PERSÉCUTION DES CHRÉTIENS AU NIGERIA : «DEPUIS 2000, IL Y A EU 3.950 ATTAQUES, PLUS DE 50.000 MORTS ET 25 À 40.000 PERSONNES KIDNAPPÉES»
Au Nigeria, plus de 3.000 chrétiens auraient été tués depuis le début de l’année 2026, selon un rapport de l’ONG Intersociety publié le 6 septembre. Attaques djihadistes, violences de groupes armés peuls et criminalité alimentent une crise qui frappe durement les communautés chrétiennes, au point de menacer leur existence.
Les violences ciblant les communautés chrétiennes — représentant environ 45 % de la population (soit plus de 100 millions de personnes) — restent massives et endémiques.
«Depuis 2000, il y a eu 3.950 attaques, plus de 50.000 morts et 25 à 40.000 personnes kidnappées», déplore Claude Moniquet, expert en renseignements. Il s’exprime au sujet de la persécution des chrétiens au Nigeria.
Au Nigeria, les chrétiens sont devenus l’une des principales victimes d’une violence qui mêle djihadisme, conflits communautaires et effondrement sécuritaire. Dans le nord et le centre du pays, attaques de villages, enlèvements et exode forcé nourrissent la crainte d’un recul durable de leur présence.
Plus de 3.000 chrétiens auraient été tués et plus de 3.000 enlevés au Nigeria entre janvier et août 2026, selon un nouveau rapport de l’International Society for Civil Liberties and the Rule of Law (Intersociety) publié dimanche 6 septembre. Cette ONG nigériane basée à Enugu, dans le Sud-Est du pays, et spécialisée dans le suivi des persécutions dresse un constat plus qu’alarmant de la situation des chrétiens du Nigeria, en proie à une hausse considérable de la violence.
Les seuls mois de juillet et août ont coûté la vie à 437 chrétiens et conduit à l’enlèvement de 393 autres. Le 16 août par exemple, 30 fidèles ont été massacrés dans le Benue. Une dizaine de jours plus tard, un pasteur et quatre membres de sa congrégation étaient assassinés dans l’État du Plateau. Le rapport fait également état de 400 églises attaquées et de 25 prêtres et pasteurs tués ou enlevés. Depuis 2009, date de l’insurrection de Boko Haram, ce sont près de 130.000 chrétiens qui ont été tués et 20.000 édifices religieux qui ont été détruits ou endommagés.
Les violences se concentrent notamment dans la Middle Belt, cette région centrale où se rencontrent le nord majoritairement musulman et le sud majoritairement chrétien, notamment dans les États du Plateau, Benue, Kogi et Adamawa.

Derrière ces crimes de masse se trouvent principalement des djihadistes mais aussi des éleveurs Peuls, les seconds étant parfois étroitement liés aux premiers. Dans plusieurs régions, des groupes armés recrutent leurs combattants parmi les populations peules, exploitant les conflits locaux autour de l’accès aux terres et aux pâturages. Cette réalité se superpose à celle d’un pays gangrené par une criminalité en hausse, avec nombre d’enlèvements en échange de rançons.
Mais cette lecture multifactorielle ne doit pas occulter le caractère organisé des attaques contre les chrétiens, faisant régulièrement dire à certains responsables catholiques qu’un véritable génocide des chrétiens est en cours, terme encore aujourd’hui réfuté par les autorités nigérianes tout comme par une partie de la presse et du monde politique. Ceux-ci estiment notamment que les violences frappent également des populations musulmanes et qu’elles résultent d’un ensemble de facteurs — djihadisme, conflits fonciers, rivalités communautaires et criminalité — plutôt que d’un projet visant spécifiquement à détruire les chrétiens en tant que groupe.
Jean Moliere