juillet 27, 2026 by CONTIENENT MEDIA

Côte d’Ivoire : à Yamoussoukro, les fantômes de Félix Houphouët-Boigny

L’histoire folle de la capitale fantôme Yamoussoukro.

C’est pendant son mandat présidentiel en Côte d’Ivoire que Félix Houphouët, l’un des hommes les plus riches au monde, décida de remplacer la capitale d’Abidjan par Yamoussoukro dont il était originaire.
Il fit faire des travaux gargantuesques synonyme de sa fameuse folie des grandeurs dans les années 80, les routes on été conçu pour accueillir plusieurs voies, permettant de faire circuler le million de personnes qui devait venir.
Sauf que les institutions ne sont jamais partis d’Abidjan, les locaux non plus, et Yamoussoukro n’a jamais attiré le monde qui était prévu.
Comme on peut le voir sur la photo les routes gigantesque n’accueillent aucune voiture et sont même utilisés comme place de marché.
Yamoussoukro c’est un peu une plongée dans l’égotrip sans limite du président Houphouët, en plus des routes immenses, à ça s’ajoute des lacs remplies de crocodiles du Nil pour garder le Palais Royal et même une basilique si grande qu’elle est l’institution religieuse la plus grande au monde
!

Dans le palais endormi de la capitale politique ivoirienne, le temps s’est figé après le décès de l’ancien président, en 1993. Son petit-neveu Augustin Thiam nous en ouvre les portes, entre mémoire familiale et interrogations sur l’avenir d’une ville en attente. 

Il faut imaginer cette immense table en marbre, aux mosaïques orangées et brunes, si lourde et imposante qu’elle a été déposée par hélicoptère dans la grande salle à manger. De part et d’autre, une vingtaine de larges fauteuils aux assises confortables, qui n’ont pas servi depuis bien longtemps. De temps à autre, un neveu ou un parent de passage s’y installe pour prendre son petit- déjeuner. On doit s’y sentir bien seul. 

Des lustres dorés à la moquette qui tapisse les pièces, jusqu’aux rideaux retenus par des embrasses majestueuses, on se croirait dans le siècle passé. Ajoutez à cela tasses, soucoupes, saucières et autres assiettes en porcelaine de Limoges; des milliers de pièces importées de France, arborant toutes fièrement les initiales en lettres d’or du propriétaire des lieux, Félix Houphouët- Boigny, et vous voilà tout droit plongé dans les années 1980. 

Nous ne sommes que dans la petite maison du complexe résidentiel présidentiel. Notre guide, Augustin Thiam, nous fait visiter une des chambres à coucher, la sienne, toujours prête même s’il n’y dort plus depuis longtemps. Lorsqu’il revient vivre à Yamoussoukro, en 2001, le ministre-gouverneur s’installe provisoirement dans ce palais où il a appris pour la première fois à faire du vélo. Le plus yamoussoukrois des sept frères et sœurs Thiam pourrait évoquer, des heures durant, la vie de son grand- oncle et son héritage. 

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Augustin Thiam se remémore les fêtes de famille, Noël ou Pâques, auprès de Félix Houphouët-Boigny, les années d’opulence et les soirées organisées par ses occupants. «

Pourrait-il un jour y serrer la main d’Alassane Ouattara, sur le parvis de l’entrée principale qui fait face au centre- ville et au lac aux caïmans, comme son prédécesseur Henri Konan Bédié en 2010? Entre les deux imposants béliers en bronze, l’ex-chef de l’État avait alors, après des années de rivalités, solennellement donné son appui à la candidature à la présidentielle de son ancien adversaire face à Laurent Gbagbo. Une rencontre notamment orchestrée par Augustin Thiam. Son frère Tidjane, candidat déclaré inéligible à l’élection d’octobre 2025, ne revient pas en Côte d’Ivoire, craignant, dit-il, pour sa sécurité. 

Dernière demeure 

Le bâtiment principal, œuvre de l’architecte favori de Félix Houphouët-Boigny, Olivier-Clément Cacoub, s’élève sur six étages. Les volets des terrasses des nombreuses chambres sont tous clos. Entre les bibelots asiatiques chinés aux enchères par des amis français d’Houphouët- Boigny, les statuettes en ivoire et les canapés en velours, le couloir qui mène à l’ancienne salle de conseil des ministres est vétuste. Le plafond est troué par endroits, certains éclairages clignotent, et les peintures les plus remarquables ont été vendues par la famille. Avec Françoise Remarck, ministre de la Culture, des discussions ont été entamées pour transformer le palais en musée. 

<<>, indique Augustin Thiam. Nul ne vient troubler le repos des prestigieux fantômes qui sont enfouis dans ses tréfonds. «Nous avons porté, mes cousins et moi, le cercueil de mon grand-oncle jusqu’à sa dernière demeure »>, se souvient-il le long du couloir qui descend jusqu’au caveau familial. Le «Vieux» est emporté par un cancer à 88 ans, après trente-trois ans de règne sans partage, le 7 décembre 1993, dans sa ville natale. Il n’en a plus bougé. Sur les 24 tombes prévues – tout comme leurs occupants – par Félix Houphouët-Boigny, il ne reste que quelques places libres. L’ancien président, dont la tombe est ornée d’une croix ajoutée par son épouse Marie- Thérèse Houphouët-Boigny, aujourd’hui âgée de 95 ans, repose aux côtés de son fils Félix Junior, décédé à l’âge de 10 ans. 

Le tombeau de Félix Houphouët-Boigny, dans le mausolée de Yamoussoukro. Ses sœurs, sa première épouse, mais aussi son plus fidèle garde du corps, Joseph Pokou Koffi, sont à ses côtés. Ce dernier, décédé en mai 1979, était son valet, son homme à tout faire. << En bien comme, on le suppose, en mal, il était le dernier rempart », explique un proche de la famille. La mère de Tidjane et d’Augustin Thiam, Mariétou Sow, décédée à une cinquantaine d’années, repose aussi près de son oncle. Tous les enfants de Félix Houphouët-Boigny ne sont cependant pas dans le caveau. Les obsèques de Guillaume, fils de sa première épouse, Khadija Sow, ont été célébrées, selon ses dernières volontés, à Abengourou, où sa mère a été inhumée, en mars 2026.  

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Capitale endormie 

La crypte est terrée sous une chapelle pyramidale, destinée aux intimes. Les fauteuils de Félix et Marie- Thérèse trônent face à l’autel, tandis qu’un rang est destiné aux ministres de passage, un autre aux cousins et cousines. Loin derrière les jardins de palmiers bien entretenus se dresse le Giscardium, résidence des invités, où loge Alassane Ouattara lorsqu’il vient à Yamoussoukro. Le bâtiment doit son surnom à son premier visiteur, l’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing. << Je dirais qu’il y a dans le monde suffisamment de villages qui cherchent à passer pour des villes, pour qu’il soit émouvant de rencontrer une ville qui tienne à demeurer un village », aurait-il dit lors de sa visite. 

Ici, Houphouët-Boigny est partout. Dans sa capitale d’antan. 

endormie, on voit surgir de part et d’autre des signes de sa présence, de la basilique – la plus grande du monde – à la fondation qui porte son nom, en passant par l’hôtel Président, qui a conservé son mobilier et ses couverts Le palais n’a jamais été pensé autrement que comme une résidence de passage. Félix Houphouët- Boigny se rendait régulièrement dans son village natal depuis Abidjan, mais ne vivait pas dans la capitale, qu’il a pourtant choisie. 

Sa demeure est construite sur les cendres de N’Gokro, dont les habitations ont été rasées et leurs occupants déplacés dans ce qui est devenu le centre-ville de Yamoussoukro. Il ne reste presque rien du village de quelques centaines de cacaoculteurs, où éclate, tandis que le jeune Dia Houphouët – dont le nom n’est pas encore Félix- n’a que 5 ans, une révolte contre les Français en 1909. C’est ce qui y entraîne le transfert du poste militaire colonial. 

Le seul vestige de cette époque demeuré intact trône à quelques mètres de l’entrée de la résidence: un arbre majestueux ceinturé d’un cordon blanc, emblème sacré des Akoués, dont Augustin Thiam est le monarque sous le titre de Nanan Boigny N’Dri III depuis sa désignation en novembre 2013. 

Une ville idéale 

On aperçoit le palais et ses hectares de jardins savamment entretenus depuis la route principale. Difficile de ne pas s’arrêter au bord du lac artificiel qui en interdit l’accès, dans lequel pataugent les caïmans et crocodiles qui ont pullulé au fil des années, demeurés des symboles de l’ère de l’ancien président. «>, confiait Félix Houphouët-Boigny à Jeune Afrique en 1985. Les plus chanceux – et les plus nantis – peuvent, en échange de quelques billets, demander aux gardiens de ces sauriens de leur lancer un poulet et admirer le spectacle. 

Le vieux Diko, qui a veillé sur les créatures aquatiques durant plusieurs décennies, a fini dans la gueule de l’un d’entre eux en 2012, au terme d’une glissade tristement célèbre pour avoir été filmée et diffusée sur internet. Les premiers de ces crocodiles proviennent du sud du pays, avant que les présidents Malien Modibo Keïta et Camerounais Ahmadou Ahidjo n’offrent d’autres espèces à Houphouët-Boigny. Depuis, les réseaux de canalisations ont permis aux plus petits d’entre eux de se faufiler vers 

les autres étendues d’eau de la ville. Gare à celui qui s’y baigne! Les pompiers de la capitale sont d’ailleurs habitués aux opérations de sauvetage et de repêchage des crocodiles. 

<<< Houphouët-Boigny n’a jamais conçu Yamoussoukro comme une deuxième Abidjan, mais comme sa ville idéale », affirme Augustin Thiam, qui a lui-même trouvé dans ce lieu hors du temps, loin du tumulte de la capitale économique, un havre de paix. Les immenses avenues ne souffrent jamais des embouteillages et, le week-end, la ville, dont la principale activité est le commerce, paraît presque morte. Entre les espaces verts et les immenses monuments de l’ancien président, la capitale, où les immeubles de plus de six étages sont interdits, a des airs de banlieue bourgeoise. La réhabilitation du lycée scientifique, très réputé, doit permettre à la ville de conserver sa renommée de pépinière pour les grandes écoles. 

Souleymane Diarrassouba, le promoteur des derniers grands chantiers d’Alassane Ouattara 

<< Le TGV, oui, mais pas plus », conclut le ministre- gouverneur. La future ligne à grande vitesse, dont le coût. est estimé à 1000 milliards de FCFA (1,5 milliard d’euros), doit relier les deux villes en 45 minutes, et devenir un moteur d’attractivité pour la capitale. La zone industrielle en périphérie sud de la ville, en pleine expansion, doit participer à cet essor. Certains voudraient d’ailleurs désenclaver Yamoussoukro, qui compte plus de 400000 habitants, district compris, et en faire une capitale dynamique. C’est le cas du colistier d’Augustin Thiam aux élections législatives, le ministre du Plan et du Développement, Souleymane Diarrassouba. Lui, voit la ville dont il est député se transformer en un pôle économique, administratif et universitaire, reliant idéalement le nord du pays et les pays sahéliens à Abidjan. 

<<< Lors de la campagne présidentielle de 2010, j’avais pris l’engagement de m’installer dès mon élection ici, à Yamoussoukro, et de procéder au transfert effectif de la capitale, a rappelé Alassane Ouattara, de passage en 2019. Malheureusement, l’état de délabrement dans lequel nous avons trouvé le pays ne nous a pas permis d’honorer cet engagement. » Yamoussoukro aura-t-elle un jour la place qui lui est réservée? 

JM .Source JA

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