Esclavage : 25 ans après la loi Taubira, Emmanuel Macron prend soin de ne surtout s’engager à rien
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Esclavage : 25 ans après la loi Taubira, Emmanuel Macron prend soin de ne surtout s’engager à rien

Emmanuel Macron a évoqué, lors d’une cérémonie à l’Élysée jeudi, la question des réparations liées à l’esclavage et à la traite, une première pour un chef de l’État français. Mais il a déçu celles et ceux qui espéraient des annonces concrètes.
EmmanuelEmmanuel Macron était attendu au tournant, pour ce qui devait être son dernier grand discours sur les mémoires de l’esclavage d’ici à son départ de l’Élysée. Il allait, afin de marquer les esprits, se saisir de l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, ce texte pionnier promulgué le 21 mai 2001 qui reconnaît l’esclavage et la traite comme des crimes contre l’humanité.
Un an avant son départ de l’Élysée, Emmanuel Macron devait tenir là son dernier grand discours sur la mémoire de l’esclavage. Mais les paroles n’ont pas été à la hauteur des attentes, et une pique lancée par Christiane Taubira, qui a donné son nom à une loi pionnière reconnaissant l’esclavage et la traite comme des crimes contre l’humanité en mai 2001, est venue contrarier les plans présidentiels.

Le député Max Mathiasin veut (enfin) mettre fin au Code noir, la pression est maximale sur Emmanuel Macron

Jeudi soir, le chef de l’État a pris la parole pendant près d’une demi-heure dans un salon de l’Élysée, sans faire d’annonce majeure. Tout juste s’est-il prononcé en faveur de l’abrogation du Code noir, cet ensemble de lois qui régissait la vie des esclaves et qui n’a jamais disparu, malgré l’abolition de l’esclavage en 1848. « Le silence, voire l’indifférence que nous maintenons depuis près de deux siècles à l’égard de ce Code noir n’est pas un oubli, il est devenu une forme d’offense », a-t-il déclaré.
Au-delà de ce sujet, qui fait consensus puisqu’aucun responsable politique ne défend aujourd’hui le maintien de ce texte, Emmanuel Macron n’a rien formulé de très concret. Comme le relève Mediapart, il n’a pas demandé pardon au nom de la France, comme d’autres dirigeants européens l’ont fait, notamment aux Pays-Bas. En 2022, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte avait présenté des excuses « à titre posthume à tous les esclaves du monde entier qui ont souffert ».

Emmanuel Macron n’a pas non plus annoncé d’éventuelles réparations à Haïti, sujet pourtant crucial tant l’île a longtemps été étranglée par sa « double dette ». En échange de son indépendance en 1804, Haïti a dû verser plusieurs centaines de millions d’euros à la France. Une somme colossale, présentée comme « des indemnités compensatoires » qui ont ruiné le petit pays. Une commission d’experts a bien été lancée l’an dernier pour travailler sur le sujet, mais son rapport ne devrait pas être rendu avant le début de l’année 2027. Soit à quelques semaines du départ d’Emmanuel Macron de l’Élysée.

L’abstention « misérable » de la France dénoncée par Taubira
Surtout, le président a cherché dans son discours à justifier la position de la France, qui s’est abstenue au sujet d’une résolution présentée aux Nations unies en mars. Celle-ci décrit non seulement l’esclavage comme « le plus grave crime contre l’humanité », mais elle prévoit aussi des réparations de la part des anciennes puissances esclavagistes.

L’abstention de la France a été jugée très sévèrement par Christiane Taubira qui, dans une interview au Monde il y a quelques jours, la qualifiait de « misérable ». « La France, qui se vante partout d’avoir une grande loi unique reconnaissant le crime contre l’humanité, a choisi une position fourbe ». L’ex-Garde des Sceaux expliquait aussi ne « rien » attendre d’Emmanuel Macron.
Une critique de nouveau formulée jeudi soir. « La résolution de l’ONU a été votée par tous ces pays qui reconnaissent eux aussi l’inanité de la hiérarchie entre les crimes contre l’humanité. Ils savent qu’il n’est pas nécessaire de comparer pour convaincre, a déclaré Christiane Taubira. En rappelant les justifications doctrinales, raciales, racialistes et racistes, ils disent simplement, ils décrivent simplement l’histoire et la réalité ».

Piqué au vif, Emmanuel Macron a répondu qu’il s’agissait « d’une question sur laquelle il ne faut pas faire de fausses promesses » et dit son refus de « hiérarchiser les crimes contre l’humanité ».

« Emmanuel Macron ne va pas assez loin »
S’il accepte de parler de « réparations » (un mot jusque-là tabou pour les chefs d’État français), le locataire de l’Élysée s’accroche toutefois à des formules très abstraites, n’offrant pas de perspective tangible. « Nous devons accepter le fait que ce parcours de reconnaissance et de réparations n’a pas de point final. Nous devons sans cesse le recommencer », a-t-il par exemple exprimé. Selon lui, « nous devons avoir l’honnêteté de nous dire qu’on ne pourra jamais réparer ce crime totalement, parce que c’est impossible ».

À la sortie, plusieurs élus ultramarins ont expliqué être restés sur leur faim. « Je trouve qu’Emmanuel Macron ne va pas assez loin. Ce n’est pas à lui seul de dire “Voilà ce qu’on va faire”. Il faut qu’on se réunisse pour voir quelle forme peuvent prendre les réparations », a ainsi déploré le député de Guadeloupe Max Mathiasin, qui porte le texte sur l’abrogation du Code noir à l’Assemblée nationale. Un avis que partage le président de la collectivité de Guyane Gabriel Serville. « C’est le strict minimum du minimum », a-t-il affirmé.

Le chef de l’État a toutefois promis qu’un « travail scientifique international » serait mené en partenariat avec le Ghana pour « faire des recommandations très concrètes aux décideurs politiques ». Sans dire s’il s’agirait de recommandations sur d’éventuelles réparations. Là encore, le flou demeure.

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