« Ce n’est plus qu’une question de temps, Cuba va bientôt tomber », a annoncé Donald Trump ce vendredi 6 mars. Le président américain a renchéri samedi en affirmant que le régime vivait « ses derniers moments ». Trump a chargé son secrétaire d’État, le Cubain-américain Marco Rubio, de mener les négociations avec l’État cubain, plus que jamais en position de faiblesse. L’île, frappée par une pénurie massive de carburant se porte de pire en pire. Entre mercredi et samedi dernier, pendant près de 72 h, l’électricité, qui fonctionne presque exclusivement grâce à des centrales thermiques, est restée coupée sur l’ensemble du territoire. Depuis janvier, les coupures sont constantes, durant parfois jusqu’à 20 h/24.
Les files devant les pompes d’essence sont devenues interminables. Les rares touristes restants et les Cubains-américains ayant pu louer une voiture sont cantonnés à 20 litres par jour, quand il en reste. Ceux-ci n’ont d’autre choix que de se soumettre à des heures de queue pour acheter, à plus de 26 dollars, un ticket permettant de faire de l’essence. Une mesure qui, tout comme les supermarchés réservés aux billets verts, doit permettre au gouvernement de s’approvisionner tandis que le peuple peine à trouver de quoi manger. Les salaires sur place sont misérables. Un professeur en ville gagne une vingtaine de dollars par mois, à peine moins qu’un médecin. Il y a quelques jours, Cuba a été classé comme le pays le plus pauvre d’Amérique, avec 10 dollars mensuels per capita (statistique éloquente, même si elle prend seulement en compte les salaires officiels et non le marché noir ni les bénéfices privés).
Les villages sont les premiers sacrifiés. Privés de moyens de transport, de nombreux habitants ne peuvent plus aller travailler. En ville, les calèches, vélos et scooters électriques se sont multipliés. Les rues ne sont plus éclairées la nuit. Les autoroutes sont pratiquement désertes. Les universités ont fermé. Les écoles se maintiennent tant bien que mal dans les métropoles. Des milliers de malades ne parviennent même pas à obtenir du paracétamol. Grâce à une terre fertile et une solidarité marquée, les Cubains ont encore accès aux fruits et à quelques féculents basiques. Mais désormais, même le pain commence à faire défaut. La viande est devenue un luxe. On risque plus d’années de prison à Cuba en tuant une vache que pour un homicide. Une mesure censée laisser le gouvernement gérer le peu de viande bovine pour la vendre aux touristes (argument surprenant compte tenu du nombre de vaches dans les campagnes cubaines). Le lait est, lui, réservé aux enfants de moins de 6 ans.
Une certaine propagande souhaite répandre l’idée que cette situation est liée à l’embargo américain. Une certitude concernant la pénurie de pétrole. Non quant à l’appauvrissement généralisé. Cuba était le premier producteur de sucre au monde dans les années 1950. Aujourd’hui, les usines sucrières sont à l’arrêt et délabrées. Le pays s’est même mis à en importer. Barack Obama avait largement assoupli les restrictions commerciales, libéralisant les exportations de produits alimentaires, technologies numériques, médicaments… Encore aujourd’hui, malgré le renforcement des restrictions, les Cubains-américains parviennent à envoyer de l’argent et des fournitures à la famille restée au pays.
Le peuple cubain ne semble pas être la priorité du régime. Pendant des années, le gouvernement développait exclusivement le tourisme par le biais de GAESA, un conglomérat militaire permettant à l’armée de se remplir les poches afin de garantir la stabilité du régime. Cuba était la destination préférée des familles d’apparatchiks russes, profitant des devises et infrastructures du CAEM (Conseil d’aide économique mutuelle) communiste. Toute la prospérité de l’île reposait sur cette assistance, sans production locale. Depuis la coupure du cordon ombilical soviétique, Fidel Castro avait engagé de premières réformes, sans remettre en cause la nature du régime. Sa bouée de sauvetage fut l’accession d’Hugo Chavez au pouvoir en 1998, activement soutenu par Cuba. La capture de son successeur Nicolás Maduro a fait tomber d’une pierre deux coups. L’île envoyait au Venezuela (jamais de façon gratuite) comme à d’autres Etats alliés des médecins, des professeurs et des assistants sociaux (parmi lesquels des milliers de militaires sous couverture). La journaliste d’investigation Maria C. Worlau affirme que Cuba disposait d’une présence stratégique dans l’ensemble des sphères du gouvernement bolivarien, notamment le renseignement et le contrôle informatique, devenu une compétence bien rodée des autorités cubaines. Un ancien chef du renseignement du Venezuela a même révélé que Maduro se rendait à Cuba pour se soumettre à des pratiques de sorcellerie (habituelles sur l’île). En échange, le Venezuela fournissait le pétrole à prix d’ami, alors même que son peuple vivait une crise humanitaire sans précédent.
Le régime cubain, qui est aussi derrière la prise de pouvoir de Daniel Ortega au Nicaragua, a développé de fait une vraie influence à travers l’ensemble de l’Amérique latine. Les Castro ont été des interlocuteurs privilégiés des dirigeants socialistes du sous-continent : Allende, Perón, Kirchner, Morales, Rousseff, Lula,… L’Institut cubain d’amitié avec les peuples rassemble un réseau de 1 900 associations établies dans 151 pays, dont la France, répandant l’idée que la précarité de Cuba est due au plus long embargo américain de l’histoire. Mais le pays, incapable de rembourser ses dettes, a perdu de nombreux soutiens. La Russie, qui a annulé plus de 30 milliards de dollars de dette, et la Chine ne lui font plus confiance.
L’arrêt du tourisme et l’effondrement des recettes en devises pendant le Covid ont plongé l’économie dans une inflation incontrôlée. Le pays maintenait depuis des années pour les entreprises publiques un taux de change totalement artificiel : 1 dollar pour 1 peso. En 2021, le gouvernement a décidé d’unifier ce taux avec celui utilisé par les particuliers, en fixant officiellement le dollar à 24 pesos. Depuis, la monnaie s’est encore dépréciée : aujourd’hui l’État vend le dollar autour de 120 pesos, tandis qu’il s’échange à plus de 500 pesos sur le marché informel. Les coûts ont explosé car le pays ne produit plus et le dollar est indispensable pour payer les importations. La douzaine d’oeufs se vend désormais à près de 1500 pesos. Pour tenter de relancer l’activité, l’État a autorisé les négoces privés. Ceux-ci peuvent agir avec plus ou moins d’indépendance tant qu’ils ne s’enrichissent pas ouvertement. Face à la pression américaine, le gouvernement de Miguel Diaz-Canel (en réalité toujours piloté par la famille Castro) vient de leur permettre d’opérer sans autorisation directe de La Havane. Ce sont les seuls qui peuvent plus ou moins s’en sortir, profitant le plus souvent de ce que les Cubains appellent la FE (famille à l’étranger), pour se fournir. Aujourd’hui, les mots qui reviennent le plus souvent dans le vocabulaire des Cubains sont des verbes comme « résoudre », « inventer », « combattre », « survivre ».
En 1962, les États-Unis s’étaient engagés à ne pas envahir l’île contre le retrait des missiles russes. Le fait que ce pacte tacite ait survécu à la chute de l’URSS pourrait s’expliquer par les qualités de négociateur de Fidel Castro et l’absence de ressources énergétiques abondantes (malgré du nickel, du cobalt et du bronze en quantité considérable). On peut aussi penser qu’un pays abritant une base américaine d’importance majeure (Guantánamo) est déjà sous contrôle. Cela n’a pas empêché Cuba de devenir la villa géante de la famille Castro, régnant sans partage sur une multitude d’opprimés. Mais l’administration Trump promet de siffler la fin de la récréation, sentant sans doute que la population est prête. Depuis les manifestations de 2021, on sait que les Cubains sont excédés. Jusqu’ici pourtant, ils ont préféré émigrer. Et pour cause : des milliers d’opposants sont toujours incarcérés. Environ 2 millions d’habitants ont quitté l’île depuis la crise Covid, soit près de 20 % de la population…
Le gouvernement cubain a diffusé des vidéos affichant des militaires qui s’entraînent pour riposter contre une intervention américaine. Celles-ci ont surtout mis en évidence que l’armement appartient à l’époque soviétique. Les conditions de vie des soldats ne sont pas bien meilleures que celles du reste de la population. Dans les faits, en crise économique majeure et coupée de ses soutiens à l’international, l’île est à la merci des Américains. L’élite politico-militaire du pays chercherait à pactiser un exil à Moscou. Le nietísimo, petit-fils et homme de confiance de Raúl Castro, est en négociation avec Washington
Source LSDJ.

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