3 juillet 2022
Paris - France
AFRIQUE

Côte d’Ivoire : les dessous de l’arrivée d’African Parks

En discussions depuis plusieurs mois, le partenariat entre les autorités ivoiriennes et lONG sudafricaine de conservation de la nature nest toujours pas effectif

Explications

Officiellement, African Parks Network (APN) évoque de simples « pourparlers avec les autorités ivoiriennes ». Toutefois, le parc de la Comoé, lune des zones protégées les plus vastes dAfrique de l‘Ouest avec ses 1 149 450 hectares, devrait bien voir débarquer les rangers de lONG sudafricaine de conservation de la nature. Leur arrivée sinscrit dans le cadre dune convention entre les gouvernements du Bénin ils se sont vus confier la gestion des parcs de la Pendjari et du W, frontaliers avec le Burkina Faso et le Niger et de la Côte dIvoire

De la RDC au Bénin, comment African Parks étend son empire 

Alassane Ouattara, le chef de lÉtat ivoirien, a donné son accord fin mars, mais la signature de ce partenariat, prévue en avril, a été retardée. Le projet devrait finalement être présenté en conseil des ministres dans les prochaines semaines. En cause, la dégradation de la situation sécuritaire dans le nord du Bénin, cible dune vingtaine dattaques terroristes depuis la fin de l‘année 2021. En février 2022, quatre rangers béninois ont été tués dans le parc du W, puis, début avril, trois soldats ont péri dans le parc de la Pendjari

Dans la foulée, African Parks a, selon nos sources, demandé un délai supplémentaire à la Côte dIvoire

Tensions avec lOffice ivoirien des parcs et réserves 

Les pourparlers avec African Parks avaient été initiés par lancien ministre des Eaux et forêts, AlainRichard Donwahi. Ce dernier sest rendu dans le parc de la Pendjari en juin 2021. Il a ensuite rendu compte du projet au Conseil national de sécurité (CNS). Plusieurs missions de prospection ont par la suite été organisées. En octobre, une délégation dAPN, accompagnée de représentants des ministères des Eaux et forêts et de lEnvironnement, a fait le voyage jusquà Bouna, dans le nord de la Côte dIvoire. Selon nos informations, elle na toutefois pas été en mesure daccéder au parc 

Trafic de bois en Côte dIvoire : laffaire qui a précipité la chute dAlainRichard Donwahi 

Officiellement, les agents de lOffice ivoirien des parcs et réserves (OIPR) ont prétexte des problèmes de sécurité et des pistes en mauvais état. Il sagissait en réalité dun geste dhumeur. En charge de la gestion de la Comoé, lOIPR voit en effet dun mauvais oeil larrivée sur ses terres d’une entreprise privée

AlainRichard Donwahi envisageait également de déléguer à lONG la gestion de la forêt classée de Bossématié afin den faire un sanctuaire pour les éléphants. Située dans la région de lIndéniéDjuablin, ce massif forestier de près de 30 000 hectares a été transformé fin mars en réserve naturelle

Privatisation de la lutte 

antiterroriste 

Dans le parc de la Comoé, African Parks sera officiellement chargée de créer des espaces protégés sur le modèle de ce qui a été fait dans le parc de la Pendjari. Dans les faits, les autorités ivoiriennes comptent soustraiter à lONG une partie de la gestion sécuritaire de cette zone particulièrement difficile à quadriller et dont les savanes boisées, la forêt parfois dense et rocailleuse ainsi que le relief en font un sanctuaire idéal pour les jihadistes

Le dossier est désormais piloté par les ministres de la Défense et de la Sécurité, Téné Birahima Ouattara et Vagondo Diomandé

JA

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