2 décembre 2022
Paris - France
JUSTICE

Procès de l’assassinat de Sankara: le témoignage du général Diendéré très attendu RFI

Le général burkinabè Gilbert Diendéré devant la justice militaire, le 11 octobre 2021 à Ouagadougou. AP – Sam Mednick

Le procès des présumés assassins du président Thomas Sankara et de ses douze collaborateurs se poursuit. Ce mardi 9 novembre, la justice militaire entendra le témoignage du général Gilbert Diendéré. Il était, à l’époque, le commandant de l’unité qui a mené l’attaque contre Sankara et ses compagnons, le 15 octobre 1987. Lundi 8 novembre, la cour a entendu Ninda Tondé, dit Pascal, témoin de la fusillade.

Soutien indéfectible et bras droit de l’ancien président Blaise Compaoré, lui-même accusé d’avoir commandité l’assassinat, le général Gilbert Diendéré n’avait jamais été inquiété dans cette affaire jusqu’à l’insurrection de 2014. Il purge actuellement une peine de 20 ans de prison, mais pour son putsch raté de 2015. Trente-quatre ans après la mort de Thomas Sankara, son témoignage est attendu avec impatience.

« J’espère que le général Diendéré assumera, parce que c’est la personne la mieux placée pour dire ce qui s’est passé, souligne Me Ferdinand Nzepa, l’un des avocats de la famille Sankara, au micro de Gaëlle Laleix, notre envoyée spéciale Ouagadougou. Si Diendéré vient nous dire également : « Moi, je ne sais pas de quoi vous parlez. Moi, j’étais sur le terrain« , comme les autres, celui qui a passé la nuit dans la piscine, celui qui a fui dans le quartier de sa mère… Personne n’est responsable dans cette affaire ! C’est-à-dire qu’on a tué des personnes et il n’y a personne pour assumer. »

« Dans le monde, on s’attend à ce que Diendéré prenne au moins ses responsabilités, poursuit l’avocat. Qu’il dise pour l’histoire de ce pays : « Oui, moi je sais ce qui s’est passé. Moi, j’ai agi parce qu’il y a avait des personnes au-dessus de moi. En tant que soldat, moi j’obéis. On m’a demandé de faire ça, j’ai fait. » C’est ce que j’attends de Diendéré. »

« On a un certain nombre d’éléments dans le dossier, rappelle Me Ferdinand Nzepa. Donc, on fera valoir les éléments, on posera des questions. Peut-être qu’au travers des questions, la nuit portant conseil, peut-être qu’il va faire un examen de conscience. On peut être surpris, vous savez, il y a toujours la vérité d’un procès. Aujourd’hui, il a pris une position selon laquelle il était spectateur, qu’il ne sait pas ce qui s’est passé. Maintenant, on espère qu’avec les enjeux qu’il y a, avec la solennité des débats, peut-être qu’il nous apprendra des choses qu’on ne savait pas. Mais nous, on espère en tout cas qu’il parlera. »

Subornation de témoins

Ce lundi, outre Jean-Pierre Palm, un témoin crucial était à la barre devant justice militaire de Ouagadougou, rapporte Yaya Boudani, notre correspondant à Ouagadougou. Ninda Tondé était en service au Conseil de l’entente au moment des faits. Le 15 octobre 1987, de retour d’une permission, il est témoin de la fusillade au cours de laquelle le président Thomas Sankara et ses collaborateurs sont tués. L’ex-militaire, aujourd’hui à la retraite, est accusé de subornation de témoins. D’abord entendu par le juge d’instruction comme témoin, c’est par la suite qu’il a été inculpé pour ces faits.

Pour le parquet et les avocats des parties civiles, Ninda Tondé, dit Pascal, a essayé par tous les moyens d’obtenir de faux témoignages au profit de Gilbert Diendéré, en demandant à l’un de ses camarades, témoin dans le dossier, de changer sa version des faits. Accusation rejetée par son avocat, qui estime que son client n’a pas agi pour protéger le général.

« Est-ce que le général Diendéré a dit effectivement d’aller dire ? Il a dit non, affirme Me Ollo Larousse Hien, avocat de l’accusé. Mais c’est moi, en tant que Tondé, qui suis allé voir mon ami pour lui donner des conseils. Et j’ai prononcé le nom du général pour que ce soit crédible, sinon il dit que le général ne m’a jamais envoyé le voir. »

« Il a un logiciel dans la tête : ne pas impliquer le général Diendéré »

Selon l’accusation, Ninda Tondé a changé plusieurs fois de versions devant le juge d’instruction, car il aurait subi des pressions de la part du général Gilbert Diendéré. Ce que réfute à la barre l’accusé, qui était l’un des conducteurs de l’ex-bras droit de Blaise Compaoré jusqu’à sa retraite.

« Il a un logiciel dans la tête : ne pas impliquer le général Diendéré malgré les contradictions du dossier, affirme Me Ferdinand Nzepa, l’un des avocats de la famille Sankara. Le garçon, il a été chauffeur de Diendéré pendant des années, il prend la retraite. Il est encore au service de Diendéré aujourd’hui. Il est presque obligé de dire que Diendéré n’a rien à voir dans cette affaire, sinon demain il ne mange plus. »

Pour confondre l’accusé, le parquet a souhaité la diffusion d’une séquence de la conversation entre Ninda Tondé et le témoin auprès duquel il aurait tenté d’obtenir un faux témoignage. Le président du tribunal a décidé d’attendre l’audition des témoins avant la diffusion de cette conversation.

AFP

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