16 juillet 2024
Paris - France
POLITIQUE

Présidentielle en Côte d’Ivoire : Jean- Louis Billon et Tidjane Thiam, le duel des frères ennemis 

Tidjane Thiam a beau tenir fermement les rênes du PDCI, les ambitions de JeanLouis Billon n’en sont pas moins intactes. Vontils se disputer l’investiture du parti pour la présidentielle de 2025

Depuis décembre 2023, date à laquelle Tidjane Thiam a été élu à la tête du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), les sourdes tensions qui opposent le nouveau dirigeant à JeanLouis Billon ne cessent de croître. L’ancien ministre du Commerce se positionne en effet chaque jour un peu plus dans la perspective de la présidentielle de 2025. Ses partisans affirment sans plus de précisions qu«< il dispose de soutiens importants >>. S’il n’est pas désigné comme le candidat de sa formation politique claqueratil la porte pour faire cavalier seul ?<<< Ne comptez pas sur lui pour diviser le parti, dit un proche. JeanLouis Billon est au PDCI et il restera >>>

De son côté, et les obsèques d’Henri Konan Bédié étant terminées, Tidjane Thiam consolide son pouvoir et renforce sa mainmise sur le parti. Le 14 juin, il a été élevé à la dignité de grand maître de l’Ordre du Bélier, ce qui lui confère le privilège exclusif de présider aux destinées du PDCI. Une distinction qu’avant lui seuls Félix 

HouphouëtBoigny et Henri Konan Bédié avaient reçue

Fronde antiThiam

Le 22 juin, Tidjane Thiam a entamé une tournée du pays, à partir de la ville de Soubré. Objectif: rencontrer les militants et, plus largement, convaincre les Ivoiriens de le rejoindre. Il souhaite que la refonte des listes électorales. aboutisse et que le nombre des électeurs inscrits passe de 8 à 12 millions (sur une population de 30 millions d’habitants)

JeanLouis Billon ne baisse pas les armes pour autant. Au contraire, il communique à toutva, et son portrait s’étale 

sur des affiches quasi électorales, qui ont été diffusées au début de juin, quelques jours seulement après 

l’inhumation du Sphinx de Daoukro. << Pour tout 

candidat, il est parfaitement normal de s’activer à 

l’approche de la convention du parti », justifie l’un de ses alliés, qui réfute l’idée d’une fronde antiThiam

Officiellement, le PDCI est décrit comme un parti démocratique, au sein duquel les ambitions personnelles 

s’expriment librement. «JeanLouis Billon peut être candidat, ce sont les militants qui choisiront», commente l’un de ses membres

Si les proches de Thiam ne prennent pas les aspirations de Billon très au sérieux, les sorties médiatiques de l’ex- ministre du Commerce ne les font pas moins grincer des 

dents. <<Je confirme ma détermination à maintenir ma candidature à l’élection de 2025. Mon engagement envers vous et notre vision pour un avenir meilleur restent intacts. Ensemble, construisons un avenir plus fort et plus inclusif pour notre communauté, » a ainsi déclaré l’intéressé. «<< Quand on est membre d’un parti, on a un chef. Dire que, quelle que soit la situation, on est prêt à prendre son héritage, ce n’est pas la bonne formule», persifle Soumaïla Bredoumy, porteparole du PDCI

Le bras de fer qui oppose Thiam à Billon ravive les 

crispations au sein d’un parti déjà marqué par des luttes intestines et sur lequel l’ombre d’Henri Konan Bédié, disparu en août 2023, continue de planer. «< Bédié avait su 

maintenir un certain équilibre, confie un ancien cadre. Aujourd’hui, le PDCI risque de s’enfermer dans une guerre des chefs qui le fragiliserait durablement >>. << Le problème n’est pas JeanLouis Billon, note un autre responsable. Dans nombre de délégations, des conflits 

subsistent, qui mettent à mal le travail entamé par le président [Thiam]. » 

Et si cela faisait le jeu du RHDP

Ces divisions internes ont poussé Tidjane Thiam à 

prendre ses premières sanctions. Il a ainsi démis Me Zehouri PaulArnaud Bertin de son poste de haut représentant du district du GohDjiboua (nommé il y a à peine trois mois, le notaire était à couteaux tirés avec certains délégués de la région), et l’a remplacé par Bagrou Goli Simon, le maire de Diegonéfla. D’autres frictions sont également apparues à Cocody, entre JeanMarc Yacé et Yapo Calice, l’un des viceprésidents du PDCI

En coulisses, des médiations sont en cours. Car ces rivalités font le jeu du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le parti au pouvoir. Certains cadres historiques du PDCIcomme Romain Porquet, qui fut le directeur du protocole de Bédié, relativisent. << Il n’y a pas de guéguerre entre Thiam et Billon, précisetil. Il faut toujours avoir un plan A et un plan B. Si Thiam ne pouvait pas se présenter 

et était éliminé, comment feraiton ? >> 

 Entre Alassane Ouattara et Tidjane Thiamcoulisses d’un premier rendezvous 

Pour un membre du bureau politique, « la candidature de Billon est légitime, car il a toujours fait partie de la maison et a toujours exprimé cette volonté. Mais ce sera très difficile, car Thiam tient l’appareil du parti. De plusla dynamique qui l’a porté à sa tête ne s’est pas essoufflée. Difficile ne veut cependant pas dire impossible. Si la clause de résidence [était] réactivée pour invalider [la 

candidature de] Thiam, JeanLouis Billon [devrait se tenir] prêt. >> 

En avril 2002, six mois après son retour d’exil, Henri Konan Bédié avait affronter Laurent Dona Fologo (qui était son secrétaire général depuis dix ans) et Lamine 

Fadika, un contreamiral à la retraite. En 2013, c’est Alphonse Djédjé Mady, alors secrétaire général, qui s’était présenté contre le Sphinx de Daoukro. Ce n’est pas donné, la première fois dans l’histoire du parti que celui qui le dirige est ainsi défié. Le PDCI s’en est toujours relevé

Jean Moliere source: JA

Leave feedback about this

  • Quality
  • Price
  • Service

PROS

+
Add Field

CONS

+
Add Field
Choose Image
Choose Video
X