juillet 1, 2026 by CONTIENENT MEDIA

« Je ne veux pas mourir ici »: l’Afrique du Sud en proie à une montée des violences contre les immigrés

En Afrique du Sud, journée à risque en pleine campagne contre les immigrés.

En ce 30 juin, date d’un ultimatum fixé en dehors de tout cadre légal par des groupes citoyens très structurés pour intimer aux étrangers sans papiers l’ordre de quitter le pays, la police est déployée en masse en Afrique du Sud pour parer à d’éventuelles violences.

Accusés de voler emplois et aides publiques, des étrangers venus de pays voisins sont pris pour cible dans plusieurs villes d’Afrique du Sud. Alors que Pretoria tente d’enrayer une crise qui ne cesse de s’aggraver, plusieurs gouvernements africains lancent des opérations de rapatriement.

En Afrique du Sud, la montée des violences contre les immigrés fait craindre une énième crise xénophobe. À Durban, des milliers d’étrangers ont trouvé refuge devant des bâtiments publics, dans des églises ou dans des camps de fortune, par crainte d’être attaqués. Même si leur présence sur le territoire est légale, beaucoup disent ne plus se sentir ici en sécurité. Ide Juma, un réfugié mozambicain installé depuis dix ans dans le pays, raconte au Wall Street Journal, dimanche 28 juin, avoir été agressé par des membres d’un groupe anti-immigration. « Nous avons des papiers. Pourquoi ne nous traitent-ils pas comme des êtres humains ? », demande-t-il.

Le mouvement March & March est accusé de mener une campagne d’intimidation contre eux. Ses militants reprochent à ces ressortissants d’autres pays du continent de voler les emplois et les aides publiques destinés aux Sud-Africains, et plus largement de s’accaparer les ressources de la nation arc-en-ciel. Le groupe a fixé au 30 juin un ultimatum, date limite à laquelle les étrangers en situation irrégulière doivent avoir quitté le pays.

Plusieurs États africains rapatrient leurs citoyens

Pretoria annonce que ces violences ont déjà fait plusieurs morts, dont deux ressortissants mozambicains. Le président Cyril Ramaphosa reconnaît que certains habitants imputent le taux de chômage de plus de 40%, de la criminalité ou des difficultés des services publics aux étrangers, mais désapprouve leur analyse.

« Les racines de ces défis résident principalement dans les inégalités, la lenteur de la croissance économique et les lacunes dans la prestation des services. Relever ces défis exige des solutions concrètes, et non de faire de personnes vulnérables des boucs émissaires », a-t-il fait savoir lors d’une allocution télévisée, le 16 juin dernier.

Par peur de représailles, de nombreux migrants mettent les voiles. Le Nigeria, le Ghana, le Malawi ou encore le Mozambique continuent d’affréter des vols ou d’envoyer des convois pour les rapatrier dans leur pays d’origine. Plus des trois quarts des Ghanéens rapatriés avaient dépassé la durée de validité de leur visa et les 854 Nigérians concernés résidaient tous illégalement en Afrique du Sud.

Des discriminations au sein des services publics

Dans les camps improvisés de Durban, des familles entières attendent leur départ avec, en main, quelques valises seulement. Des manifestants anti-immigration en ont dépossédé d’autres de leurs affaires. Une employée de maison malawite explique avoir fui avec ses enfants après avoir reçu un avertissement. « Vous devez partir maintenant », lui ont lancé des habitants. « Je ne veux pas mourir ici », confie-t-elle.

D’autres témoignages décrivent des discriminations même au sein des services publics. Jeanne Nduwimana, une demandeuse d’asile burundaise, affirme avoir été agressée au couteau par plusieurs personnes et avoir été mal accueillie à son arrivée à l’hôpital. Une infirmière lui aurait lancé : « Ce n’est pas votre pays. Ce n’est pas votre hôpital. » Trois mois plus tard, elle n’ose toujours pas retourner se faire soigner. « Ils ont dit que s’ils me revoyaient, ils me tueraient. Je n’avais rien fait », raconte-t-elle.

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