Depuis des décennies, la Chine s’est engagée à reboiser, notamment dans le cadre du Programme de protection des forêts naturelles.
En transformant ses paysages à grande échelle, la Chine a aussi modifié la répartition de ses ressources hydriques. Une étude révèle un transfert inattendu de l’eau entre régions.
n vingt ans, la Chine a planté des arbres à une telle vitesse et à une telle échelle que cela a fini par modifier la circulation de l’eau à travers le pays. D’après une nouvelle étude publiée dans la revue Earth’s Future par six chercheurs chinois et un autre Hollandais, ces efforts, pour lutter contre la désertification et le changement climatique, ont eu des effets inattendus. Entre 2001 et 2020, la quantité d’eau douce disponible a diminué dans l’est, soumis à la moisson, et le nord-ouest aride du pays, des régions qui couvrent près des trois quarts du territoire. À l’inverse, cette précieuse source abonde désormais sur le plateau tibétain.
« Nous constatons que les changements dans la couverture du sol redistribuent l’eau », explique l’un des sept auteurs, Arie Staal, professeur adjoint en résilience des écosystèmes à l’université d’Utrecht aux Pays-Bas, dans un e-mail adressé au site Live Science. La politique massive de reverdissement de l’Empire du Milieu, notamment sur le plateau de Lœss, a restauré des écosystèmes, mais aussi a « réactivé le cycle de l’eau », confirme-t-il.
Planter pour reverdir… et transformer le climat local
Le phénomène repose sur un mécanisme bien connu des scientifiques. L’eau s’évapore des sols puis est ensuite rejetée dans l’atmosphère par la transpiration des plantes. C’est ce qu’on appelle l’évapotranspiration. « Les prairies comme les forêts ont tendance à augmenter l’évapotranspiration », précise Arie Staal. L’effet est encore plus marqué dans les forêts, car les arbres ont des racines profondes qui peuvent accéder à l’eau même pendant les périodes sèches.
Parmi les grands projets de reverdissement du pays, il y a l’emblématique Grande Muraille verte, lancée en 1978 dans le nord, pour freiner l’avancée des déserts. En cinquante ans, la couverture forestière est passée d’environ 10 % à plus de 25 % du territoire, une surface équivalente à celle de l’Algérie. D’autres programmes, comme Grain for Green et le programme de protection des forêts naturelles, tous deux lancés en 1999, ont aussi contribué à faire de la Chine l’un des principaux moteurs mondiaux de la reforestation. À eux seuls, ces efforts représentent un quart de l’augmentation mondiale de la surface foliaire observée depuis le début du siècle.
Une partie de l’eau se perd
Cette réussite écologique a toutefois un coût hydrique. L’étude montre que l’évapotranspiration a augmenté plus vite que les précipitations, ce qui signifie qu’une partie de l’eau s’est échappée dans l’atmosphère. « Même si le cycle de l’eau est plus actif, à l’échelle locale, on perd plus d’eau qu’auparavant », résume Arie Staal.
Dans un pays où l’eau est déjà très inégalement répartie, le nord abrite environ 20 % des ressources en eau pour 46 % de la population et 60 % des terres arables, ces conséquences doivent être prises en compte. « Du point de vue des ressources en eau, nous devons examiner au cas par cas si certains changements dans la couverture terrestre sont bénéfiques ou non. Cela dépend, entre autres, de la quantité d’eau qui s’évapore dans l’atmosphère et de l’endroit où elle retombe sous forme de précipitations », conclut le chercheur.
Source GEO
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