Les insurgés ont mené une attaque simultanée, samedi 4 juillet, sur plusieurs bases de l’armée malienne. Quarante-huit heures plus tard, la base militaire d’Anéfis est toujours encerclée et bombardée par les assaillants.
Une nouvelle fois, l’armée malienne a été attaquée simultanément sur de multiples fronts, samedi 4 juillet. Les jihadistes du Groupe de soutien à l’islam
et aux musulmans (Jnim, selon l’acronyme arabe de l’organisation) et les indépendantistes du Front de
libération de l’Azawad (FLA) ont lancé leurs assauts à l’aube. Au moins huit localités, dans le Nord, le Centre, et le Sud du pays, ont été le théâtre d’affrontements.
La cible principale de cette opération d’envergure semble être Anéfis, une petite ville du Sahara qui
abrite une base militaire stratégiquement située sur la route de Kidal, une centaine de kilomètres plus
au nord. Lors de leur spectaculaire offensive du 25 avril, qui avait fait vaciller le pouvoir malien, les
jihadistes et les indépendantistes s’étaient emparés de ce fief historique de la rébellion touareg, laissant
l’armée et ses alliés russes du groupe African Corps se replier vers Anéfis. Deux mois et demi plus tard,
le FLA contrôle toujours Kidal, largement désertée.
En s’attaquant à Anéfis, les insurgés espèrent consolider leurs positions dans le septentrion malien.
Musique épique
Les combattants indépendantistes ont rapidement pris possession de la ville samedi, faisant
prisonniers des soldats. Les forces maliennes et russes se sont alors retranchées dans le camp
militaire à l’ouest de la localité. Celui-ci résistait toujours lundi 6 juillet, malgré les tirs d’obus et les frappes de drones kamikazes. De nouvelles <
Ramadane, le porte-parole du FLA.
Un convoi parti de Gao, 240 kilomètres au sud, pour prêter main-forte aux militaires assiégés, a fait demi-tour après est tombé dans une embuscade,
essuyant de lourdes pertes. «Le groupe de renfort a été anéanti, plusieurs blindés et voitures ont été détruits, un hélicoptère abattu», indique Mohamed Elmaouloud Ramadane. Des vidéos de la bataille, et de la chute de l’aéronef, ont été immédiatement
partagées par les combattants du FLA. Les rebelles auraient également abattu un drone kamikaze piloté par les Russes.
TÉMOIGNAGE
AU MALI, APRÈS LES ATTAQUES JIHADISTES D’AVRIL, LES SERVICES DE RENSEIGNEMENT SUR LE GRIL
Reprenant les codes de communication des insurgés, les Forces armées maliennes (Fama) ont également publié des vidéos des combats sur leur
page Facebook. Leurs films, sur fond de musique épique hollywoodienne, montrent des frappes de drones visant des véhicules ou des hommes se déplaçant à pied ; des armes et des motos prétendument récupérées à l’issue des affrontements; et des corps présentés comme ceux
de «
surimpression sur les images. «La riposte aéroterrestre coordonnée a permis aux Fama, avec
l’appui de leurs partenaires, de reprendre l’initiative et de maîtriser la situation dans l’ensemble des localités visées par des attaques ennemies», clame
un communiqué de l’armée diffusé ce lundi. Peu d’informations ont filtré sur les attaques
menées ailleurs au Mali par les hommes du Jnim, notamment à Gao, Aguelhoc (Nord), Kouakourou,
Konna et Somadogou (Centre). Leur objectif était-il de <
les jihadistes ont également réussi à pénétrer dans l’enceinte de la prison de Kéniéroba, à une soixantaine de kilomètres au sud de Bamako, où ils ont mis le feu à plusieurs véhicules, sans que l’on sache à ce stade si des détenus ont été libérés par les assaillants.
Sortie de la CPI
La capacité de nuisance du Jnim dépasse les frontières du Mali. L’organisation jihadiste a revendiqué des assauts, le même jour, au Burkina Faso voisin, à Din, Dala et Tiara, contre des positions de l’armée et des miliciens pro
gouvernementaux. Ces attaques auraient fait 40 morts, selon le texte de revendication du Jnim. Le Niger, lui aussi aux prises avec une insurrection islamiste, n’est pas épargné : pour le seul mois de juin, près de 100 militaires ont été tués par le Jnim
ou son concurrent, l’Etat islamique au Grand Sahara, d’après le décompte d’Armed Conflict
Location and Event Data (Acled), qui fait référence dans la région.
La doctrine de défense des pays de l’Alliance des Etats du Sahel est mise à rude épreuve. Ces trois régimes ont en commun d’avoir rompu avec la
France, de s’être tourné (à des degrés divers) vers la Russie, et d’être accusés de multiplier les crimes de
guerre à l’encontre des populations civiles. En juin, les juntes militaires de Bamako, Ouagadougou et Niamey ont officiellement déposé une demande de
retrait de la Cour pénale internationale, la qualifiant d’«
aux mains de l’impérialisme». Leur sortie prendra effet en juin 2027, un an après cette notification.