En déroulant le tapis rouge au président gabonais, Emmanuel Macron remercie un allié fidèle. Parmi les sujets délicats, la transformation locale de manganèse produit par Eramet, objet d’un discret bras de fer.
Brice Clotaire Oligui Nguema
Brice Clotaire Oligui Nguema a été nommé président de la transition au Gabon le 4 septembre 2023. Quelques jours plus tôt, le 30 août, il avait mené un coup d’État contre Ali Bongo Ondimba au nom du Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), mettant ainsi fin à cinquante-six ans de pouvoir de la famille Bongo. Formé à l’académie militaire royale marocaine de Mekhnès, il a été l’aide de camp de feu Omar Bongo Ondimba, ancien président auquel il est apparenté par sa mère. Après avoir occupé cette fonction jusqu’à la mort du patriarche en 2009, il a ensuite été attaché militaire de son pays à l’étranger, avant de revenir à Libreville en 2019 au sein de la Garde républicaine. Il la dirigeait au moment du putsch avec le grade de général.
En visite d’État en France du 20 au 23 juillet, le président gabonais, Brice Clotaire Oligui Nguema, a bénéficié d’un accueil presque aussi fastueux qu’il y a quarante-deux ans, lorsque ce privilège fut accordé à Omar Bongo Ondimba. Mais en choisissant d’installer son quartier général au Bristol, il s’est démarqué de son prédécesseur et mentor habitué du Meurice, le palace de la rue de Rivoli.
Tapis rouge. Escale au château de Versailles, dîner de gala à l’Élysée, Bristol… En visite d’État en France du 20 au 23 juillet, Brice Clotaire Oligui Nguema et sa vaste délégation ont bénéficié d’un accueil fastueux. L’occasion, pour le président gabonais, de conforter sa stature internationale et son image auprès de son opinion publique, tout en choyant ses partisans et alliés sur les bords de Seine.
Et grise mine. En matière de signature de contrats, les résultats n’ont en revanche pas été à la hauteur des espoirs. La transformation locale de manganèse produit par Eramet a fait l’objet d’un discret bras de fer avec Libreville, qui souhaite que le groupe français en transforme sur place 2 millions de tonnes par an. Un protocole d’accord a été paraphé pour ne pas gripper cette séquence diplomatique, mais celui-ci revoit drastiquement les ambitions gabonaises à la baisse.
Les discussions franco-gabonaises porteront d’abord sur la transformation locale du manganèse, dont le Gabon est un des principaux producteurs mondiaux. Libreville avait annoncé mi-2025 vouloir interdire l’exportation de manganèse brut dès 2029 et développer une industrie de transformation locale.A lire :
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« À partir du 1er janvier 2029, le manganèse gabonais ne sortira plus du Gabon sans avoir été transformé localement, sans avoir créé des emplois localement », a affirmé le porte-parole de la présidence gabonaise. Côté Élysée, on assure qu’il existe « une convergence pour avancer vers un calendrier de transformation locale d’une partie de la production du manganèse ».
Il sera également question du renouvellement du partenariat de défense entre les deux pays et de l’avenir du camp De-Gaulle, la base militaire française située à Libreville. Dans le cadre de la reconfiguration de son dispositif militaire en Afrique, la France a réduit sa présence au Gabon à une centaine de soldats, contre 1 200 par le passé.
Le Gabon « attend que le titre foncier relatif au camp sur lequel est érigée la base soit transféré à la partie gabonaise », selon le porte-parole gabonais. Ensuite, un nom, sans doute celui d’un général gabonais, sera attribué au camp, qui sera alors dédié à « la formation de nos forces de défense et de sécurité », a-t-il expliqué. « La France est prête à répondre aux priorités et aux objectifs formulés par le Gabon » dans le cadre de la rétrocession de cette base, a assuré la présidence française, sans entrer dans les détails.
Le président gabonais rencontrera également la diaspora gabonaise en France. Son porte-parole a invité ceux qui « ont des positions contradictoires avec la dynamique politique impulsée par le chef de l’État » à « venir discuter entre Gabonais, à bâtons rompus ».
Certains s’inquiètent quant à un virage répressif du pouvoir gabonais, alors que les réseaux sociaux sont coupés depuis le 17 février et que le principal opposant à Brice Clotaire Oligui Nguema, l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze, est emprisonné depuis mi-avril dans le cadre d’une affaire d’« escroquerie » et d’« abus de confiance » datant de 2008.
Source JA