Ce lundi 2 mars 2026, Emmanuel Macron a prononcé un discours « très attendu » sur la dissuasion nucléaire française. Si la décision ultime reste la prérogative du président français, ce dernier a néanmoins annoncé ouvrir la participation européenne aux exercices de dissuasion. Une première dans l’histoire de la doctrine nucléaire française.
« Pour être libre, il faut être craint« . Telle est la maxime résumant la teneur du discours du président français ce lundi 2 mars sur la dissuasion nucléaire. Le chef d’État s’est exprimé depuis l’île Longue, dans la rade de Brest, où sont stationnés les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins assurant la composante océanique de la dissuasion nucléaire française.
La prise de parole d’Emmanuel Macron, « très attendue » par les Européens selon le ministère des Armées, s’inscrit dans un contexte d’« intensification de la conflictualité », selon les termes du président. Celui-ci estime que « nous assistons […] à un renforcement du risque que les conflits franchissent le seuil nucléaire », citant la Russie, la Chine, les États-Unis, l’Inde, le Pakistan, l’Iran et la guerre au Moyen-Orient.
« Cette période justifie un durcissement de notre modèle », a expliqué le chef d’État, parlant d’« évolution majeure » de la dissuasion française lors de son allocution de plus de 40 minutes. Car si la stratégie de dissuasion française s’inscrit dans la continuité sur le plan décisionnel, elle rompt drastiquement avec les 60 dernières années s’agissant de sa mise en œuvre.
Entre décision souveraine …
Sur ce point : pas de surprise : il n’y aura aucun partage concernant la décision ultime de recourir à l’arme nucléaire. « La dissuasion doit demeurer un intangible français« , a martelé le chef d’État dès le début de son discours. « En tant que président de la République élu au suffrage universel direct, j’en suis le garant et je suis venu ici vous redire avec la plus grande force l’attachement de la nation, mon attachement, à la poursuite de cette mission fondamentale« , a-t-il ajouté.
« Il n’y aura pas […] de partage de la définition des intérêts vitaux qui restera d’appréciation souveraine pour notre pays« , a précisé Emmanuel Macron, utilisant l’expression « intérêts vitaux« , non définis à dessein pour compliquer les calculs des adversaires. Cette notion intégrera néanmoins les intérêts des partenaires de Paris, ceux-ci étant intrinsèquement liés à ceux de la France. « Il n’y aura aucun partage de la décision ultime – ni de sa planification, ni de sa mise en œuvre« , cette décision n’appartenant « qu’au président de la République« , en vertu de la Constitution française.
Le chef de l’État a également affirmé que la doctrine « conservera ses fondations originelles, son caractère strictement défensif, le refus de la bataille nucléaire, la rupture totale et assumée entre le conventionnel et le nucléaire ».
… et association des Européens sur la mise en œuvre
La vraie rupture réside dans la décision d’associer les partenaires européens à la mise en œuvre de la dissuasion française. Après avoir rappelé que la sécurité du pays ne s’était « jamais conçue dans les seules limites de notre territoire, au plan conventionnel comme au plan nucléaire », le chef de l’État a annoncé la concrétisation d’une nouvelle étape : la mise en place progressive d’une « dissuasion avancée« .
Le président de la République offre ainsi la « possibilité pour les partenaires [européens] de participer aux exercices de dissuasion française« . Ces pays accueilleraient des « forces aériennes stratégiques » de l’armée de l’air française, qui pourront ainsi « se disséminer dans la profondeur du continent européen ». Huit pays européens ont déjà accepté de participer à ce dispositif : l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Pologne, les Pays-Bas, la Belgique, la Grèce, la Suède et le Danemark.
Le président a d’ailleurs annoncé que de hauts responsables britanniques avaient assisté « pour la première fois depuis l’existence de notre dissuasion« , à l’un des exercices des forces aériennes stratégiques françaises.
Emmanuel Macron a tenu à préciser que cet effort était complémentaire de celui de l’Otan : « le travail avec les partenaires européens s’est fait en pleine transparence avec les États-Unis et en coordination étroite avec le Royaume-Uni« , a t-il assuré. Le chef de l’État a aussi appelé à « une juste répartition des efforts » pour la défense, estimant que la France « sera clairement gagnante ». Des groupes de travail avec les pays participants seront mis en place dans les prochains jours, et les discussions avec d’autres États se poursuivront dans les semaines et mois à ven
Rehaussement de l’arsenal
Assurant par ailleurs qu’un « rehaussement de notre arsenal [nucléaire] est indispensable », Emmanuel Macron a annoncé la construction d’un nouveau sous-marin nucléaire lanceur d’engins, nommé « L’Invincible ». Celui-ci « naviguera en 2036« , a affirmé le chef des Armées.
Se défendant d’alimenter la course à l’armement et avançant une posture « défensive« , le président de la République a également fait savoir que la France allait augmenter le nombre de ses têtes nucléaires. En revanche, il n’est plus prévu de communiquer sur les chiffres de l’arsenal nucléaire, « contrairement à ce qui avait pu être le cas par le passé ».
Peu après la fin de l’allocution d’Emmanuel Macron, la France et l’Allemagne ont annoncé une « coopération plus étroite » dans le domaine de la dissuasion nucléaire. La déclaration commune précise que Berlin participera « dès cette année » aux exercices nucléaires français.
Alors que l’administration Trump menace le continent européen d’un désengagement militaire, voire d’une attaque à son intégrité territoriale avec ses revendications sur le Groenland, le chef d’État français a achevé son discours en exhortant « les Européens [à reprendre] le contrôle de leur propre destin« . Il a déploré que ces derniers aient pris l’habitude de règles fixées par des pays tiers, faisant ainsi référence aux États-Unis, sans les citer. « Le demi-siècle qui vient sera un âge d’arme nucléaire« , a t-il conclu.
