juillet 13, 2026 by CONTIENENT MEDIA

Une équipe de France « sans Français », selon Mariano Rajoy : le dérapage qui choque

L’ex-Premier ministre espagnol, reconverti en chroniqueur sportif, provoque un tollé après avoir affirmé que les Bleus étaient une équipe « d’un très haut niveau », mais qui ne compte aucun Français. Des propos dénoncés comme un dérapage raciste par une partie de la classe politique dans les deux pays

Mariano Rajoy écrit des chroniques après chaque match de la sélection espagnole dans le média en ligne El Debate depuis le début du Mondial. Celle publiée ce vendredi, intitulée « Aujourd’hui, la revanche est arrivée », revenait sur la victoire de l’Espagne face à la Belgique et se projetait sur la suite pour la Roja : la demi-finale à venir contre la France, le 14 juillet.

Après avoir rappelé que la France « a été deux fois championne du monde et finaliste de la dernière édition », qu’elle « a remporté tous les matches qu’elle a disputés dans ce Mondial » et qu’elle occupe « la première place du classement FIFA », l’ancien Premier ministre espagnol a glissé une remarque qui a enflammé les réseaux sociaux.

Selon Mariano Rajoy, qui a dirigé le gouvernement espagnol entre 2011 et 2018, les Bleus ont « un effectif de tout premier plan. Mais, cela dit, sans aucun joueur français ». « Ce sera un adversaire redoutable », a-t-il cru bon d’ajouter.

Sánchez répond : « Que le meilleur gagne et que le racisme perde »

La réaction de l’exécutif espagnol de gauche ne s’est pas fait attendre. Le ministre des Transports, Óscar Puente, s’en est pris à l’ancien dirigeant conservateur sur X en citant sa chronique et en le qualifiant de « crétin postfranquiste corrompu qui a échappé à la prison par une porte dérobée grâce au pouvoir judiciaire de ce pays ».

Le ministre socialiste a particulièrement insisté sur deux passages du texte : l’un faisant référence aux « rouges », une allusion qui, selon son interprétation, vise à la fois les Diables rouges belges et la gauche espagnole, et l’autre, déjà cité, concernant l’équipe de France.

Plus tard, le Premier ministre Pedro Sanchez a réagi sur X, fustigeant les « déclarations xénophobes » de son prédécesseur.

« Il y en a qui mesurent encore l’appartenance par le nom de famille, le lieu de naissance ou la couleur de peau. D’autres la mesurent par l’attachement à un pays et la volonté d’y contribuer. En jouant au football. En prenant soin de nos aînés. Ou en ouvrant des commerces », a déclaré le chef du gouvernement.

« L’Espagne appartient à ceux qui l’aiment et la font vivre. Pas à ceux qui la déshonorent par des déclarations xénophobes. France, rendez-vous en demi-finales. Que le meilleur gagne et que le racisme perde », a-t-il conclu.

« Tous les Français, sans distinction, sont nos amis, nos voisins et nos partenaires. Le sabotage du PP (Parti populaire – Euronews) ne fera pas obstacle au Traité d’amitié avec la France », a déclaré pour sa part le chef de la diplomatie espagnole, José Manuel Albares.

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Outre les relents racistes de cette affirmation, celle-ci ne résiste pas à l’épreuve des faits. Sur les 26 joueurs retenus par Didier Deschamps, seuls trois sont nés hors de France : Michael Olise, né à Londres d’un père britanno-nigérian et d’une mère franco-algérienne ; Marcus Thuram, né à Parme alors que son père, Lilian Thuram, évoluait en Italie ; et Brice Samba, né en République démocratique du Congo. Tous trois possèdent la nationalité française et ont grandi, pour l’essentiel, dans le système de formation footballistique du pays.

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Le commentaire de Rajoy ne surgit pas de nulle part. Il s’inscrit dans un débat qui traverse le football français depuis le sacre mondial de 1998, lorsque Zinedine Zidane, Lilian Thuram, Marcel Desailly ou Patrick Vieira ont soulevé leur première Coupe du monde.

Cette équipe, composée, entre autres, de joueurs fils ou petits-fils d’immigrés issus de familles originaires d’anciennes colonies françaises, a été célébrée comme le symbole d’une France diverse, « black-blanc-beur », et comme un modèle d’intégration. Tout le monde ne l’a pas perçue ainsi. Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national, estimait alors que cette équipe ne représentait pas la France et jugeait « artificiel que l’on fasse venir des joueurs de l’étranger en les baptisant équipe de France ».

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Le dirigeant d’extrême droite réitérera ses attaques contre des Bleus « colorés » dans les années qui suivront.

Ce discours, qualifié à l’époque de raciste, a laissé une empreinte qui a ressurgi à différents moments de la vie politique française, dans le cadre du débat sur l’immigration et l’identité nationale. La phrase de Rajoy, bien que formulée près de trente ans plus tard, reprend une logique similaire : remettre en cause la nationalité de joueurs nés et majoritairement formés en France en raison de leurs origines familiales.

Les joueurs de l’équipe de France posent pour la photo de groupe avant leur match de huitièmes de finale de la Coupe du monde face au Paraguay, à Philadelphie, le 4 juillet.
Les joueurs de l’équipe de France posent pour la photo de groupe avant leur match de huitièmes de finale de la Coupe du monde face au Paraguay, à Philadelphie, le 4 juillet. AP Photo/Matt Slocum

« Une équipe qui nous rend fiers »

En France, la sortie de l’ancien Premier ministre espagnol a d’abord enflammé les réseaux sociaux, avant que les réactions politiques ne se multiplient.

La ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a réagi sur X, estimant que « les dérapages racistes répétés sont insupportables. Il est temps qu’ils cessent et que le sport redevienne du sport : un lieu où on est jugé sur son talent et sur aucun autre critère ».

La secrétaire national du Parti communiste français, Fabien Roussel, a appelé dans un message sur X à ce que Mariano Rajoy soit « condamné », comparant sa tribune dans El Debate aux propos racistes tenus par une sénatrice paraguayenne visant le capitaine des Bleus, Kylian Mbappé. Ces déclarations avaient conduit à l’ouverture d’une enquête du parquet de Paris pour « injure publique aggravée », après la réception d’une plainte déposée par la Fédération française de football (FFF) auprès du Pôle national de lutte contre la haine en ligne de Paris.

« Ils ne peuvent pas s’empêcher d’exprimer un racisme crasseux pour tenter d’énerver notre belle équipe de France ! », a écrit Fabien Roussel.

Pour Valérie Pécresse, présidente LR de la région Île-de-France, la France « se choisit, parce qu’elle est plus qu’un pays, elle est un idéal ».

« Avec son racisme minable, Mariano Rajoy montre son incompréhension totale ce qui fait l’âme du peuple français. Et qui fera mardi sa victoire ! », a-t-elle écrit sur son compte X.

Euronews a sollicité une réaction de l’Élysée, qui n’avait pas répondu au moment de la publication de cet article. Le Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, sera à Paris mardi à l’occasion du 14-Juillet, qui coïncide avec l’affiche France-Espagne.

Pour des raisons évidentes de calendrier, Emmanuel Macron ne se rendra pas aux États-Unis pour assister au match. Nos confrères du Parisien rapportent toutefois que le président français ferait bien le déplacement en cas de qualification pour la finale.

Il n’est pas encore précisé si Emmanuel Macron regardera malgré tout la rencontre, qui débutera à 21 heures, heure française, ni dans quelles conditions. Après le défilé militaire à Paris, le chef de l’État participera à la commémoration du dixième anniversaire de l’attentat de Nice, qui avait fait 86 victimes lors du feu d’artifice tiré sur la promenade des Anglais. Selon un communiqué de l’Élysée, l’agenda public du président s’achèvera à 19 h 10 avec les salutations aux familles des victimes et aux représentants des forces mobilisées lors de l’intervention.

Source Euronews

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