4 juillet 2022
Paris - France
POLITIQUE

Rencontre Ouattara/Gbagbo en Côte d’Ivoire: vers la «paix des braves»?

Le président ivoirien Alassane Ouattara a souhaité la bienvenue à son prédécesseur Laurent Gbagbo, au palais présidentiel à Abidjan, le 27 juillet 2021, lors de leur première rencontre depuis la crise postélectorale de 2010-11. AFP – ISSOUF SANOGO

C’est la « paix des braves » que mettent en avant ce mercredi matin plusieurs journaux ivoiriens, la fin des « palabres », qui laissent place à « l’espoir », la « réconciliation ». Dès l’arrivée au palais présidentiel, le ton a été donné par Alassane Ouattara : « Je suis content de te voir », a dit le chef de l’État à son prédécesseur avant de l’enlacer et de lui prendre la main.

Pendant une heure, les échanges, devant leurs délégations puis en privé, ont été cordiaux, fraternels ont-ils assuré. Même chose devant la presse pour des déclarations accompagnées de sourires, de tutoiements, de gestes… Ils ont mis en avant la nécessité de la réconciliation, de la confiance rétablie, promis que d’autres rendez-vous suivraient, avec des participants supplémentaires. On pense en premier lieu à Henri Konan Bedié.

Une liste de 110 noms

Au-delà de la symbolique, une revendication concrète a été portée par Laurent Gbagbo, comme attendu : celle de la libération des prisonniers considérés comme « politiques » par l’opposition, une centaine de personnes. « J’aimerais que le président fasse tout ce qu’il peut pour les libérer. J’ai insisté sur cela. À part ça, on a parlé de la Côte d’Ivoire qui doit aller de l’avant ! », a déclaré l’ancien président.

Concernant, ces prisonniers, un cadre du FPI-GOR contacté a confirmé l’authenticité d’une liste publiée ce mercredi matin 28 juillet par le journal Le Temps. Une liste de prisonniers remise hier à la présidence et sur laquelle on trouve 110 noms. Les 29 plus anciens sont en prison depuis la crise post-électorale et n’ont pas bénéficié de l’amnistie présidentielle d’août 2018. Les autres sont des personnes arrêtées en 2019 lors de tensions politiques dans le pays, ou lors de la contestation du troisième mandat d’Alassane Ouattara en octobre 2020.

On y trouve aussi Souleymane Kamaraté Koné, dit « Soul to Soul », le bras droit de Guillaume Soro, récemment condamné à vingt ans de prison. Il y a enfin six personnes arrêtées le 17 juin dernier en marge du retour au pays de Laurent Gbagbo.
Côte d’Ivoire: ces prisonniers dont Gbagbo a demandé la libération à Ouattara

Les retrouvailles entre Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara ont été pour le moins cordiales ce mardi 27 juillet soir à Abidjan. Politiquement, la seule revendication concrète portée par Laurent Gbagbo a été, comme attendu, celle de la libération des prisonniers considérés comme « politiques » par l’opposition.

Une embrassade pour les photographes, quelques pas main dans la main et une conférence de presse tout sourire : plus de dix ans après leur dernière rencontre et la crise post-électorale qui a ensanglanté la Côte d’Ivoire, le défi d’une rencontre apaisée a été relevé pour les deux hommes. Mais l’ancien président a néanmoins soulevé la question des prisonniers « politiques ».

« J’étais leur chef de file et moi je suis dehors aujourd’hui. Eux, ils sont en prison. Et j’aimerais que le président fasse tout ce qu’il peut pour les libérer », a déclaré Laurent Gbagbo à la presse à l’issue de sa rencontre avec Alassane Ouattara.

110 noms

Accompagné de trois fidèles, Georges-Armand Ouegnin, Assoa Adou et Hubert Oulaye, l’ancien président a remis à son successeur une liste de 110 noms. Les 29 plus anciens sont en prison depuis la crise post-électorale de 2010-2011 et n’ont pas bénéficié de l’amnistie présidentielle d’août 2018.

Les autres sont des personnes arrêtées en 2019 lors de tensions politiques dans le pays, ou lors de la contestation du troisième mandat d’Alassane Ouattara en octobre 2020. On y trouve aussi Soul-to-Soul, le bras droit de Guillaume Soro, récemment condamné à 20 ans de prison. Enfin, 6 personnes arrêtées le 17 juin dernier en marge du retour au pays de Laurent Gbagbo

Cette initiative est saluée par les associations de proches de détenus, elles estiment toutefois que le nombre de prisonniers qu’elles qualifient « d’opinion », est plus important que cela. Elles espèrent désormais un geste politique de la part du président Ouattara.

Désirée Douati, présidente de l’Association des femmes et familles des détenus d’opinion (Affdo-Ci), espère que le plaidoyer de Laurent Gbagbo pour les libérations de détenus sera entendu par le président Ouattara. Pour elle, le fait que la question ait été portée à la présidence est un bon début

Elle n’est pas complète, cette liste. Elle ne prend pas en compte tout le monde. Nous sommes à plus de 300 personnes encore en détention.

Désirée Douati, présidente de l’Association des femmes et familles des détenus d’opinion (Affdo-Ci)

Pour Désirée Douati, le chiffre de 110, annoncé par Laurent Gbagbo ne correspond pas à la réalité. Selon elle, beaucoup de militants provenant d’autres bords politiques doivent également être pris en compte.

Elle n’est pas complète, cette liste. Elle ne prend pas en compte tout le monde. Nous sommes à plus de 300 personnes encore en détention. Donc la liste des 110 personnes prend certainement en compte les militants du front populaire ivoirien [FPI, mouvement de Laurent Gbagbo]. Mais en dehors des militants du FPI, il y a des militants du PDCI-RDA, il y a des proches de monsieur Guillaume Soro, qui sont encore en détention, il y a même des personnes qui n’appartiennent pas forcément à un parti politique. Mais il y a aussi le fait que la détention préventive en Côte d’Ivoire est de 18 mois et nous avons des personnes qui sont en détention depuis neuf ans sans avoir vu de juge. Donc là, nous entrons dans un cas de figure où il y a « violation » de leurs droits.

Dans son dialogue avec les autorités, l’Affdo-Ci tente de faire entendre ces revendications, mais avec un sentiment mitigé quant au retour de leur part.

Nous sommes écoutés, mais nous ne sommes plus au stade de l’écoute. Nous voulons vraiment qu’il y ait un pas réel qui soit fait, qu’il y ait une action politique qui soit prise par le chef de l’État. Parce que l’amnistie de 2018 – l’ordonnance d’amnistie qui a été prise en 2018, et pour laquelle nous réitérons nos remerciements au chef de l’État – n’a pas été générale. Et nous voulons aujourd’hui une action politique qui permettra la libération générale de tous les prisonniers. Nous espérons que ce soit une ordonnance d’amnistie, ou une grâce présidentielle, qui permettra la libération de tous les prisonniers d’opinion.

 

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