23 janvier 2026
Paris - France
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Côte d’Ivoire: la filière cacao au bord de la crise : « Partout, c’est le blocage total »

En effet, la production nationale de noix de coco a drastiquement chuté, passant de 406 000 tonnes en 1986 à seulement 125 565 tonnes en 2024, soit une baisse de près de 70 %.

À Duekoué, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, des tonnes de cacao s’entassent dans les entrepôts. Faute d’exportation, la filière du premier producteur mondial est aujourd’hui paralysée. Depuis la mi-octobre 2025, avec la chute des prix sur le marché mondial, les exportations sont au ralenti et les stocks s’accumulent partout, plongeant les producteurs dans une détresse économique et sociale.

Cette régression a relégué la Côte d’Ivoire du 1er au 5e rang africain, laissant une large part du marché à d’autres pays producteurs.
Dans les ports d’Abidjan et de San Pedro, des milliers de tonnes de fèves ne peuvent être exportés, voire pourrissent. Une situation qui oblige certains planteurs à brader leur stock ou détruire leur récolte dans les zones cacaoyères.
Il y a quelque chose de pourri au royaume du cacao. Au port d’Abidjan, par où transite d’ordinaire l’essentiel des exportations de cacao de la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, des dizaines de camions sont bloquées depuis la fin du mois de décembre 2025. Empêchés de décharger, les transporteurs dorment entre les roues des poids lourds et toute la zone est baignée d’une odeur du cacao pourrissant.

Une quantité plus importante encore est immobilisée dans les zones cacaoyères. Si l’organe étatique de régulation, le Conseil café-cacao (CCC), se garde de donner des estimations, le Synapci, principal syndicat des cacaoculteurs, évalue à 700 000 tonnes le volume de cacao invendu, et donc non payé. Certains planteurs, privés de revenus depuis octobre, écoulent désormais leur stock au rabais sur place et dans les ports, ou détruisent un cacao devenu invendable.

En dépit du manque d’acheteurs, le cacao continue donc d’être acheminé vers les ports d’Abidjan et de San Pedro, les deux seuls autorisés pour l’exportation. Une situation jugée illicite par le CCC, qui affirme que seuls 40 camions sur les 102 recensés mi-janvier disposaient de « connaissement »

 système de prix garantis, conçu pour protéger les producteurs des fluctuations du marché, se révèle paradoxal. Les exportateurs, achetant au prix fixé par l’État, risquent des pertes que la loi prévoit de compenser, mais le fonds de garantie n’est pas activé. Moussa Koné, syndicaliste, déplore : « Celui qui produit le cacao n’est pas protégé. »

La crise de mévente rappelle des épisodes similaires, comme en 2017, et illustre la vulnérabilité des producteurs ivoiriens, dont dépend indirectement un cinquième de la population du pays. Dans l’attente d’une solution administrative, la filière, qui représente 14 % du PIB ivoirien, reste paralysée, et des milliers de familles vivent dans l’incertitude et la pauvreté.

Jean  Moliere

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