14 août 2022
Paris - France
ECONOMIE

Côte d’Ivoire : transformer plus pour gagner plus

Championne du cacao, de lanacarde, de l’hévéa et du coton, la Côte dIvoire exporte encore la majorité de ses productions agricoles à létat brut. Jeune Afrique avance des explications sur le retard pris dans ce domaine.

Année après année, la Côte dIvoire confirme son statut de puissance agricole de niveau mondial. Grâce à des politiques incitatives, à la clémence de son climat et à lextension des surfaces cultivées, le pays est aujourdhui le premier producteur mondial de cacao, concentrant à lui seul environ 40 % de la production globale. Depuis quatre ans, le pays a franchi la barre des 2 millions de tonnes de fèves récoltées annuellement. Pour la saison en cours, le Conseil cafécacao, qui gère la filière, table sur environ 2,4 millions de tonnes, qui, jusquà fin septembre rejoindront les ports dAbidjan et de San Pedro

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L’or brun, qui fait vivre environ 5 millions dIvoiriens, nest pas la seule production qui a connu un développement exponentiel au cours de la dernière décennie. En 2020, la récolte danacarde a frôlé 850 000 tonnes, en progression de 34 % par rapport aux 634 631 tonnes de lannée précédente. Depuis trois ans, le pays sest hissé au premier rang mondial des producteurs de noix de cajou, dépassant le Vietnam ou le Brésil

Premier mondial Même performance remarquable pour le secteur hévéicole qui profite de nouveau dun véritable engouement de la part des paysans ivoiriens. En 2020, un million de tonnes de sève, utilisée pour faire du caoutchouc, a été collecté faisant aussi du pays le premier producteur africain et le quatrième au niveau mondial derrière la Thaïlande, lIndonésie et le Vietnam. Dici à cinq ans, le gouvernement espère voir cette production doubler

Très affectés par la longue crise politicomilitaire, qui a vu de 2002 à 2011 la rébellion armée occuper le nord du pays, les cotonculteurs ont eux aussi redressé la tête avec des récoltes records. En 2021, la Côte d’Ivoire anticipe une production de 580 000 tonnes, se plaçant au deuxième rang africain après le Bénin

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Pour le président Ouattara, ces performances ne sont que la première étape dune stratégie qui doit faire de son pays un acteur important de lagroindustrie. Lobjectif est déchapper autant que possible au dictat des cours des matières premières en réalisant sur place des opérations de transformation conférant davantage de valeur ajoutée qux produits finalement exportés

Orientés à la hausse sur le marché mondial, notamment en raison de la forte demande chinoise, les prix agricoles peuvent être des facteurs de déstabilisation importants de léconomie nationale lorsquils baissent fortement, amputant dautant les revenus du secteur agricole, qui, selon la Banque mondiale, emploie 46 % de la population active

Des industriels engagés A grand renfort de communication, le chef de lÉtat na cessé depuis 2012 de fixer des objectifs ambitieux, mais sans jamais être en mesure de pouvoir annoncer leur réalisation. Première filière agricole du pays, dont les recettes pèsent lourd dans le budget du pays (40 % de ses recettes dexportation), lindustrie du cacao ne transforme quenviron un tiers des fèves récoltées alors que le gouvernement comptait sur 50 % de la production en 2020. Le reste est exporté notamment par les industriels et les traders internationaux Barry Callebaut, Olam, Cargill, Ecom, Sucden et Touton

LEXÉCUTIF IVOIRIEN NA CESSÉ DEPUIS 2012 DE FIXER DES OBJECTIFS AMBITIEUX 

Pour Souleymane Diarrassouba, ministre de l’Industrie et dCommerce, il ne sagit que d‘un contretemps. « Nous nous sommes fixé un nouvel objectif qui est datteindre ce pourcentage de transformation à lhorizon 2025. Nous avons passé plusieurs conventions avec les broyeurs pour les aider à créer de la valeur et des emplois en cohérence avec la vision du chef de lÉtat. » Afin dy parvenir, les industriels ont obtenu en 2017 de nombreux avantages fiscaux comme un abattement allant de 10 % à 34 %, en fonction du degde transformation des fèves et du droit unique de sortie (DUS) sur les produits semifinis issus des fèves

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Dici à 2022, les chocolatiers se sont engagés à porter le volume des fèves broyées à 678 000. Un volume qu‘ils pourraient théoriquement déjà absorber. En 2020, les capacités de broyages des industriels avaient atteint 850 000 tonnes

Comme pour la filière cacao, le pouvoir entend également mieux valoriser la production de noix de cajou. Entre 2019 et décembre 2020, 33 entreprises ont signé une convention avec le gouvernement pour installer de nouvelles unités de transformation. Au total, ces sociétés devraient être capables de traiter 289 300 tonnes danacardes

MALGRÉ LES MESURES DU GOUVERNEMENT, TRANSFORMER HORS DE CÔTE D’IVOIRE REVIENT MOINS CHER 

Le pays a transformé en 2020, 12 % des 848 000 tonnes de sa production brute de cajou, également appelé anacarde, et « vise à terme un taux de 50 % à lhorizon 2025 », a affirmé à lAFP Adama Coulibaly, directeur néral du Conseil du coton et de lanacarde (CCA), qui gère la filière. Un objectif très difficile à atteindre dans des délais aussi courts, alors que la crise du Covid19 a gelé quasiment tous les projets industriels en Côte dIvoire pendant un an

Dans le secteur hévéa, le processus daccélération de la transformation est aussi en cours. Une dizaine dopérateurs se sont engagés à traiter 442 232 tonnes sur la période 2020 2021. Le déficit de capacité était estimé à 400 000 tonnes lan dernier. En avril, la Société internationale de plantation dhévéas (SIPH), filiale du groupe SIFCA (30 % de la production de caoutchouc ivoirienne), a annoncé la construction dune usine à Soubré pour produire dans un premier temps 60 000 tonnes de caoutchouc par an et le double à terme. Cet investissement est évalué à 26 millions d’euros

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Culture traditionnelle en Côte dIvoire, la cotonculture est mieux lotie. Les 14 industriels du secteur peuvent transformer environ 605 000 tonnes de cotongraine, soit lintégralité de la production actuelle. En avril, la France via lAgence française de développement a accordé un financement de 45 milliards de francs CFA pour consolider la filière, qui bénéficie en outre dune subvention denviron 22 milliards de francs CFA par an de la part du gouvernement

Obstacles structurels récurrents 

En dépit des volontés politiques affichées, la création dune industrie agricole bute cependant sur des obstacles structurels, à commencer par la hausse continue des facteurs de production, dont le coût de l’électricité et des salaires. Si les industriels ont modernisé ces dernières années leurs usines pour gagner en productivité, ils sont aussi confrontés à un manque de main doeuvre qualifiée, ce qui favorise encore lexportation de produits bruts pour les transformer sous dautres 

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« Malgré les mesures du gouvernement, transformer hors de Côte dIvoire revient moins cher. Pourtant, les taxes et la parafiscalité sur les matières premières à lexportation ne sont pas un facteur contraignant », explique le patron dune multinationale qui a requis l‘anonymat. Actuellement, la noix de cajou fait par exemple lobjet dun commerce triangulaire, dont le décorticage se fait au Vietnam et en Inde avant dêtre commercialisée notamment aux ÉtatsUnis

Autre obstacle récurrent, notamment pour le secteur du cacao, les difficultés dapprovisionnement des unités des transformations installées dans les villes portuaires de SanPédro et dAbidjan en raison de goulots détranglement logistiques

Reste une question plus fondamentale. La première transformation de productions agricoles (broyage des fèves, filature) permettratelle de réduire les effets des fluctuations des cours mondiaux. Léconomiste Philippe Chalmin, fondateur du rapport « Cyclope », répond que non car les produits dérivés obtenus sont eux mêmes considérés comme des matières premières par les industriels

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