Non pas par chauvinisme.
Non pas par dépit sportif.
Mais par exigence de justice, d’éthique et de crédibilité du football international.
Accorder, à ce niveau de compétition, dans une finale continentale, un penalty aussi manifestement contestable n’est jamais un acte neutre. Ce type de décision ne se contente pas d’influencer un score : il altère l’équité du jeu, fracture la confiance des acteurs et fragilise la légitimité même de l’institution arbitrale.
Le football de haut niveau repose sur un principe fondamental : l’égalité de traitement. Lorsque cette égalité est rompue, c’est tout l’édifice qui vacille. Les joueurs s’entraînent toute une vie pour ces moments. Les nations investissent des ressources humaines, financières et symboliques considérables. Une finale ne peut être décidée par une interprétation approximative, encore moins par une décision qui laisse planer un doute sérieux sur son impartialité.
Ce qui choque, ce n’est pas seulement le penalty.
C’est l’absence de pédagogie, l’absence de dialogue, l’absence de réparation symbolique dans un moment où la tension exige précisément davantage de rigueur et de transparence.
Le football africain a trop souvent payé le prix de décisions arbitrales contestables dans les moments décisifs. Continuer à banaliser ces actes revient à institutionnaliser l’injustice et à envoyer un message désastreux aux jeunes générations : celui d’un sport où le mérite ne suffit pas toujours.
Condamner cette décision, ce n’est pas nier la valeur du Maroc ni la grandeur de la compétition.
C’est au contraire défendre le football africain contre ce qui l’affaiblit de l’intérieur.
Le respect du jeu, des joueurs et des peuples impose que ces dérives soient nommées, analysées et corrigées.
Sans cela, aucune réforme, aucun discours sur le “fair-play” ou les “valeurs du sport” ne pourra être crédible.
Le courage des Sénégalais, leur retenue et leur sens de la responsabilité collective contrastent douloureusement avec la légèreté de cette décision arbitrale. Et c’est précisément ce contraste qui doit interpeller les instances.
Le football ne peut pas être grand quand l’injustice devient tolérable.
Sur ce point, il n’y a ni neutralité possible, ni silence acceptable.

*Sénégal : quand l’adversité arbitrale révèle les limites du football africain*
Le parcours du Sénégal dans cette compétition continentale s’inscrit dans une séquence qui dépasse largement le cadre du jeu. Il met en lumière une problématique structurelle du football africain : la difficile articulation entre performance sportive, justice arbitrale et crédibilité institutionnelle. VAR contestée, décisions arbitrales discutables, environnement hostile : les Lions ont dû évoluer dans un contexte où l’équité perçue a souvent semblé vaciller.
Ce constat n’est pas nouveau.
Depuis plusieurs éditions de la Coupe d’Afrique des Nations, l’arbitrage s’impose comme un sujet récurrent de controverse. De la CAN 2019 à celle de 2021, en passant par les compétitions interclubs africaines, les débats sur la cohérence des décisions, la formation des arbitres et l’utilisation de la technologie n’ont jamais réellement cessé. L’introduction de la VAR, présentée comme une avancée majeure alignant l’Afrique sur les standards internationaux, devait marquer une rupture décisive. Force est de constater que son appropriation reste inachevée.
Dans les compétitions FIFA – Coupe du monde, Ligue des champions, grandes confédérations continentales – la VAR obéit à des protocoles stricts : transparence des critères, cohérence d’interprétation, responsabilité clairement établie entre arbitre central et assistants vidéo. Si la polémique n’y est jamais totalement absente, elle est contenue par un cadre institutionnel robuste, une communication maîtrisée et des mécanismes d’évaluation continus.
En Afrique, le problème est moins technologique que systémique.
Lorsque des décisions majeures varient d’un match à l’autre pour des situations similaires, lorsque l’intervention de la VAR semble parfois amplifier le doute au lieu de le dissiper, c’est la confiance collective qui s’érode. À ce niveau de compétition, chaque erreur perçue ne touche pas seulement une équipe : elle fragilise la crédibilité de l’ensemble de l’écosystème sportif continental.
Dans ce contexte, la Confédération Africaine de Football se trouve à un tournant. Le football africain regorge de talents, d’intensité et de passion. Il s’impose de plus en plus sur la scène mondiale par ses joueurs et ses entraîneurs. Mais cette progression sportive exige une gouvernance arbitrale à la hauteur de cette ambition. Formation continue, évaluation indépendante, harmonisation des interprétations, communication post-match : ces leviers ne sont plus optionnels, ils sont stratégiques.
Face à cette situation, l’attitude du Sénégal mérite une attention particulière.
Plutôt que de transformer la frustration en crise institutionnelle, les Lions ont choisi la voie de la retenue et de la maîtrise. Sur le terrain, la réponse a été sportive : engagement, rigueur tactique, solidarité collective. En dehors, dirigeants et encadrement ont évité l’escalade verbale, conscients que l’excès de contestation, s’il soulage à court terme, affaiblit souvent les causes qu’il prétend défendre.
Cette posture rappelle celle des grandes nations du football mondial, capables de dénoncer sans se disqualifier, de revendiquer sans rompre. Elle traduit une maturité qui dépasse le simple cadre du résultat immédiat. Le Sénégal semble avoir intégré une leçon essentielle : dans un système imparfait, la constance, la discipline et la cohérence finissent par peser plus lourd que la colère.
Le public sénégalais, de son côté, a accompagné cette posture avec une foi calme et résiliente. Loin de la victimisation, il a opposé à l’adversité une confiance collective, nourrie par l’histoire récente du football national et par une conscience aiguë de ce que représente cette équipe pour tout un peuple.
Ce parcours pose, en filigrane, une question centrale pour l’avenir du football africain : peut-on durablement viser l’excellence sportive sans ériger l’équité arbitrale en pilier non négociable ? Le Sénégal, par son expérience actuelle, agit malgré lui comme un révélateur. Non pas d’un complot, mais d’un système encore en construction, qui doit impérativement gagner en cohérence et en crédibilité.
Quelle que soit l’issue finale, les Lions auront déjà transmis un message fort. Celui d’une équipe capable de rester fidèle à ses valeurs dans un environnement défavorable. Si le trophée venait à être remporté, il aurait une portée symbolique majeure : celle d’une victoire obtenue non seulement contre des adversaires sportifs, mais aussi contre le doute, la pression et les limites d’un système en quête de maturité.
Le football africain aspire à compter parmi les grandes puissances mondiales. Il en a le talent. Il lui reste à consolider ses fondations. L’histoire retiendra que, dans cette phase de transition, le Sénégal aura avancé sans renoncer à l’essentiel : le jeu, la dignité et l’exigence de justice.
Alioune Cheikh Anta Sankara Ndiaye
Expert en développement international
Écrivain de la transformation

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