Dans l’écrin feutré de la capitale européenne, là où se décident souvent les destins du continent, une tout autre histoire s’est écrite ce week-end. Ce n’était pas seulement une séance de dédicaces, mais un véritable événement de mobilisation politique. Nady Bamba Gbagbo, épouse de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, y a présenté son ouvrage, « Se lever, se relever et s’élever », devant une diaspora venue des quatre coins de l’Europe et d’Afrique, transformant une rencontre littéraire en un puissant manifeste politique et mémoriel.
Un récit hybride entre intime et collectif
L’ouvrage, dont les stocks se sont volatilisés en quelques minutes sous l’assaut de lecteurs conquis, refuse les étiquettes faciles. Nady Gbagbo l’a martelé : ce livre n’est pas une simple autobiographie. Il s’agit d’un « objet hybride », à la lisière du témoignage historique, du manifeste de résilience et du guide spirituel. En filigrane, c’est le parcours d’une femme de l’ombre qui accède à la lumière, non pour elle-même, mais pour porter la voix d’un camp politique qui refuse l’oubli.
L’atmosphère de la salle, entre recueillement solennel et ferveur militante, témoignait de cette dualité. Face à un parterre composé de figures de proue du PPA-CI, d’acteurs de la société civile, de partis politiques et de simples sympathisants, l’auteure a esquissé un discours dense, avec une analyse politique aigue.
La théologie de la reconnaissance
Inaugurant son intervention par une dimension de gratitude, Nady Gbagbo a érigé la reconnaissance en pivot de son action. « La reconnaissance est le parfum le plus agréable aux yeux de Dieu », a-t-elle lancé.
Mais cette gratitude n’était pas vaine. Elle a pris la forme d’un hommage appuyé à ces visages de l’ombre, et plus particulièrement à ces femmes « qui charbonnent », ces militantes anonymes qui constituent le moteur infatigable des dynamiques collectives ivoiriennes.

La diaspora : Colonne vertébrale de la résistance
Le point d’orgue de cette rencontre fut sans nul doute l’adresse à la diaspora. Loin d’être une simple force d’appui financière ou électorale, la diaspora a été élevée par l’auteure au rang d’acteur historique central. Nady Gbagbo a rappelé, avec une émotion contenue, le rôle décisif de ces Ivoiriens de l’extérieur durant les longues années de détention de Laurent Gbagbo à La Haye.
En décrivant leur fidélité comme la « colonne vertébrale » d’une histoire faite de résilience, elle a réaffirmé le lien indéfectible qui unit le leader du PPA-CI à ses soutiens internationaux. Sous l’égide de René Titilo (Représentant PPA-CI Belgique) et d’Abdon Bayeto (SGA chargé de la diaspora), l’équipe d’organisation a orchestré une cérémonie où chaque mot semblait pesé pour renforcer cette unité.
Une conclusion en forme d’horizon
Si la mémoire a occupé une place de choix, la conclusion de cette rencontre s’est résolument tournée vers demain. Dans une Côte d’Ivoire où le paysage politique reste mouvant et où l’opposition cherche encore ses marques, l’intervention de Nady Gbagbo a agi comme une caisse de résonance.
Plus qu’une simple promotion littéraire, cette escale bruxelloise aura permis de tester la vitalité d’un mouvement qui, loin de ses bases abidjanaises, prouve qu’il possède encore une capacité de mobilisation intacte. Entre les lignes de « Se lever, se relever et s’élever », c’est peut-être la feuille de route d’un avenir collectif qui s’est dessinée, laissant l’assistance sur une note d’espoir, mais aussi sur une interrogation pressante quant aux responsabilités à venir des leaders de demain.
De notre envoyé spécial à Bruxelles — Bonnie Wiseman
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