3 juillet 2022
Paris - France
POLITIQUE

Côte d’Ivoire – Jacques Ehouo et  Robert Beugré Mambé : un bras  de fer très politique au  Plateau 

Le 4 juillet, le district d’Abidjan a procédé à la démolition dun ouvrage dembellissement réalisé par la mairie du Plateau. Une querelle qui révèle les tensions entre le député maire du quartier daffaires, membre du parti dHenri Konan Bédié, et le ministre gouverneur dAbidjan, membre du RHDP dAlassane Ouattara

Il est presque minuit, dans la nuit du samedi au dimanche 4 juillet, lorsque des agents missionnés par le gouvernorat du district d‘Abidjan entament la démolition dun ouvrage dembellissement du Plateau, aménagé entre le palais de justice et la 

cathédrale SaintPaul. Ils sactivent sous le regard des forces de lordre, jusquà sa destruction totale. Commandité par la mairie dans le cadre d‘un projet daménagement de la commune la plus puissante du pays, linstallation devait être livrée le lundi 5 juillet. Depuis, les autorités communales ne décolèrent pas : elles se sont fendues dun communiqué le 6 juillet pour dénoncer un « abus dautorité »

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Comment lornementation de cet espace public estelle devenue un sujet de discorde à Abidjan ? Depuis plusieurs mois, elle est au centre dun bras de fer qui oppose deux hommes influents de la capitale économique ivoirienne : le députémaire PDCIRDA (Parti démocratique de Côte dIvoire Rassemblement démocratique africain) Jacques Ehouo, et le ministre gouverneur du district, Robert Beugré Mambé, membre du parti au pouvoir, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP)

Mairie de la commune du Plateau lundi 

PLATAU 

Dans la nuit de samedi à dimanche dernier, des 

éléments du district dAbidjan appuyés de forces de lordre, ont procédé à la destruction de louvrage dembellissement réalisé par la mairie ,entre la cathédrale St Paul et le palais de justice, ruinant ainsi un investissement de plusieurs millions de francs cfa. La mairie de la commune du Plateau apportera dans les prochaines heures la réponse indiquée à cet acte qui est un abus dautorité

Suspensions à répétition Tout commence au début de lannée, quand le conseil du Plateau vote un 

budget pour aménager les points dentrée du quartier daffaires. « Nous avons porté linformation au district, afin de savoir sils avaient des observations à faire. Il ny en a pas eu, raconte Jacques Ehouo. Nous avons donc entamé la réalisation du projet, en commençant par les entrées Chardy et Carena. Celle située près du palais de justice et de la cathédrale était le troisième espace sur lequel nous faisions des aménagements ». Mais le district, qui revendique la propriété des lieux, interpelle la mairie et fait arrêter les travaux en février

LE DISTRICT NACCEPTERA PAS DE SE FAIRE EXPROPRIER PAR LA MAIRIE DU PLATEAU 

Une rencontre a lieu entre le ministère de lIntérieur, le district et la mairie afin daplanir le différend. Mais elle est loin davoir clarifié la situation. Au sortir de celleci, chaque partie estime être dans son droit. « Notre ministère 

de tutelle a estimé que selon les textes, cela relevait de la commune. Ils 

ont tout de même souhaité que le maire appelle le ministregouverneur pour lui faire part du projet, pour préserver une bonne cohabitation », confie pour sa part le députémaire du PDCI

Un coup de téléphone a finalement lieu entre les deux hommes, alors que Robert Beugré Mambé est en déplacement en Europe. Le ton est cordial. Mais cela ne suffit pas pour débloquer la situation. Et après quelques mois darrêt, le maire décide de reprendre le chantier. Il est de nouveau suspendu par le district. « Jai donc contacté le ministère de nouveau, poursuit le maire. Le ministregouverneur na quant à lui toujours pas réagi. J’ai alors pris la décision de relancer les travaux dici fin juin si le problème nétait pas 

réglé, » Dont acte, « Nous avons 

assisté à la destruction du chantier

alors quil était quasiment terminé », déplore Jacques Ehouo

À LIRE Côte dIvoire : ces projets qui redorent le Plateau d’Abidjan 

Posture partisane ? « Nous dénonçons cette tentative de passage en force et soulignons que le district nacceptera pas de se faire exproprier par la mairie du Plateau, rétorque Nicolas Baba Coulibaly, directeur de linformation et de la communication du district autonome 

dAbidjan, contacté par Jeune Afrique

Nous rappelons à notre collègue qu‘il sest tenu, sous légide du ministère de tutelle, une réunion entre le district et la mairie à propos de ce site. Nous demandons à la mairie du Plateau de 

sen tenir aux points arrêtés de commun accord lors de cette 

rencontre. » 

LE MAIRE A ANNONCÉ LA REPRIS

DES TRAVAUX DANS LES PROCHAINS JOURS 

Cette querelle autour de laménagement des espaces publics vat-elle audelà dun conflit de compétences ? Sil dénonce « la violence de la méthode », Jacques Ehouo refuse dy voir une posture 

partisane : « Je nose pas croire que cela va audelà. Cela fait des années que ces espaces ne sont pas aménagés. En faisant cela, nous apportons plus de couleurs et despace de vie. Cest une dizaine de millions de F CFA du contribuable qui a été perdu, car je suis quand même obligé de payer lopérateur qui a exécuté les travaux. Ce nest pas normal. » 

« Nous ne cherchons pas à défier les autorités. Mais cela ne nous empêchera pas de poursuivre nos actions », assure le députémaire PDCIRDA, qui dit bénéficier du soutien de l’Union des villes et communes de 

Côte dIvoire dans cette affaire. Il a annoncé la reprise des travaux dans les prochains jours

Suite judiciaire Ce nest pas la première fois que le district est en conflit avec des mairies autour des espaces publics. La gestion de lancien marché du Plateau ou encore de labattoir de PortBouët ont suscité de vifs débats. Dans son communiqué du 5 juillet, le maire du Plateau pointe le nonrespect dune loi votée en juillet 2003 portant sur le transfert et la répartition de compétences de lÉtat vers les collectivités territoriales ainsi que des dispositions finales de larticle 3 du décret n°48851 du 4 juillet 1984 portant déclaration des voiries et des réseaux divers dintérêt national ou 

d‘intérêt urbain dans les limites de la 

ville d‘Abidjan

Le ministère de lIntérieur, à travers sa direction générale des collectivités territoriales, a été saisi afin de trancher définitivement ce litige. En 

attendant, le maire prévient : « Jentends convoquer très prochainement une réunion du conseil 

municipal pour déterminer la suite 

judiciaire qui pourrait être réservée à cette seconde démolition de chantier perpétrée par l‘administration du district autonome dAbidjan. » 

JA

 

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