2 novembre 2026 by CONTIENENT MEDIA

Pourquoi l’UE et le Canada veulent renforcer leur alliance

Face aux tensions avec Washington et à la recomposition des équilibres internationaux, le Canada consolide sa relation avec l’Union européenne. Défense, commerce, soutien à l’Ukraine, matières premières critiques : Ottawa et Bruxelles cherchent à renforcer un partenariat déjà ancien et structuré.

Depuis plusieurs mois, les relations entre le Canada et l’Union européenne gagnent en intensité. En témoigne la présence du Premier ministre canadien Mark Carney comme invité d’honneur du discours sur l’état de l’Union de la présidente de la Commission européenne, le 16 septembre, avant de s’adresser au Parlement européen.

Dans un contexte de tensions commerciales avec les États‑Unis et d’incertitudes de plus en plus marquées sur la politique extérieure de Washington, Ottawa cherche à diversifier ses partenariats. L’Europe apparaît comme l’un des axes privilégiés de cette stratégie, notamment en matière de défense, de commerce, d’énergie et de matières premières critiques.

Ce rapprochement se traduit déjà par plusieurs mesures concrètes. Il donne au Canada un levier supplémentaire pour réduire sa dépendance à l’égard des États-Unis, et offre à l’Union européenne un allié de poids dans les débats internationaux, de l’Ukraine à la sécurité économique. 

Si bien que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a fait part le 16 septembre dernier de son souhait d' »œuvrer avec [le Premier ministre canadien] à la possibilité pour le Canada de devenir le premier membre associé de l’UE » (une dénomination finalement abandonnée depuis après l’opposition de certains États membres dont l’Allemagne et la France). La veille, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, avait annoncé que l’institution avait approuvé l’ouverture d’un bureau à Ottawa. Une dynamique prolongée un mois plus tard, à l’occasion d’un sommet organisé du 29 au 30 octobre à Montréal.

Un contexte marqué par la montée des tensions transatlantiques

Le retour de Donald Trump à la présidence des États‑Unis en janvier 2025 a ravivé les tensions dans la relation entre Ottawa et Washington, tout comme dans les rapports entre les États-Unis et l’Union européenne.

Les hausses de droits de douane, les déclarations répétées du milliardaire sur une éventuelle intégration du Canada aux États-Unis ou encore la signature d’un décret pour rebaptiser le lac Ontario en « lac d’Amérique » ont conduit le gouvernement de Mark Carney à réaffirmer la souveraineté canadienne et à rechercher des partenariats plus diversifiés.

Dans ce contexte, l’Europe s’affirme comme un allié de premier plan, partageant des valeurs libérales, une culture multilatérale mais aussi un intérêt commun à assurer la souveraineté de l’Ukraine et la stabilité de l’ordre international.

Le 20e sommet UE‑Canada, organisé à Bruxelles le 23 juin 2025, avait déjà marqué une étape importante de ce rapprochement. Dirigeants européens et canadiens y avaient signé un nouveau partenariat stratégique rappelant « les liens profonds et durables » qui les unissent et établissant « un programme ambitieux pour l’avenir« , incluant explicitement la sécurité et la défense et couvrant d’autres enjeux comme ceux liés au commerce et aux matières premières critiques. Le sommet d’octobre 2026 est allé encore plus loin (voir plus bas).

Safe, premier ancrage dans la défense européenne

L’une des traductions les plus concrètes de ce rapprochement est la participation du Canada au programme de défense européen « Security Action for Europe » (Safe). Annoncée le 1er décembre 2025, elle fait du pays à la feuille d’érable le premier État non européen à participer à cet instrument de défense.

Doté d’une enveloppe de 150 milliards d’euros, Safe soutient les États membres qui souhaitent investir dans la production industrielle de défense au moyen d’acquisitions conjointes, en se concentrant sur les capacités prioritaires. La contribution du Canada est évaluée à 75 millions d’euros.

Concrètement, l’accord ouvre aux entreprises canadiennes l’accès à certains marchés publics liés aux acquisitions conjointes soutenues par Safe. Pour l’UE, intégrer un partenaire du G7 renforce la crédibilité du programme, qui vise à coordonner durablement la demande en armement et à consolider l’industrie européenne de défense. 

Pour favoriser les équipements européens, les pays tiers prenant part au programme ne peuvent théoriquement contribuer à plus de 35 % de la valeur d’un système d’armes qu’il finance. Le Canada est lui autorisé à dépasser ce seuil (le contenu canadien peut représenter jusqu’à 80 % de la valeur totale de tout marché public réalisé dans le cadre de Safe) mais devra alors s’acquitter d’une redevance « proportionnelle aux avantages escomptés pour le pays partenaire et ses acteurs« , en tenant compte du PIB, de la compétitivité industrielle et du niveau de coopération avec les fabricants européens, a annoncé la Commission européenne.

Le 8 juillet 2026, lors d’un sommet des membres de l’Otan en Turquie, Mark Carney a annoncé de nouveaux partenariats et contrats dans le domaine de la défense qui stimuleront la croissance du secteur privé. Le Canada a notamment retenu le chantier naval allemand TKMS pour fournir à Ottawa 12 sous-marins à propulsion conventionnelle U212-CD. Le volume de ce contrat s’élève à plusieurs dizaines de milliards d’euros en comptant la maintenance.

Le Canada accueillera par ailleurs le Forum de l’industrie de l’Otan en 2027 afin de renforcer la coopération entre les Alliés et l’industrie et ainsi promouvoir l’innovation en matière de défense et les capacités industrielles au sein de l’Alliance.

L’Ukraine, autre terrain du rapprochement sécuritaire

En parallèle, le Canada joue un rôle actif dans la « Coalition des volontaires », un groupe de 37 pays coordonné par la France et le Royaume‑Uni pour soutenir l’Ukraine et préparer d’éventuelles garanties de sécurité dans l’hypothèse d’un accord de paix. En février 2026, Mark Carney, dont le pays ne cesse de témoigner son « soutien indéfectible à l’Ukraine« , a rappelé l’appui militaire du Canada à Kiev, notamment « une contribution d’environ 892 millions de dollars [canadiens] pour l’achat d’équipements militaires essentiels figurant sur la liste des besoins priorisés de l’Ukraine (Purl) établie par l’Otan« .

Le Premier ministre a par ailleurs officialisé de nouveaux engagements en matière de soutien militaire comme la prolongation et l’expansion de l’opération Unifier, la mission canadienne de formation et de renforcement des capacités destinée aux forces armées ukrainiennes. Parmi les nouvelles mesures annoncées figurent également une aide militaire d’environ 2 milliards de dollars « au cours du prochain exercice ainsi qu’un don de 400 véhicules blindés aux forces ukrainiennes« .

Depuis 2022, le Canada a versé plus de 25,5 milliards de dollars d’aide à l’Ukraine, dont 8,5 milliards de dollars en soutien militaire. Et va contribuer à hauteur de 500 millions d’euros au prêt européen de 90 milliards d’euros à l’Ukraine. « Nous travaillons main dans la main pour soutenir l’Ukraine. Je tiens à saluer la décision prise par le Premier ministre canadien de contribuer au prêt de soutien à l’Ukraine, c’est un signal fort de notre engagement commun« , a déclaré António Costa le 30 octobre 2026.

Ces engagements via Safe et la Coalition des volontaires, qui s’est réunie pour la dernière fois le 24 août 2026 montrent que le Canada fait désormais de l’Europe l’un des cadres importants de sa politique de sécurité, sans pour autant se substituer à l’Otan ni à ses relations bilatérales avec ses alliés.

D’autant que le « pacte » de sécurité et de défense UE‑Canada, signé lors du 20e sommet, ne se limite pas au financement d’équipements. Il prévoit aussi l’amélioration de l’interopérabilité et la facilitation de la circulation de l’équipement, du personnel et des fournitures militaires entre le Canada et l’UE. Le texte commun insiste également sur la lutte contre les menaces hybrides comme les cyberattaques ou les ingérences dans les infrastructures critiques. Il prévoit aussi de coopérer en termes de sûreté spatiale et maritime.

Une relation commerciale ancienne, mais asymétrique

Au-delà de la défense, l’UE et le Canada sont de proches partenaires commerciaux. Selon le Conseil de l’UE, ces deux acteurs représentent ensemble près d’un cinquième du PIB mondial et environ 19 % des échanges mondiaux de biens et de services. En 2025, les échanges de biens et de services entre l’UE et le Canada se sont élevés à plus de 130 milliards d’euros.

Les principaux biens échangés sont des machines, des produits chimiques/pharmaceutiques et minéraux, tandis que les services qui transitent de part et d’autre de l’Atlantique couvrent essentiellement des voyages, des transports et des services de télécommunications, d’informatique et d’information.

Cette relation reste toutefois asymétrique : si l’UE est le deuxième partenaire commercial du Canada (près de 9 % de ses échanges commerciaux en 2025), l’inverse n’est pas valable. Le Canada pointe seulement au 12e rang des partenaires commerciaux de l’UE.

Quant au cadre qui régit ces échanges, les relations commerciales entre l’UE et le Canada sont fondées sur l’accord économique et commercial global (AECG/Ceta) UE-Canada, appliqué à titre provisoire depuis septembre 2017 (seule la partie commerciale du Ceta, soit 90 % de l’accord, est entrée en vigueur). « À l’époque, le Canada et l’UE ont supprimé 98 % de leurs droits de douane et sont convenus d’éliminer progressivement presque toutes les lignes tarifaires restantes« , précise le site du Conseil.

Entre 2016 et 2025, les échanges de biens et de services entre les Vingt-Sept et le Canada ont augmenté de 81 %. Selon une évaluation ex post du Ceta, le produit intérieur brut (PIB) de l’UE a augmenté de 3,2 milliards d’euros chaque année en raison de l’accord.

Ce texte présente en effet plusieurs avantages. Il supprime la plupart des droits de douane et réduit les formalités administratives, facilitant ainsi les échanges commerciaux. Il permet également aux citoyens européens de travailler plus facilement au Canada et offre aux entreprises de l’Union un meilleur accès au marché canadien des services. Enfin, il instaure un cadre plus prévisible et sécurisé pour les investisseurs européens comme pour les investisseurs canadiens.

Cette coopération économique doit aussi trouver un prolongement dans le cadre du projet de loi sur l’accélération industrielle (IAA, pour Industrial Accelerator Act), présenté par la Commission européenne le 4 mars 2026. Dans un contexte de concurrence accrue avec les États-Unis et la Chine, ce texte vise à renforcer la capacité industrielle européenne et à réduire certaines dépendances stratégiques.

À ce titre, et dans une logique de réciprocité, les pays avec qui l’UE dispose d’un accord de libre-échange pourraient bénéficier de soutiens publics divers. De même, les pays avec lesquels les Vingt-Sept ont conclu des accords en matière d’accès aux marchés publics profiteraient aussi du nouveau régime qui doit encore obtenir le feu vert du Parlement européen et du Conseil. Le Canada en fait partie, tout comme le Royaume-Uni et le Japon. La Commission jugera au cas par cas, en excluant ceux qui ne respecteraient pas ses conditions.

Plus largement, le Canada et l’UE travaillent ensemble pour assurer la sécurité de l’approvisionnement en minéraux critiques et les chaînes de valeur connexes, essentielles pour la défense ainsi que pour bâtir des économies neutres en carbone et numériques. Cette coopération s’appuie notamment sur le Partenariat stratégique Canada-UE sur les matières premières, qui favorise de nouvelles opportunités commerciales et d’investissement, tout en promouvant des normes environnementales et sociales élevées ainsi que des partenariats dans le domaine de la recherche et l’innovation.

L’accélérateur industriel, un levier encore en discussion

Présenté par la Commission européenne en mars 2026, l’Industrial Accelerator Act vise à porter la part de l’industrie manufacturière à 20 % du PIB de l’UE d’ici 2035, contre seulement 14,3 % aujourd’hui. Pour y parvenir, l’exécutif européen compte sur trois mesures essentielles.

Première piste, introduire une forme de préférence européenne avec le dispositif « Made in Europe », dans l’attribution de certains marchés publics et dans l’octroi d’aides à la production financées par des fonds publics. L’objectif serait d’orienter en priorité ces financements vers la production européenne dans plusieurs secteurs stratégiques : les industries à forte intensité énergétique, comme l’aluminium, le ciment ou l’acier ; l’automobile, notamment les voitures électriques ; et les technologies propres, comme les batteries, l’éolien, les pompes à chaleur ou le nucléaire.

Le texte prévoit aussi un encadrement renforcé de certains investissements étrangers dans les batteries, les véhicules électriques, les panneaux solaires et les matières premières critiques. Il viserait en particulier les investissements supérieurs à 100 millions d’euros provenant de pays qui détiennent plus de 40 % du marché mondial dans l’un de ces secteurs.

Enfin, pour accélérer le déploiement des projets industriels, l’Union européenne veut réduire certaines contraintes administratives, notamment en raccourcissant les délais d’obtention des permis.

Un rapprochement de plus en plus audible de part et d’autre de l’Atlantique

Face au discours expansionniste de Donald Trump, le rapprochement entre UE et Canada, tous deux membres de l’Otan, du G7 et du G20 et partageant un ensemble de valeurs communes, fait son chemin. Lorsque, à la mi-mars 2025, le nouveau Premier ministre canadien Mark Carney a choisi de rompre avec la tradition en effectuant son premier déplacement officiel en Europe plutôt qu’à Washington, il a confié à ses hôtes à Paris que le Canada était « le plus européen des pays non européens« , en référence aux héritages français et britanniques de la nation.

Un discours bien reçu par l’eurodéputé allemand Joachim Streit (Renew). Lors d’une audition au Parlement européen au début du mois d’avril 2025, il a déclaré que « dans l’histoire, certaines opportunités s’ouvrent puis se referment. Parfois, ces fenêtres ne restent accessibles que très brièvement« . Une invitation à peine masquée à travailler dans le sens d’une coopération plus étroite entre Bruxelles et Ottawa.

Comme lui, un autre député allemand, Tobias Cremer (S&D), appelle à un partenariat UE-Canada renforcé dans un contexte de turbulences mondiales. À l’initiative d’un rapport voté en mars 2026 par le Parlement européen et adopté par 482 voix pour (108 voix contre et 42 abstentions), il appelle à mettre pleinement en œuvre le partenariat en matière de sécurité et de défense entre les deux parties, à renforcer le soutien à l’Ukraine, à défendre le multilatéralisme et la stabilité de l’Arctique, ainsi qu’à accélérer la ratification de l’accord économique et commercial global (Ceta) et à renforcer les liens dans le domaine de l’énergie.

Les deux derniers États membres à avoir ratifié le Ceta sont les Pays-Bas et l’Allemagne, portant à 17 le nombre de ratifications au sein de l’Union européenne. Dix pays n’ont pas encore ratifié l’accord (France, Belgique, Italie, Pologne, Irlande, Bulgarie, Chypre, Slovénie, Grèce, Hongrie), dont le volet commercial s’applique aujourd’hui provisoirement. 

Les principales critiques à l’encontre de l’accord concernent la mise en concurrence entre les agriculteurs européens et canadiens, le mode de règlement des différends commerciaux, ainsi que ses conséquences environnementales et le respect des normes sanitaires.

Avant son intervention face au Parlement européen, Mark Carney avait exhorté les pays de l’UE qui n’ont pas encore ratifié cet accord à le faire, affirmant que le renforcement des liens avec l’Europe constituait la meilleure approche dans un monde incertain. Il a déclaré que cet accord commercial constituait une « initiative positive« , bénéfique tant pour l’Europe que pour le Canada, ajoutant qu’il rendrait les deux parties « plus souveraines, plus résilientes, plus indépendantes » et plus prospères.

« Les relations canado-européennes sont un peu l’envers des relations canado-américaines, qui peuvent être tendues politiquement. Entre Canada et UE, la relation est saine et constructive« , observe Tobias Cremer. Dans un monde également marqué par une Russie belliqueuse et une Chine qui s’affirme, il convient de tirer profit de cette relation de proximité, les deux partenaires faisant face « aux mêmes défis géopolitiques« .

Car aujourd’hui, les « modes de travail [entre UE et Canada] ne sont pas encore totalement définis« . La sécurité en est un bon exemple. Alors que les deux parties ont, durant les dernières décennies, traité cette question « comme le problème de quelqu’un d’autre, en l’externalisant« , elles sont désormais conscientes de la nécessité de coopérer. Or « malgré l’accord scellé dans le cadre de Safe, tout n’est pas simple pour les entreprises canadiennes, qui ne connaissent pas vraiment les rouages du marché européen« , constate Tobias Cremer.

Côté canadien aussi, le message infuse. En mai 2026, la cheffe de la diplomatie du pays, Anita Anand, a rappelé qu' »au cours de l’année écoulée, [le Canada] a signé plus de 20 accords de sécurité, de défense et économiques dans le monde, et ce n’est qu’un début« . Et assuré que ces relations, dont celle entretenue avec l’UE, s’inscriraient dans la durée.

Ces déclarations sont intervenues quelques jours après que le Canada est devenu le premier pays non européen à participer à un sommet de la Communauté politique européenne (CPE) à Erevan, en Arménie. Un temps fort lors duquel Mark Carney a affirmé que l’Europe ne céderait pas face à un « monde fermé sur lui-même et brutal » et qu’elle pourrait, au contraire, devenir le socle d’un nouvel ordre international à reconstruire.

Le sommet d’octobre 2026 à Montréal comme nouveau tournant

Lors d’un sommet très attendu les 29 et 30 octobre, UE et Canada ont franchi une étape en lançant une « Alliance pour l’avenir » destinée à créer un espace commun de prospérité et de sécurité économique. Les deux parties veulent approfondir et intégrer davantage leur relation face aux tensions géopolitiques, à la fragmentation économique, au changement climatique, aux transformations technologiques et à la compétition pour l’énergie.

Le Canada et la Banque européenne d’investissement (BEI) ont notamment conclu des négociations relatives à un accord qui facilitera les investissements européens dans les ressources canadiennes stratégiques. Des négociations relatives à un accord sur le commerce numérique (ACN) qui complétera le Ceta ont aussi abouti. « L’ACN améliorera la certitude et la prévisibilité juridiques, facilitera les flux de données transfrontaliers et renforcera la confiance des entreprises et des consommateurs dans l’économie numérique« .

Le Canada et l’UE renforceront leur coopération en matière de sécurité énergétique et de transition énergétique. Les « possibles ententes de connectivité, d’investissement et d’achat énergétiques à long terme qui contribuent à la sécurité énergétique canadienne et européenne et au développement économique canadien » seront évaluées. Il s’agira notamment de réaliser une étude de faisabilité conjointe à long terme sur les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) vers l’Europe.

Sur le volet recherche, les chercheurs et les entreprises canadiennes de l’IA pourront notamment avoir accès à l’infrastructure européenne de supercalculateurs de pointe afin de les aider à concevoir des systèmes d’IA « hautement compétitifs, innovants et sûrs« . Le Canada lancera aussi des négociations en vue de participer à la prochaine génération du programme Horizon Europe.

Depuis 2024, le Canada est déjà associé au pilier 2 d’Horizon Europe. Cette adhésion permet aux chercheurs et aux innovateurs canadiens de participer aux appels à projets et d’obtenir des financements, de rejoindre ou de diriger des projets de recherche, de conserver leurs droits de propriété intellectuelle, ainsi que de collaborer avec des partenaires européens et internationaux.

Les deux parties ont par ailleurs confirmé la participation du Canada au système de navigation par satellite Galileo et vont ouvrir des discussions en vue d' »une participation plus poussée » d’Ottawa au programme Erasmus+, le programme phare de l’UE pour l’éducation, la formation, la jeunesse et le sport. Cette initiative élargira les possibilités pour les étudiants, les chercheurs, les éducateurs et les jeunes d’acquérir une expérience internationale, de promouvoir l’enseignement et la formation professionnels et de construire « des partenariats institutionnels universitaires et scientifiques durables« .

Une adhésion à l’UE : mirage ou réalité ?

Dans ce contexte, une question revient régulièrement : le Canada pourrait-il, un jour, adhérer à l’Union européenne ? L’idée reste très théorique. Interrogée sur le fait de savoir si Ottawa envisageait concrètement ce scénario, Anita Anand préfère rester prudente : « ce que nous faisons, c’est diversifier nos relations commerciales et, surtout, renforcer cette approche de puissance intermédiaire dans une série de domaines, qu’il s’agisse de la sécurité et de la défense, des intérêts économiques, de l’agriculture et de l’agroalimentaire, de l’intelligence artificielle…« .

Une position encore plus assumée par Mark Carney ayant déjà rejeté cette éventualité, préférant conclure avec l’UE et ses États membres des accords de partenariats concrets, ce qu’a confirmé son discours face aux eurodéputés à Strasbourg le 17 septembre 2026. Passant de l’anglais au français, il a surtout insisté sur la profondeur historique du lien transatlantique. 

La déclaration commune publiée le 30 octobre tranche (définitivement ?) cette question. « Nous nous
efforcerons de définir, d’ici le Sommet Canada-UE de 2027, le concept d’une association toujours plus étroite entre le Canada et l’UE, sans qu’il s’agisse d’une pleine adhésion à l’UE
« , y est-il notamment écrit.

Outre les obstacles juridiques à franchir pour que le Canada devienne le « 28e État membre de l’Union européenne », les autres freins sont nombreux. L’Europe, qui a réussi à passer au-dessus de ses différences linguistiques et culturelles est notamment bien mieux intégrée que le Canada, où il existe des différences fiscales et commerciales entre les provinces qui se font concurrence.

Pour rejoindre l’Union européenne, le Canada devrait aussi accepter certaines règles communes, comme la politique agricole européenne et l’espace Schengen. Ce qui paraît compliqué pour un pays qui veut garder le contrôle de sa politique migratoire. Il y a aussi la question de la géographie : le Canada est en Amérique du nord, loin de l’Europe.

Alors que les États-Unis ont refusé le 1er juillet de renouveler l’accord de libre-échange avec le Canada et le Mexique (« l’Aceum ») et que la situation s’est crispée depuis avec la mise en place de nouvelles mesures douanières de part et d’autre (que les deux camps cherchent désormais à alléger), le rapprochement d’Ottawa avec l’Europe peut aussi être perçu comme un message adressé à Washington.

Si de récents sondages suggèrent qu’une majorité de Canadiens estiment que leur pays devrait envisager une adhésion à l’Union européenne (UE), dans un contexte géopolitique tendu, la route est encore longue, pour ne pas dire impossible. Comme le résume bien Tobias Cremer, UE et Canada n’ont aujourd’hui (et demain) « pas d’autre choix que de coopérer » pour montrer aux « États-Unis que ça vaut le coup de travailler avec [eux]« . Faute de quoi l’ordre mondial pourrait rester régi par les mêmes logiques et déséquilibres…

Sciences, technologies, océans : une coopération déjà ancienne

Le rapprochement ne se limite pas à la défense et au commerce. UE et Canada coopèrent de longue date dans le domaine des sciences, de la technologie et de l’innovation (STI). Cette collaboration remonte à la signature, en 1959, de l’Accord de coopération concernant l’utilisation pacifique de l’énergie atomique et se poursuit avec l’Accord de coopération scientifique et technologique entre le Canada et la communauté européenne.

Le Canada et l’UE entretiennent en outre des relations anciennes et structurées dans le domaine des océans et des pêches ainsi qu’en matière de politiques environnementales. Les questions relatives à la justice et aux affaires intérieures, comme les migrations, la gestion des frontières et la coopération judiciaire et policière, sont également des domaines importants de la coopération entre le Canada et l’UE.

Enfin, la culture est aussi concernée, comme en témoigne l’annonce le 27 octobre 2026 de la participation du Canada au prochain concours de l’Eurovision en Bulgarie.

JM source UE

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