La martiniquaise ; Paulette Nardal, pionnière méconnue de la négritude
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La martiniquaise ; Paulette Nardal, pionnière méconnue de la négritude

Paulette Nardal, née le  au François en Martinique et morte le  à Fort-de-France, est une femme de lettres et journaliste française.

L’histoire a retenu les « pères » de la négritude, en oubliant le rôle essentiel de Paulette Nardal dans l’émergence de la pensée noire …
13 oct. 2024

Militante de la cause noire avec sa sœur Jeanne, elle est une des inspiratrices du courant littéraire de la négritude et la première femme noire à étudier à la Sorbonne.

Paulette Nardal naît au François en Martinique le 12 octobre 1896 dans une famille de la nouvelle bourgeoisie noire de l’île. Elle est la fille de Paul Nardal et de Louise Achille, une femme métisse institutrice, et la cousine germaine de l’intellectuel Louis-Thomas Achille.

Paulette (prononcé po-LET) est le diminutif féminin français de Pauline, prénom français/anglais/allemand, dérivé du latin Paulina, lui-même issu du nom de famille romain Paulus, signifiant « petit » ou « humble ». Le prénom masculin Paul provient du même cognat.

Paulette Nardal (1896-1985) est une femme de lettres et journaliste martiniquaise. Née dans une famille de la nouvelle bourgeoisie, elle est l’aînée de sept sœurs et la fille de Paul Nardal, premier ingénieur noir de la Martinique. Militante de la cause noire, elle est une des inspiratrices du courant littéraire de la négritude et la première femme noire à étudier à la Sorbonne. Dans son salon littéraire se croiseront des écrivains célèbres tels que Léopold Sédar Senghor (Sénégal), Aimé Césaire (Martinique), Jean Price-Mars (Haïti), Léon-Gontran Damas (Guyane), René Maran (Martinique), ainsi que des artistes et intellectuels afro-américains (Claude McKay entre autres) qui animent alors le mouvement Harlem Renaissanceà New York. Paulette Nardal fonde La Revue du monde noir qui cesse de paraître en 1932, mais d’autres sauront prendre le relais comme elle l’écrit :
Césaire et Senghor ont repris les idées que nous avons brandies et les ont exprimées avec beaucoup plus d’étincelles, nous n’étions que des femmes ! Nous avons balisé les pistes pour les hommes.

Elle est l’aînée de sept sœurs élevées dans une culture dite « latine » qui toutes ont fait de longues études, étudiant les humanités, l’histoire de l’art occidental et la musique, dont l’écrivaine et philosophe Jane Nardal.

Son père, Paul Nardal, est le premier Noir à décrocher une bourse pour l’École des arts et métiers à Paris, puis le premier ingénieur noir en travaux publics, actif pendant 45 années au Service colonial des Travaux publics. Il supervise les travaux du réservoir de l’Évêché, du pont Absalon à Fort-de-France ainsi qu’une partie de l’église de Ducos, partiellement détruite en 1903 par un cyclone. Enseignant en mathématiques et en physique, il forme plusieurs générations d’ingénieurs martiniquais. Il recevra les Palmes académiques et la Légion d’honneur et son nom est donné à une rue de la ville-préfecture. Sa grand-mère, Sidonie Nardal, était née esclave

Louise Achille, mère de Paulette, est née le  dans une famille de mulâtres. Elle est impliquée dans les sociétés mutualistes telles que la Société des Dames de Saint–Louis, qui vient en aide aux femmes de 18 à 50 ans et à leurs enfants, mais également en faveur des personnes âgées à l’asile des vieillards de Bethléem, ainsi qu’à l’Ouvroir, institution destinée à accueillir de jeunes orphelines désargentées ou encore à l’orphelinat de La Ruche

Paulette est âgée de six ans lors de l’éruption de la montagne Pelée en 1902 et l’anéantissement de Saint-Pierre, la capitale économique et culturelle de la Martinique.

Paulette Nardal devient institutrice avant de décider, à l’âge de 24 ans, de rejoindre la France métropolitaine pour poursuivre ses études de lettres.

LivresÉcrire le monde noir: premiers textes, 1928-1939, Beyond Negritude: Essays from Woman in the City

Écrivaine et journaliste martiniquaise, Paulette Nardal (1896-1985) oeuvre à faire de Paris une capitale intellectuelle des mondes noirs dans l’entre-deux-guerres. Avec ses soeurs, elle fait de leur « salon » de Clamart un lieu de rencontre culturel et artistique international où se discute et se débat la condition noire.

Ce milieu bouillonnant d’idées, d’images et de mots, elle l’accueille aussi dans La Revue du Monde Noir, publication bilingue qu’elle fonde en 1931. Si Paulette Nardal est une fédératrice, elle est aussi une auteure majeure : Écrire le monde noir rassemble pour la toute première fois les articles, récits et nouvelles de sa période parisienne.

Après être devenue institutrice, elle part étudier à Paris. Elle est alors la première femme noire inscrite à La Sorbonne, où elle étudie l’anglais et consacre son mémoire de fin d’études à Harriet Beecher Stowe, abolitionniste convaincue et auteure de La case de l’Oncle Tom.

En arrivant dans ce Paris où René Maran est en 1921 le 1er auteur noir à recevoir le prix Goncourt et où bientôt Joséphine Baker va électriser la capitale, elle se dit « heureuse et fière de voir comment les Occidentaux, les Parisiens, les Français pouvaient vibrer devant ces productions noires ». Avec ses sœurs Jane et Anne, elle anime un salon littéraire au 7 rue Hébert à Clamart, dans le sud de Paris, pour promouvoir l’«internationalisme noir».

Toute la diaspora afro-descendante passant par Paris s’y croise : des Français issus de Guadeloupe, Guyane et Martinique comme Félix Eboué, René Maran, René Ménil ou Louis-Thomas Achille (son cousin), des Africains issus des nouvelles colonies françaises comme Léopold Sédar Senghor, et des Africains-Américains comme Langston Hughes et Claude Mac Kay dont Paulette Nardal parle la langue et avec qui elle correspond.

En 1931, après avoir donné une dizaine de papiers au périodique parisien La Dépêche Africaine, l’organe du Comité de Défense des Intérêts de la Race Noire (CDIRN), elle crée avec le médecin d’origine haïtienne Léo Sajous « La Revue du monde noir », une revue bilingue français / anglais qui est le prolongement naturel de son salon, et qui ouvre ses colonnes à la Harlem Renaissance autant qu’aux premiers textes d’auteurs venus des colonies. En six numéros, la revue propose des poèmes, des revues de presse, des articles d’actualité et réflexions sur la place des Noirs dans le monde et dans la société coloniale, dont les textes de Paulette elle-même où elle évoque l’importance de redonner aux Noirs leur fierté ou l’expérience des femmes noires en hexagone.

En 1935, elle se mobilise contre l’invasion de l’Ethiopie par l’Italie. La même année, elle est la seule femme à signer un article dans L’Etudiant Noir, aux côtés des jeunes Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor, alors en pleine invention du concept de Négritude. Théoricienne pionnière d’une conscience noire française, elle sera pourtant effacée de l’histoire du mouvement, même si ses fondateurs lui rendirent quelques hommages discrets – Césaire en faisant apposer son nom sur une place de Fort-de-France, Senghor qui écrira « Elle nous conseillait dans notre combat pour la résurrection de la négritude ».

Revenue en Martinique pendant la 2ème guerre mondiale, après avoir été gravement blessée en tentant de franchir l’Atlantique, elle s’engagera en politique à la Libération, lorsque les femmes obtiendront le droit de vote.
Militante au sein du Rassemblement féminin, elle incite les femmes martiniquaises à user de leurs droits de vote, tout en animant le journal qu’elle a créé, La femme dans la cité.
Après avoir passé 18 mois aux Nations-Unies à New-York, où elle représentera les Antilles à la fin des années 1940, elle se consacrera à la promotion de la musique, sur laquelle elle a toujours beaucoup écrit, dans la ligne de WEB DuBois, en animant une chorale et en popularisant l’art des Negro Spirituals en Martinique. Elle disparaît à 89 ans, en 16 février 1985, après avoir traversé tout le siècle en femme libre et engagée. 

Redécouverte dans les années 2000, elle est désormais réhabilitée comme une figure majeure de la pensée « noire » française, et comme une passeuse essentielle au sein de la diaspora afro-descendante, celle qui a relié la Harlem Renaissance et la Négritude.

Parlant d’elle et de ses sœurs, Maryse Condé a écrit : « Elles ont voulu être des intellectuelles. C’était en fait un domaine réservé aux hommes. Alors on ne leur permettait pas d’entrer dans ce terrain qui les fascinait ».

Une place au nom de Paulette et Jane Nardal a été inaugurée à Paris en 2019. La grande cantatrice Christiane Eda-Pierre, disparue en 2020, était sa nièce.

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Livres
Écrire le monde noir: premiers textes, 1928-1939, Beyond Negritude: Essays from Woman in the City
Paulette Nardal, l’architecte oubliée de la négritude

Samedi 31 août, la ville de Paris a honoré les sœurs Paulette et Jane Nardal en donnant leurs noms à une rue du XIVème arrondissement.

Paulette Nardal est très instruite et a de qui tenir : son arbre généalogique est ponctué de noms importants dans l’histoire de la Martinique. Son père, Paul, premier ingénieur noir de l’île, a participé à la construction de la ville de Saint-Pierre. Avec son épouse, Louise Achille, pianiste accomplie, ils reçoivent dans leur maison du François, de nombreuses personnalités.

Les parents Nardal, Louise et Paul.
Les parents Nardal, Louise et Paul.

De la Martinique encore très rurale, couverte de champs de cannes à sucre où triment de nombreux ouvriers noirs sous le joug de propriétaires blancs, les sœurs Nardal débarquent dans un Paris rêvé, conté par leurs parents : « Nous avons été élevées dans l’admiration de toutes les oeuvres produites par les Occidentaux« , raconte Paulette Nardal dans ses mémoires*. Mais surtout un Paris bouillonnant où évoluent Joséphine Baker ou encore James Baldwin, en miroir du mouvement américain Harlem Renaissance. « Inutile de vous dire à quel point j’ai été heureuse et fière de voir comment les Parisiens, les Français, pouvaient vibrer devant ces productions noires !« Dans la lignée de leurs parents, les sœurs Nardal montent alors un salon littéraire dans leur appartement de Clamart. L’objectif est la « promotion d’un internationalisme noir« , souligne Catherine Marceline, avocate au barreau de Fort-de-France et militante pour l’entrée de Paulette Nardal au Panthéon. « Elles ont l’idée de créer une revue pour échanger mais il y a déjà des prémices de revendications politiques« .La revue du monde noirAinsi naît en 1931 La Revue du Monde Noir, éphémère parution de six numéros. On y trouve des poèmes, des revues de presse, des articles d’actualité et des réflexions sur la place des Noirs dans le monde, particulièrement dans la société coloniale. Les sœurs Nardal sortent de l’admiration des Occidentaux et appellent dans le manifeste à un « réveil des intellectuels« . »Cette revue, ce mouvement, c’est une chose qui devait arriver« , explique Paulette Nardal, et « elle est arrivée « comme ça », comme une éclosion brusque« . Brusque, mais fondatrice, notait Louis Thomas Achille, professeur agrégé et cousin des sœurs Nardal, en préface d’une compilation des numéros de la revue à laquelle il a participé.

« Ces sœurs antillaises francophones surent offrir l’occasion de s’exprimer librement aux écrivains issus de ces îles et surtout à ceux des États-Unis, connaissant peu le français. Démultipliant ainsi auprès des Haïtiens et des Africains, peu entraînés à parler l’anglais, les valeurs révolutionnaires que leur livrait la lecture des poèmes, essais et romans américains. »

Il souligne « l’apport spécifique de cette revue éphémère à une longue série d’initiatives politiques et culturelles pour secouer le joug colonial, bâtir une véritable identité nègre et alerter l’opinion publique métropolitaine, qui ne connaissait guère que les aspects les plus flatteurs de la colonisation, comme la spectaculaire Exposition Coloniale de Vincennes en 1931.

Jean Moliere

« Consultez l’intégrale des Revues du Monde Noir 

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