18 août 2022
Paris - France
INTERNATIONAL

LA RUSSIE SERAIT UNE  DES DERNIERES   PUISSANCES IMPERIALES COLONIALES’, VRAIMENT  M. MACRON ? 

Le président français Emmanuel Macron a accu sé mercredi, depuis le  

Bénin, la Russie d’être  «une des dernières puissances  impériales coloniales» après  avoir lancé «une guerre territoriale» en Ukraine. 

A COTONOU COMME A  YAOUNDE, MACRON AC CUSE LA RUSSIE D’ETRE  «UNE DES DERNIERES  PUISSANCES IMPERIALES  COLONIALES». 

«La Russie a lancé une offensive contre l’Ukraine, c’est une  guerre territoriale qu’on pensait  disparue du sol européen, c’est  une guerre du début du XXe,  voire du XIXe siècle. Je parle  sur un continent (l’Afrique,  NDLR) qui a subi les impéria lismes coloniaux», a-t-il indiqué  lors d’une conférence de presse  avec son homologue béninois  Patrice Talon à Cotonou 

«La Russie est l’une des dernières puissances impériales  coloniales» en décidant «d’en vahir un pays voisin pour y dé fendre ses intérêts», a-t-il affirmé. Macron oublie l’agression  occidentale de 1999 contre la  Yougoslavie, pour appuyer la  sécession du kosovo … 

Pour le président français, en  tournée africaine au même  moment que le chef de la di plomatie russe Sergueï Lavrov,  «la Russie a commencé un  nouveau type de guerre mon diale hybride». «Elle a décidé  que l’information, l’énergie et  l’alimentation étaient des ins truments militaires mis au ser vice d’une guerre impérialiste  continentale contre l’Ukraine»,  

a-t-il tonné, affirmant vouloir  «qualifier dans les termes les  plus crus ce qui se passe aujourd’hui». 

Selon lui, ce sont les Russes  qui créent des «déséquilibres  malgré toutes les tournées  diplomatiques et la désinformation qu’ils font à travers le  monde» et la Russie est «l’un  des pays qui, avec le plus de  force, utilise des instruments de  propagande», notamment via  les chaînes de télévision Rus 

sia Today et Sputnik. 

Oubliant que c’est Washigton  

et Bruxelles, qui ont déclen ché la guerre des sanctions  contre Moscou, Il a également  de nouveau dénoncé le «chan tage» de Moscou sur l’alimen tation, «parce que c’est eux  qui ont bloqué les céréales en  Ukraine» mais aussi sur l’éner gie avec les Européens. «Je  pense qu’il est sage de la part  des Européens de ne pas s’ex poser à ces stratégies, parce  que c’est l’un des éléments  de cette guerre hybride», a-t-il  ajouté. 

Emmanuel Macron avait déjà  vivement critiqué Moscou la veille, lors de sa visite au Cameroun, disant vouloir «tordre  le cou à beaucoup de contrevérités». 

Au même moment, Sergueï  Lavrov, a estimé de son côté en  Ouganda que la Russie n’était  pas responsable des «crises  de l’énergie et des denrées

alimentaires», dénonçant «une  campagne très bruyante autour  de cela». 

Les livraisons de gaz à l’Europe  via le gazoduc Nord Stream  ont, comme annoncé par  l’énergéticien russe Gazprom,  baissé mercredi à près de 20%  des capacités du gazoduc, selon les données de l’opérateur  allemand Gascade, renforçant  les risques de pénurie cet hi ver dans plusieurs pays européens. 

LAVROV MET L’AFRIQUE  EN GARDE CONTRE L’OCCI DENT : «ILS N’HESITERONT  PAS A FAIRE DE MEME A  TOUT AUTRE PAYS QUI LES  ENERVERAIT D’UNE MA NIERE OU D’UNE AUTRE» 

Le ministre russe des Affaires  étrangères a appelé mercredi à Addis Abeba, en Éthiopie,  les pays en développement,  notamment africains, à ne pas  soutenir un monde régi par les  États-Unis, les avertissant qu’ils  pourraient être les prochains à  subir les foudres américaines. 

«C’est à nous de décider si  nous voulons un monde où un  Occident (…) totalement inféo dé aux États-Unis (…) estime  qu’il a le droit de décider quand  et comment promouvoir ses  propres intérêts sans respecter  le droit international», a déclaré  Sergueï Lavrov. 

  1. Lavrov s’adressait à un par terre de diplomates majoritaire ment africains à l’ambassade  de Russie en Éthiopie, dernière  étape d’une mini-tournée afri caine qui l’a aussi conduit en  Égypte, au Congo-Brazzaville  et en Ouganda. 

Lors de son séjour d’une vingtaine d’heures à Addis Abeba,  siège de l’Union africaine (UA),  M. Lavrov s’est notamment en tretenu avec son homologue  éthiopien Demeke Mekonnen,  également vice-Premier ministre. Mais il n’a rencontré  aucun responsable de l’UA,  officiellement pour cause d’in compatibilité d’agendas. 

«L’Occident a créé un système  basé sur certains principes –  économie de marché, concurrence loyale, inviolabilité de la  propriété privée, présomption  d’innocence…: tous ces principes ont été jetés à l’égout  quand il s’est agi de faire ce  qui leur semblait nécessaire  pour punir la Russie», a expliqué Sergueï Lavrov. «Et je n’ai  pas le moindre doute que si besoin est, ils n’hésiteront pas à  faire de même à tout autre pays  qui (…) les énerverait d’une  manière ou d’une autre», a-t-il  ajouté. 

Selon le chef de la diplomatie  russe, «nous traversons une  période historique très impor tante. Une période où nous déciderons tous dans quel univers  nous allons vivre, pour nos en fants et nos petits-enfants: un  univers basé sur la charte des  Nations unies (…) ou un monde  où domine le droit basé sur la  force, la loi du plus fort». 

Il a nié que la Russie, du fait  de son intervention en Ukraine,  

soit responsable de l’actuelle  flambée des prix alimentaires  et de l’énergie, durement res sentie en Afrique, invoquant  notamment la pandémie de Co vid-19 et les politiques de tran sition énergétiques aux États Unis et en Europe.»Oui, la  situation en Ukraine a un effet  additionnel négatif sur les mar chés alimentaires. Mais pas  en raison de ‘l’opération spé ciale russe en Ukraine’, plutôt  à cause de la réaction absolu ment inadéquate de l’Occident  qui a annoncé des sanctions et  a déstabilisé la disponibilité de  la nourriture sur les marchés»,  a-t-il martelé. 

LE VRAI VISAGE DU NEOCO LONIALISME FRANÇAIS : FRANCAFRIQUE, L’EMPIRE  QUI NE VEUT PAS MOURIR  

Un ouvrage collectif retrace  

quatre-vingts ans d’histoire des  relations franco-africaines et  démontre que la « Françafrique  » est un système de domination  bien vivant, malgré ses mutations. Un rappel salutaire au  moment où Macron ment sans  vergogne. 

* L’Empire qui ne veut pas mou rir – 

Une histoire de la Françafrique Thomas Borrel, Amzat Bouka ri-Yabara, Benoît Collombat,  Thomas Deltombe 

« Foutez-moi la paix avec vos  nègres » (de Gaulle à Foccart) 

LA NOUVELLE HISTOIRE DE  LA FRANCAFRIQUE 

A Paris comme à Yaounde, on  entend de toute part le même 

refrain : « La Françafrique est  morte et enterrée ! « Pourtant,  de Ouagadougou à Libreville,  de Dakar à Yaoundé, de Ba 

mako à Abidjan, la jeunesse se  révolte contre ce qu’elle perçoit  comme une mainmise française sur son destin. Quinze  ans après la Seconde Guerre  mondiale, la France a officiel lement octroyé l’indépendance  à ses anciennes colonies africaines. 

Une liberté en trompe l’oeil.  

EN REALITE, PARIS A PER PETUE L’EMPIRE FRANÇAIS  SOUS UNE AUTRE FORME :  LA FRANÇAFRIQUE.  

Un système où se mêlent des  mécanismes officiels, assumés, revendiqués (militaires,  monétaires, diplomatiques,  culturels…), et des logiques de  l’ombre, officieuses, souvent  criminelles. Un système érigé  contre les intérêts des peuples,  avec l’assentiment d’une partie  des élites africaines et qui pro 

fite toujours aux autocrates africains « amis de la France «. Un système que tous les présidents français ont laissé  prospérer, Macron comme les  

autres, en dépit des promesses  de « rupture «. Exceptionnel  par son ampleur, inédit par  son contenu, cet ouvrage re 

trace cette histoire méconnue,  depuis les origines coloniales  de la Françafrique jusqu’à ses  évolutions les plus récentes.  Rédigées par des spécialistes  reconnus – chercheurs, journalistes ou militants associatifs -,  les contributions rassemblées  dans ce livre montrent que le  système françafricain, loin de  se déliter, ne cesse de s’adap ter pour perdurer. 

« FRANÇAFRIQUE : L’EM PIRE CONTRE-ATTAQUE »⠀ ⠀ 

« Combien de pages faut-il  pour convaincre un pays de se  regarder en face ? Avec la parution ce jeudi 7 octobre de «  L’empire qui ne veut pas mourir.  Une histoire de la Françafrique  » (Seuil), on tient une réponse :⠀ 

C’est beaucoup » dit Media part. « Ce n’est pas trop. Il faut  bien 1 008 pages pour documenter pour la première fois  de manière aussi complète le  système de domination et de  prédation qu’on appelle « Françafrique », sa genèse, l’étendue de ses crimes, ses instruments, ses cerveaux et ses  petites mains, ses dissimulations et ses formes contemporaines. Il faut bien s’y mettre à  vingt-six (le nombre de contributeurs de l’ouvrage) pour tirer  les conséquences déplaisantes  de cet examen historique : la  France n’a pas cessé d’être un  empire.⠀ 

Le hasard est parfois facétieux :  « L’empire qui ne veut pas mourir » sort la veille du « Nouveau  Sommet Afrique-France » organisé par la présidence française  pour « réinventer la relation »  entre la France et le continent.  Une contre-programmation au dacieuse mais involontaire. La  date du sommet, initialement  prévu du 8 au 10 juillet, est venue se caler fortuitement sur  celle de la publication du livre  après un report pour cause de  situation sanitaire ».⠀ 

«Sa lecture devrait en tout cas  suffire à pulvériser l’exercice de  communication présidentielle –  on ne solde pas quatre-vingts  ans d’ingérences, de crimes et  de prédation par un « dialogue  » longuement préparé avec dix « jeunes » que l’on a soi-même  choisis, si méritants soient-ils»  . »⠀ ⠀ 

« UN MORT BIEN VIVANT » 

Les coordonnateurs du livre en  conviennent en introduction : le  mot « Françafrique (respective ment historien, porte-parole de  l’association Survie, journaliste)  est un peu défraîchi, assimilé  avec méfiance au monde mi litant qui l’a popularisé, pointé  pour ses supposées outrances. 

Pour beaucoup, il évoque un  homme – Jacques Foccart, «  monsieur Afrique » des pré sidents de Gaulle et Pompi dou –, des méthodes et une  époque que certains disent «  révolus ». Mais on sait bien sur  Afrique Média que Le Drian,  le M. Afrique de Hollande et  Macron, est la copie-carbonne  de Foccart ! Pourtant Foccart  est mort en 1997 et pas un  président français depuis n’a  cessé de clamer la « fin » de la  

Françafrique. N’a-t-on d’ailleurs  pas renommé depuis 2005 les  sommets « France-Afrique » en  sommets « Afrique-France » ? 

Pourtant, « il ne suffit pas de  décréter la “fin” de la Fran çafrique pour que s’évapore  cet encombrant héritage », re lèvent les auteurs. Si Foccart  est bien mort, le système qui l’a  produit (et qu’il a perfectionné  en retour) lui a survécu. 

Mais de quel système parle-t on exactement ? Constatant  que le mot « Françafrique » est  souvent brandi mais rarement  défini, les quatre coordonna teurs du livre en proposent  une définition. La Françafrique,  postulent-ils, est « un système  de domination fondé sur une  alliance stratégique et asy métrique entre une partie des  élites françaises et une partie  de leurs homologues africaines  », qui permet « à ces élites  franco-africaines de s’appro prier et de se partager des res sources, économiques, mais  

aussi politiques, culturelles et  symboliques, au détriment des  peuples africains ». 

LES GRANDES ETAPES DE  LA FRANCAFRIQUE 

1- CHARLES DE GAULLE ET  FOCCART : 

La définition est large mais  prend sens dès lors qu’on entre  dans la partie historique du livre  (qui débute en 1940). La Fran 

çafrique, réussissent à démon trer les auteurs, est en réalité  le nom que l’on peut donner à  un tour de force (et de passe passe) : elle désigne la manière  dont les classes dirigeantes  françaises ont réussi à garder  la main sur les ressources du  continent africain malgré les in dépendances. 

Deux copieuses parties histo riques reviennent sur ces « in dépendances piégées », soit la  manière dont les représentants  de l’État français se sont peu à 

peu résolus à l’idée d’octroyer  une indépendance « formelle »  à leurs anciennes colonies pour  mieux perpétuer un « impérialisme informel ». Une stratégie  résumée en 1959 par de Gaulle  : « Nous avons grand avantage  à passer le témoin à des responsables locaux, avant qu’on  nous arrache la main pour nous  le prendre. » 

Des responsables locaux dû ment choisis pour leur loyau té vis-à-vis de la France. Au  Cameroun, les nationalistes  de l’Union des populations  du Cameroun sont combattus  par la surveillance, l’infiltra tion, le harcèlement judiciaire,  avant d’être internés dans des  camps, torturés et assassinés –  jetés du haut des chutes d’eau  du pays bamiléké ou fusillés.  En Guinée, la France émet de  la fausse monnaie pour ruiner  le pays et ainsi sanctionner le  régime de Sékou Touré, qui a  osé prendre son indépendance  dès 1958. 

– LE « TEMPS DE LA RECON QUETE », ENFIN, S’OUVRE  EN 2010 : RECONQUETE DES  CŒURS ET DES ESPRITS,  RECONQUETE MILITAIRE  MAIS AUSSI RECONQUETE  DE PARTS DE MARCHE. 

Suivent trois autres parties his toriques, sur la « folie des gran deurs » des présidences Pom pidou et Giscard d’Estaing – où  

le système françafricain s’épa nouit dans ses aspects les plus  grossiers, des parties de chasse  de VGE aux sinistres aventures  des mercenaires français –, la  « fausse alternance » des an nées Mitterrand et le retour à  une « Françafrique décom plexée » sous les mandats de  Jacques Chirac et Nicolas Sar kozy. 

Le « temps de la reconquête  », enfin, s’ouvre en 2010 : re conquête des cœurs et des  esprits dans un contexte de dé fiance renouvelée des opinions  africaines face à la politique  française et de concurrences  

(chinoise, turque, russe…), re conquête militaire avec les opé rations extérieures en Centra frique et au Sahel, mais aussi  

reconquête de parts de marché,  avec la « diplomatie économique » impulsée par Laurent  Fabius et mise au service des  champions de la « Françafrique  entrepreneuriale » – Vincent  Bolloré a l’honneur d’un chapitre à son nom. Vincent Bolloré avec le président guinéen,  Alpha Condé, lors de l’inauguration du service de transport  ferroviaire Blueline.  

Tout au long de cette progression, les auteurs s’attellent à  raconter aussi bien les « mécanismes occultes, souvent il légaux, parfois criminels » du  système françafricain – cor ruption, financements illégaux,  fraudes électorales, coups 

d’État, assassinats – que ses  mécanismes officiels, visibles  et assumés par les États, dont  on a tendance à oublier de s’in 

digner, de l’encadrement mo nétaire par le franc CFA à la  présence continue de bases  militaires. 

3- CRAPULERIES D’ANTAN  ET D’AUJOURD’HUI 

On l’a dit : ces 1 008 pages ne  sont pas de trop. L’empire qui  ne veut pas mourir est un pavé  bien tassé, mais la somme est  justifiée. D’abord, tout simple 

ment, parce qu’elle fait œuvre  de recension : mettant bout  à bout des travaux produits  à des époques et par des mi 

lieux divers (universitaire, journalistique, militant), digérant et  donnant sens à des milliers de  sources, et balisant ainsi ce qui  devrait être un champ d’études  en soi – étudié, discuté, docu menté, débattu, enrichi. 

La somme est justifiée, ensuite,  

parce qu’elle évite le risque ma jeur qui guettait ses auteurs et  autrices : devenir un catalogue.  Pourquoi et comment une par tie des élites africaines a-t-elle  contribué à détruire les espoirs  des indépendances ? D’où  écrit-on l’histoire ? Qu’est-ce  qui définit la « puissance » d’un  État ? Comment les échanges  avec le continent africain  transforment-ils, en retour, les  classes dirigeantes françaises  ? Les questions qui traversent  l’ouvrage lui donnent un sens et  une épaisseur qui en font bien  plus qu’un simple « dictionnaire  de la Françafrique ». 

Parcourir d’une traite quatre vingts années de relations  franco-africaines a une autre  vertu. En mettant côte à côte  pratiques des années 1950,  60 ou 70 et pratiques des an nées 2010, en racontant avec  le même ton (accessible sans  être simpliste) et la même ri gueur Omar Bongo et Ziad Ta kieddine, Pierre Messmer et  

Vincent Bolloré, Hubert Védrine  et Patrick Balkany, renverse ment de Bokassa en 1979, af faires d’hier (Elf, « biens mal  acquis »…) et d’aujourd’hui  (Sarkozy-Kadhafi), intrigues du  SDECE et de la DGSE, le livre  édité par le Seuil permet de se  rendre compte que rien, foncièrement, ne distingue crapuleries d’hier et d’aujourd’hui, si  ce n’est notre absence de recul  et une forme de naïveté vou lant que les sales coups appar tiennent forcément au passé. 

Un tel inventaire réfute l’idée  que crimes, corruptions et ré pressions ne seraient que des  « dérives » : leur constance fait  système. 

DECENTRAGES HISTO RIQUES 

Si les chapitres qui retiendront  le plus l’attention sont certaine ment ceux portant sur la période  contemporaine – « nouveauté  » oblige –, les parties histo-

riques sont tout aussi riches.  Certes, ces grandes lignes sont  connues de qui s’intéresse au  continent africain et à cette pé 

riode. Mais un méticuleux tra vail d’archives leur donne une  lumière nouvelle. 

Leurs auteurs ne font pas  que retrouver l’origine exacte  du mot « Françafrique » qui,  contrairement à une idée ré 

pandue, n’a pas été inventé  par Félix Houphouët-Boigny.  Ils mettent également en avant  le rôle central de François Mit 

terrand (et de sa relation avec  Houphouët-Boigny, justement),  proposent des découpages  chronologiques contre-intuitifs  mais éclairants (la partie sur  les « indépendances piégées »  débute non pas en 1960, année  où dix-sept États africains ac 

cèdent à l’indépendance, mais  en 1957) et rendent le tout par ticulièrement incarné grâce à  des verbatim hauts en couleur. 

On découvre un de Gaulle ordu rier et méprisant pour ses pairs  africains (« Foutez-moi la paix  

avec vos nègres », lance-t-il à  Foccart), un Mitterrand poète  raté (l’Afrique est un « fauve au  pelage déchiré par la lèpre et la  solitude ») et, globalement, un  boy’s club raciste, testostéro 

né et satisfait de lui-même. Le  portrait de groupe n’épargne  d’ailleurs pas la profession de  journaliste, dont un représentant (Pierre Biarnès, correspondant du Monde à Dakar  dans les années 1960-1970)  illustre jusqu’à l’absurde le pire  du métier : informateur pour les  renseignements français, ami  des autocrates, se répandant  en anecdotes salaces sur les  femmes africaines et louant les  proxénètes qui lui permettent  de « trouve[r] encore des putes  blanches ». 

– DERRIERE LES FAUSSES  « RUPTURES » 

On ressort de L’empire qui ne  voulait pas mourir avec des  questions mais aussi la force  que donne la connaissance his 

torique. Le temps long prémunit  contre les fausses nouveautés  

et les ruptures cosmétiques. 

Emmanuel Macron veut «  réinventer la relation » fran co-africaine et rompre avec les  pratiques du passé ? Nicolas  Sarkozy, François Hollande ou  encore Manuel Valls l’ont eux  aussi répété à l’envi en leur  temps – sans changement ma jeur. Il encourage en 2017 «  ceux qui en Afrique […] veulent  faire souffler le vent de la liberté  et de l’émancipation » ? Valéry Giscard d’Estaing vibrait en  1974 pour « la cause de la liberté et du droit des peuples,  je dis bien des peuples, à dis poser d’eux-mêmes ». Fran çois Mitterrand s’enflammait en  1981 pour la « non-ingérence »  et la « libre détermination des  peuples ». L’un terminera son  mandat par la calamiteuse af faire dite « des diamants » de  Bokassa, l’autre compromettra  la France avec le régime géno cidaire rwandais. 

Les craintes de la « Chinafrique  » succèdent à la crainte des «  Anglo-Saxons » dans les années 1950, des « communistes  » dans les années 1960-70,  des États-Unis dans les années  1990, des russes aujourd’hui. 

Les milieux militaires et diplo matiques français alertent sur la  « perte d’influence » française  face aux avancées chinoises,  russes ou turques sur le conti nent ? Les auteurs de L’empire  qui ne veut pas mourir rap pellent que dès le lendemain de  la Seconde Guerre mondiale, «  les difficultés que la France ren contre dans ses colonies sont  presque toujours imputées à  des “influences extérieures” » :  les craintes de la « Chinafrique  » succèdent à la crainte des «  Anglo-Saxons » dans les an nées 1950, des « communistes  » dans les années 1960-70,  des États-Unis dans les années  1990. 

On se satisfait de l’ambitieuse  politique française « d’aide au  développement » en direction  du continent ? La promesse de  « développement » était déjà  au cœur de la conférence de  Brazzaville, en 1944 – et les  

milliards envoyés vers les colo nies y étaient (déjà) largement  captés par des entreprises mé tropolitaines. 

– LA FRANCE REPETE  QU’AU SAHEL LES OPERA TIONS MILITAIRES DOIVENT  « S’AFRICANISER » (REPO SER DAVANTAGE SUR LES  ARMEES AFRICAINES) ? 

Le gouvernement Jospin faisait  de l’« africanisation » l’une des  clés de sa « nouvelle doctrine »  concernant les opérations extérieures… en 1997. 

Le nouveau « Nouveau Som met » Afrique-France a-t-il dé menti les pronostics, en étant  autre chose qu’une énième  promesse de rupture cachant  mal la persistance d’un impé rialisme français, certes mo dernisé ? L’intellectuel came rounais Achille Mbembe, qui a  participé à son organisation, a  mis de côté ses critiques du «  militarisme et du mercantilisme  » français pour organiser le «  dialogue » entre le président  français et les jeunesses afri 

caines, et contribuer à une «  politique des petits pas ». 

Les auteurs de L’empire qui ne  voulait pas mourir lui opposent  l’histoire : « Comment croire  pourtant que “dialogue” et “pe 

tits pas” permettront de mettre  fin à la Françafrique ? Ce sys tème évolutif n’a-t-il pas fait la  preuve, depuis des décennies,  de sa capacité à s’adapter aux  évolutions du monde et à digé rer les critiques pour mieux se  réinventer ? » 

Luc MICHEL (Люк МИШЕЛЬ) 

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