stratégie visant à faire des mines la locomotive du développement socioéconomique de la Guinée. Ouvrant ainsi la voie à des opportunités d’investissements majeures dans l’exploitation minière en Guinée.

De nombreuses exploitations sont en cours (CBG, CBK, ANGLO GOLD, SMD, SMB, etc.), plusieurs projets en phases de développement pour la production, la transformation, et l’exportation de minerais de fer (RIO TINTO). D’importantes opportunités dans le domaine des infrastructures en découlent (chemin de fer, routes, aéroports régionales, ports, logements, etc.). 

Fer

La Guinée possède les plus grandes réserves de minerai de fer inexploitées à l’échelle mondiale. Ce minerai, de qualité exceptionnelle, est d’une teneur en fer souvent supérieure à 65%.

 

 

Carte gisement de fer.png

Dans le Sud-Est de la Guinée, la chaîne de Simandou possède l’un des plus importants gisements de minerai à haute teneur de fer. Simandou est également le plus important projet minier, ferroviaire et portuaire en construction au monde. Le Projet est développé en partenariat avec le Gouvernement de Guinée, Rio Tinto, Chalco et la SFI (Banque Mondiale) : 650 km de chemin de fer à l’usage des passagers et des services de fret ; Réfections importantes du réseau routier ; Un port en eau profonde conçu pour accueillir des bateaux de 250 000 à 300 000 tonnes; Des infrastructures de télécommunications le long de la ligne ferroviaire; Investissement direct dans le soutient aux entreprises et l’amélioration des compétences de la main d’œuvre locale.

Le consortium asiatique et guinéen SMB a annoncé, mercredi 13 novembre, avoir obtenu l’exploitation en Guinée de deux des quatre blocs d’un des plus importants gisements de fer au monde. L’exploitation a été entravée de longue date par des soupçons de corruption et le volume des investissements nécessaires.

La Société minière de Boké (SMB) a été informée par les autorités guinéennes qu’elle avait décroché l’appel d’offres pour l’exploitation des blocs 1 et 2 du gisement de Simandou (sud-est), a-t-elle indiqué dans un communiqué.

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La SMB a été préférée à l’Australien Fortescue Metals Group, a dit à l’AFP une source proche du dossier. L’engagement de SMB à exporter le minerai via le territoire guinéen (et non pas le Liberia voisin par exemple) et à construire à cette fin une voie ferrée de plus de 650 km ainsi qu’un port en eau profonde à Matakong, sur la côte Atlantique de la Guinée, ont contribué à emporter la décision, a dit cette source. Elle a parlé d’un investissement de plus de 10 milliards de dollars (9 milliards d’euros) sur cinq ans.

Ressources minières considérables

La Guinée disposerait des plus importantes réserves mondiales non exploitées de fer à haute teneur, parmi des ressources naturelles et minières considérables (bauxite, or, diamants, capital hydrologique). Ce qui ne l’empêchent pas d’être très pauvre.

L’ ampleur des travaux à entreprendre dans un pays souffrant d’infrastructures vétustes ou inexistantes a fait obstacle à l’exploitation de Simandou dans une région enclavée. Mais Simandou est aussi affligé par la corruption réputée chronique en Guinée et des années de querelles sur les droit miniers. Même l’apparition du virus Ebola a affecté l’exploitation.

A la fin des années 2000, le gouvernement guinéen avait déchu le groupe anglo-australien Rio Tinto de l’exploitation des blocs 1 et 2 au profit de BSGR, groupe de l’homme d’affaires franco-israélien Beny Steinmetz. Après l’accession à la présidence d’Alpha Condé en 2010, le gouvernement guinéen, disant suspecter des faits de corruption, avait annulé les droits de BSGR. Des années de bataille devant les tribunaux ont suivi.

Début 2019, M. Steinmetz et la Guinée ont annoncé un accord, le premier renonçant aux droits sur Simandou, la seconde abandonnant les poursuites pour corruption.

Cependant, une procédure judiciaire a été ouverte en Suisse contre M. Steinmetz pour des pots-de-vin présumés de plusieurs millions de dollars qui auraient permis à l’époque d’évincer Rio Tinto et qui auraient pour partie transité par des comptes helvétiques.

Des investigations distinctes ont été lancées au Royaume-Uni et en Australie contre Rio Tinto pour des faits présumés de corruption.

Attirer les investisseurs

La SMB est un consortium formé par l’armateur singapourien Winning Shipping, le producteur chinois d’aluminium Shandong Weiqiao, le groupe Yantaï Port ainsi que la société guinéenne de transport et logistique United Mining Supply. Créée en 2014, elle revendique d’être déjà le premier exportateur de bauxite de Guinée.

Sous la présidence d’Alpha Condé après des décennies de régimes autoritaires et militaires, la Guinée cherche à attirer les investisseurs. Mais l’instabilité politique hypothèque le développement.

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Un développement par la voie minière et hydroélectrique qui pose aussi des risques pour l’environnement et la biodiversité, note la Banque mondiale. Human Rights Watch a dénoncé les conséquences néfastes sur l’environnement et les populations de la croissance de l’exploitation de la bauxite. SMB dit s’inscrire dans une « démarche de la mine responsable », favoriser les retombées locales et soutenir de nombreux projets agricoles en pensant à « l’après-mine ».

Les blocs 3 et 4 de Simandou sont attribués à Rio Tinto et au Chinois Chalco et en sont à la phase exploratoire.

Jean Moliere  source  AFP

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