Les recherches se poursuivent et les familles restent sans nouvelles de certains de leurs proches. Certains passent des appels désespérés, tandis que les premiers intervenants confient être bouleversés
La collision entre un AVE de Renfe et un train d’Iryo, survenue mercredi 28 octobre sur le territoire communal d’Urda (Tolède), a fait au moins 69 morts et plus d’une centaine de blessés, dont beaucoup sont toujours hospitalisés ce jeudi, selon les bilans communiqués par les autorités.
L’accident s’est produit à 8h53, au point kilométrique 118 de la ligne à grande vitesse Madrid-Séville, lorsqu’un AVE a rattrapé par l’arrière un Iryo qui était à l’arrêt sur la même voie. Il s’agit de la deuxième grande tragédie ferroviaire enregistrée sur la grande vitesse espagnole en moins d’un an, après l’accident d’Adamuz (Cordoue), en janvier 2026, qui a fait 46 morts.
Bien qu’il n’y ait pas encore de conclusion définitive sur les causes, l’enquête se concentre sur une panne du système de signalisation et, surtout, sur l’ordre envoyé depuis le centre de contrôle d’Adif à Atocha demandant à l’AVE de reprendre la marche.
Le premier incident a été enregistré vers 8h30 du matin, lorsqu’une panne informatique dans les communications a provoqué la mise hors service du système de sécurité LZB sur un tronçon d’environ 63 kilomètres de la ligne Madrid-Séville. Ce système permet de transmettre des informations entre l’infrastructure ferroviaire et les trains pour superviser leur circulation et maintenir les distances de sécurité.
La panne a touché six convois, qui ont dû s’arrêter ou adapter leur circulation. Parmi eux figuraient l’Iryo 6076, qui transportait 147 passagers, dont un bébé, et l’AVE 2080 de Renfe, avec 397 voyageurs. Le LZB est en service sur cette ligne depuis son inauguration dans les années 1990 et il doit être remplacé par le système européen ERTMS, plus moderne.
Cependant, la panne informatique n’explique pas à elle seule l’accident. Lorsque la signalisation principale tombe en panne, des procédures alternatives existent pour gérer la circulation. L’enquête cherche à déterminer pourquoi ces mesures n’ont pas empêché que deux trains se retrouvent sur le même tronçon de voie.
C’est l’un des points centraux des investigations. Selon la reconstitution diffusée par le ministère des Transports et les enregistrements des communications publiés par ‘El País’, à 8h36 un contrôleur d’Adif a autorisé le conducteur de l’AVE à reprendre la marche sous le système de blocage par signalisation latérale (BSL).
L’instruction comportait l’indication de continuer avec « marche normale« , alors que le système principal de signalisation était en panne. Le conducteur a demandé que l’ordre lui soit confirmé et le contrôleur l’a ratifié.
La différence est fondamentale : la circulation en « marche à vue » oblige le conducteur à adapter sa vitesse pour pouvoir arrêter le train devant tout obstacle et, dans ces circonstances, elle prévoit une limite de 40 kilomètres par heure.
En revanche, l’autorisation de poursuivre en marche normale a permis à l’AVE d’avancer à une vitesse nettement supérieure. Le ministre des Transports, Óscar Puente, a qualifié la décision du centre de contrôle d »inexplicable » et affirmé que le convoi n’aurait pas dû reprendre la circulation dans ces conditions.
La reconstitution des communications permet d’établir une séquence d’événements qui sera déterminante pour l’enquête :
8h30. Une panne informatique met hors service le système LZB et oblige à arrêter plusieurs trains de la ligne à grande vitesse Madrid-Séville.
8h36. Le centre de contrôle d’Adif à Atocha autorise l’AVE 2080 à reprendre la marche sous le système de blocage par signalisation latérale (BSL) et en marche normale.
Une enquête est en cours pour déterminer les circonstances exactes du drame, et les recherches de victimes se poursuivent sur le site de l’accident.
Cette catastrophe suscite des interrogations quant à la sécurité du réseau ferroviaire espagnol, le ministre des transports ayant évoqué « une erreur » et des « circonstances inexplicables » qui ont abouti à la collision.