18 août 2022
Paris - France
EUROPE

Kemi Badenoch, la Britannique d’origine nigériane qui veut succéder à Boris Johnson

Elle figure parmi les candidats toujours en lice pour prendre la tête du Parti conservateur.

Les votes s’enchaînent chez les conservateurs britanniques et Kemi Badenoch demeure dans la course à la succession de Boris Johnson qui devrait connaître son épilogue le 5 septembre 2022 (lien en anglais*). L’ancienne ministre de l’Egalité figure parmi la soixantaine de responsables politiques dont la démission a conduit à celle de l’ex-Premier ministre britannique.

Kemi Badenoch, 42 ans, compte « dire la vérité » pour « aider » ses concitoyens. Dans sa tribune dans The Times, où elle explique sa candidature, la députée du Saffron Walden (comté d’Essex, dans l’est du pays) préconise la mise en place d’un « gouvernement réduit qui se concentre sur l’essentiel ». En outre, elle souhaite « réduire les impôts des entreprises et des particuliers » mais ne compte pas se lancer dans une surenchère fiscale sur le thème « mes réductions d’impôts sont plus importantes que les vôtres ». Mariée à Hamish Badenoch et mère de trois enfants dont elle se dit soucieuse du bien-être futur, Kemi Badenoch estime qu’elle est « la candidate de l’avenir ». Et face à l’urgence climatique, elle « croit » en la réduction des émissions de carbone mais pas au point de causer « la faillite » du Royaume-Uni « pour y parvenir »

 

Kemi Badenoch, qui a rejoint les Tories en 2005 à l’âge de 25 ans, est décrite aujourd’hui par The Guardian comme « une étoile montante » du parti conservateur. Olukemi Olufunto Badenoch, née Adegoke, a vu le jour en janvier 1980 à Wimbledon, à Londres. Ses deux parents, médecins, sont originaires du Nigeria et c’est dans ce pays qu’elle a grandi, avant de rejoindre la Grande-Bretagne à l’âge de 16 ans après un passage aux Etats-Unis. Ingénieure de formation, un profil qu’elle met aujourd’hui en avant pour expliquer pourquoi elle est apte à « réparer » son pays, Kemi Badenoch a occupé plusieurs postes au sein du Parti conservateur, avant de devenir députée du Saffron Walden en 2017. Ses concitoyens lui ont renouvelé leur confiance deux ans plus tard.

Critique mais fière du Nigeria

Dans sa première intervention au Parlement en 2017, la jeune femme revenait sur son parcours dans un discours à la fois ferme et plein d’humour. Kemi Badenoch, qui revendique régulièrement ses origines africaines et nigérianes rappelait déjà qu’elle « (avait) choisi » la Grande-Bretagne, un pays où « le rêve britannique » qu’elle incarne est possible. A savoir devenir parlementaire en « une génération ». « C’est un pays où une jeune fille du Nigeria peut s’installer à l’âge de 16 ans et être acceptée comme Britannique et avoir le grand honneur de représenter Saffron Walden », se réjouissait-elle alors. Kemi Badenoch y expliquait aussi pourquoi elle avait adhéré au Parti conservateur. « Je pense que l’Etat doit fournir une sécurité sociale, mais il doit également fournir aux gens un moyen de se sortir de la pauvreté. En tant que femme d’origine africaine, je pense également que l’Afrique a beaucoup à nous apprendre ».

Son autre pays, le Nigeria, figure parmi les multiples raisons qui ont motivé son engagement politique. Elle le soulignait encore récemment en officialisant sa candidature au poste de Premier ministre. « Je suis ambitieuse pour notre parti et notre pays. J’ai choisi de devenir une députée conservatrice pour servir et j’ai choisi ce pays parce qu’ici, je peux être libre et je peux être tout ce que je voulais être. J’ai grandi au Nigeria et j’ai vu de mes propres yeux ce qu’il se passait quand les politiciens ne sont là que pour eux-mêmes ».

 

 

(Une balle perdue de la campagne de Kemi Badenoch pour devenir Premier ministre du Royaume-Uni frappe le Nigeria)

Ce n’est pas la première fois qu’elle est critique vis-à-vis du Nigeria où elle dit avoir expérimenté la pauvreté. En 2017, elle confiait ainsi qu’elle avait été obligée de faire ses devoirs à la lueur des bougies ou d’aller chercher de l’eau parce que les entreprises nationales censées fournir ces services de base en étaient incapables. Ce qui n’empêche pas Kemi Badenoch de souligner que le Nigeria demeure « un grand pays », confronté à des difficultés.

Epinglée sur la défense des minorités

Ses origines nigérianes font d’ailleurs partie de l’arsenal de défense de la parlementaire conservatrice qui est souvent taclée, notamment par le Parti travailliste, sur son approche des problématiques raciales. Si elle admet avoir été victime de discrimination et qu’il y a du racisme dans le pays, Kemi Badenoch considère qu’il faut lancer « une conversation positive » qui s’appuie sur « des faits et des évidences » pour éviter de « diviser » davantage le Royaume-Uni autour de ces questions« Aucun premier ministre, noir ou blanc, ne peut s’attaquer efficacement à l’inégalité raciale systémique et persistante si son existence même est fondamentalement niée », lui opposait récemment, dans les colonnes du Guardian, Simon Wooley, un activiste britannique à l’origine d’Operation Black Vote, une structure qui milite pour l’égalité raciale au Royaume-Uni.

Dans une récente interview, où Kemi Badenoch répondait à une autre attaque sur le sujet, la parlementaire a rétorqué qu’elle « (n’avait) pas besoin que des personnes dont l’unique expérience (en tant que noir se résume à) être une minorité ethnique au Royaume-Uni » lui fassent la leçon.

En en tant que ministre de l’Egalité, elle a été aussi « critiquée par les membres du comité consultatif LGBT+ du gouvernement pour les retards dans l’interdiction des ‘thérapies de conversion‘ « , rapporte l’AFP. 

A l’instar d’autres observateurs politiques, The Guardian estime « peu probable que Kemi Badenoch devienne le prochain Premier ministre ». Toutefois, compte tenu de ses résultats aux différents scrutins et donc de ses soutiens, elle est en bonne voie de « s’assurer un poste de premier plan sous la direction du gagnant ». Pour l’heure, Kemi Badenoch continue d’engranger des points. Elle se serait distinguée lors des débats organisés par les Tories, les 15 et 17 juillet, selon plusieurs analystes politiques. Contrairement au parti dont l’image semble avoir été ternie par les vifs échanges des prétendants à sa direction. Kemi Badenoch et ses adversaires − la secrétaire d’Etat au Commerce international Penny Mordaunt, l’ex-ministre des Finances Rishi Sunak, la cheffe de la diplomatie Liz Truss et le député Tom Tugendhat − seront de nouveau départagés par des scrutins à compter du 18 juillet 2022. Les deux finalistes de la compétition, dont la diversité des candidats est inédite, seront connus le 21 juillet.  

AFP

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