Les violences sexuelles systématiques « sèment la terreur » à Port-au-Prince selon Médecins Sans Frontières.
« Ce qui me retient en vie, ce qui m’empêche de baisser les bras, ce sont mes enfants. Il m’arrive parfois d’avoir envie de mettre fin à mes jours.. », confie R. , 35 ans. Comme de nombreuses victime, elle fait partie des personnes déplacées internes, victimes de viols et d’agressions sexuelles, souvent perpétrés par des membres de gangs armés.
L’intensification des violences armées dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince s’est accompagnée d’une recrudescence des violences basées sur le genre, ciblant principalement les femmes. Face à cette urgence, l’Organisation Panaméricaine de la Santé et de l’Organisation Mondiale de la Santé (OPS/OMS) soutiennent le Ministère de la Santé Publique en collaboration avec des partenaires locaux, pour répondre aux besoins croissants des victimes…
Médecin Sans Frontière (MSF) révèle dans un rapport de janvier 2026, que dans la capitale Port-au-Prince, les violences sexuelles ont connu une recrudescence alarmante depuis 2021 et sont désormais utilisées systématiquement pour semer la terreur parmi la population. Une situation d’autant plus dramatique qu’elle survient dans un contexte de détérioration des infrastructures, notamment sanitaires et des conditions de vie de la population
Le rapport de MSF « Violences sexuelles et sexistes à Port-au-Prince » s’appuie sur 10 ans de données médicales et témoignages collectés au sein de la clinique Pran Men’m, créée en 2015 et spécialisée dans la prise en charge des victimes de violences sexuelles. Sur cette période, l’établissement a fourni des soins médicaux et psychosociaux à près de 17,000 personnes, dont 98% de femmes et de filles.
« Depuis 2021, le nombre de victimes de violences sexuelles prises en charge par la clinique a presque triplé, passant d’une moyenne de 95 admissions mensuelles en 2021, à plus de 250 en 2025 » explique Diana Manilla Arroyo, Cheffe de mission de MSF en Haïti.
Les données de MSF montrent que les femmes et les filles sont prises pour cible à tout âge. Nombre d’entre elles ont été déplacées par les violences armées dans la ville, les rendant plus vulnérables aux violences sexuelles. Près de 20% des personnes prises en charge à Pran Men’m ont été agressées à plusieurs reprises.
Les témoignages recueillis à Pran Men’m font état d’agressions de plus en plus brutales. Depuis 2022, 57 % des patientes ont déclaré avoir été agressées par des membres de groupes armés, souvent dans le cadre de viols collectifs. Plus de cent victimes de violences sexuelles ont déclaré avoir été agressées par au moins dix violeurs ou plus lors de ces agressions collectives.
Le rapport met en évidence des insuffisances persistantes en matière de disponibilité des services nécessaires à la prise en charge des victimes de violences sexuelles. MSF est souvent dans l’incapacité de les orienter vers des services pourtant essentiels, tels que des refuges ou un soutien financier.
La peur de la stigmatisation, les difficultés financières, l’insécurité et le manque d’accès à l’information entravent l’accès aux soins des victimes de violences sexuelles. Depuis 2022, seul un tiers d’entre elles sont arrivées à la clinique de Pran Men’m dans les trois jours suivant leur agression, délai pendant lequel il est possible de prévenir la transmission du VIH et 59 % des patientes n’ont pas pu se présenter dans les cinq jours, et donc se prémunir d’une grossesse non désirée.
« Nous demandons une augmentation durable des financements des services de prise en charge, afin de garantir un accès gratuit à des soins médicaux et psychosociaux complets aux survivantes de violences sexuelles. Nous appelons également à la reconnaissance sans équivoque du caractère généralisé des violences sexuelles et de leur utilisation délibérée par des groupes armés comme outil de contrôle et de soumission des femmes et des filles », conclut Diana Manilla Arroyo.
Jean Moliere /Source MSF
